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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2205690

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2205690

lundi 26 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2205690
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème chambre
Avocat requérantNGUIYAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 avril 2022, Mme C B, représentée par Me Nguiyan, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 avril 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision de l'autorité consulaire française à Yaoundé (Cameroun) refusant de lui délivrer un visa d'entrée et de long séjour en qualité d'étudiante ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de faire délivrer le visa sollicité dans un délai d'une semaine à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'est pas établi que la commission était régulièrement composée lors de la séance au cours de laquelle la décision a été prise ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation s'agissant des ressources et de l'hébergement pendant la durée de son séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation s'agissant du risque de détournement de l'objet du visa.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive (UE) 2016/801 du Parlement européen et du Conseil du 11 mai 2016 relative aux conditions d'entrée et de séjour des ressortissants de pays tiers à des fins de recherche, d'études, de formation, de volontariat et de programmes d'échange d'élèves ou de projets éducatifs et de travail au pair ;

- l'instruction interministérielle relative aux demandes de visas de long séjour pour études dans le cadre de la directive UE 2016/801 du 4 juillet 2019 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 5 septembre 2022 :

- le rapport de Mme A, rapporteuse,

- les conclusions de M. Desimon, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante camerounaise née le 12 mai 2001, a demandé la délivrance d'un visa de long séjour en qualité d'étudiante à l'autorité consulaire française à Yaoundé, laquelle a rejeté sa demande. Par une décision du 14 avril 2022, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé à l'encontre de la décision consulaire. Mme B demande au tribunal l'annulation de cette décision du 14 avril 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Le point 2.1 de l'instruction interministérielle relative aux demandes de visas de long séjour pour études dans le cadre de la directive UE 2016/801 du 4 juillet 2019, intitulé " L'étranger doit justifier qu'il a été admis dans un établissement d'enseignement supérieur pour y suivre un cycle d'études ", indique notamment : " Il présente () au dossier de demande de visa un certificat d'admission dans un établissement en France. ". Le point 2.2 de cette instruction, intitulé " L'étranger doit justifier qu'il disposera de ressources suffisantes pour couvrir ses frais d'études " indique : " L'étranger doit apporter la preuve qu'il dispose de moyens d'existence suffisants pour la durée de validité du visa de long séjour pour études. Ces ressources doivent être équivalentes, pour l'ensemble de la période concernée, au moins au montant de l'allocation d'entretien mensuelle de base versée, au titre de l'année universitaire écoulée, aux boursiers du Gouvernement français, soit 615 euros en 2019. ". Quant à son point 2.3, intitulé " L'étranger doit communiquer à l'autorité consulaire une adresse en France, même provisoire " il énonce : " L'étranger produit au dossier de demande de visa un document attestant de son adresse en France (qu'il s'agisse d'une réservation d'hôtel pour les premiers jours de son séjour, d'une attestation d'un proche qui s'engage à l'héberger, d'une réservation dans une résidence universitaire ou d'un contrat de bail) ou, à défaut, un courrier expliquant la manière dont il envisage de se loger () ".

3. Cette même instruction, en son point 2.4 intitulé " Autres vérifications par l'autorité consulaire " indique que cette dernière " () peut opposer un refus s'il existe des éléments suffisamment probants et des motifs sérieux permettant d'établir que le demandeur séjournera en France à d'autres fins que celles pour lesquelles il demande un visa pour études. ". Ainsi, l'autorité administrative peut, le cas échéant, et sous le contrôle des juges de l'excès de pouvoir restreint à l'erreur manifeste, rejeter la demande de visa de long séjour pour effectuer des études en se fondant sur le défaut de caractère sérieux et cohérent des études envisagées, de nature à révéler que l'intéressé sollicite ce visa à d'autres fins que son projet d'études.

4. La commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée, pour rejeter le recours préalable formé à l'encontre de la décision consulaire, sur les motifs tirés de ce que la demande était devenue sans objet en raison du dépassement de la date de rentrée de l'établissement, de ce que les informations communiquées pour justifier les conditions du séjour en France étaient incomplètes et non fiables, et de ce qu'il existait un risque de détournement de l'objet du visa compte tenu de la situation personnelle de la demandeuse.

5. En premier lieu, la circonstance que la date limite de rentrée soit dépassée ne prive pas d'objet la demande de visa long séjour pour suivre des études en France. Dans ces conditions, l'administration ne pouvait légalement se fonder sur ce motif pour justifier sa décision.

6. En deuxième lieu, pour justifier de ses conditions de ressources, Mme B produit une attestation du 3 mars 2022 par laquelle la société Studely s'engage à lui verser la somme mensuelle de 667 euros par mois pendant une durée de douze mois à la suite du transfert de la somme de 8 004 euros sur un compte au Crédit mutuel. Contrairement à ce que fait valoir l'administration, la demandeuse établit ainsi, par ce seul document, disposer de ressources suffisantes pour couvrir la durée de validité du visa pour études sollicité au sens des dispositions du point 2.2 de l'instruction interministérielle précitée, lesquelles sont étrangères à la question du financement de la scolarité. Si le ministre de l'intérieur relève que la provenance de ces fonds n'est pas établie, cette circonstance est, elle aussi, sans incidence sur l'appréciation du caractère suffisant des ressources. La requérante démontre, en outre, qu'elle satisfaisait à la condition prévue au point 2.3 de l'instruction précédemment évoquée en produisant une attestation de logement sur laquelle figure son adresse en France. Dans ces conditions, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a entaché son deuxième motif d'une erreur d'appréciation.

7. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme B, titulaire d'un baccalauréat scientifique obtenu en 2018, s'est inscrite en première année de classe préparatoire " Fast Track IT et Digitale " au sein de l'école privée des sciences informatiques (EPSI) pour l'année scolaire 2022/2023 en vue de préparer le diplôme " administrateur système réseaux et bases de données ". La requérante soutient vouloir approfondir ses connaissances en informatique, partiellement acquises à la faculté de l'informatique et ingénierie en Chine, afin d'ouvrir à terme une structure de conseil en administration, organisation et sécurisation des bases de données dans son pays d'origine. Si le ministre de l'intérieur fait valoir que son projet d'études a fait l'objet d'un avis défavorable du conseiller de Campus France et du service de coopération et d'action culturelle (SCAC) de l'ambassade de France au Cameroun, cet avis ne remet pas en cause la cohérence de son parcours académique et professionnel. Dans ces conditions, malgré la réorientation relevée par le ministre au cours de l'année 2019, le projet d'études de Mme B doit être regardé comme sérieux et cohérent. La circonstance que la formation proposée par l'EPSI soit d'un niveau équivalent à celle suivie en Chine n'est pas de nature à infléchir cette analyse compte tenu des explications de la requérante, liées à la crise sanitaire due à l'épidémie de covid-19. Au regard de ces éléments, il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante entendrait mener un projet d'installation d'une autre nature sur le territoire français. L'âge et la situation personnelle de l'intéressée ne suffisent pas à remettre en cause cette appréciation. En outre, le ministre de l'intérieur ne saurait utilement se fonder, au vu du cadre exposé au point 3 du présent jugement, sur la nature du diplôme envisagé. A cet égard, la circonstance que la formation sollicitée n'apparaît pas dans le répertoire national des certifications professionnelles est sans incidence sur l'appréciation du caractère sérieux et cohérent du projet d'études envisagé. L'administration ne peut pas plus se fonder sur le fait qu'il existerait au Cameroun un cursus équivalent à celui que Mme B souhaite suivre en France. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que la commission de recours a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

9. Eu égard à ses motifs, sous réserve que Mme B justifie d'une inscription pour la prochaine année universitaire, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Mme B le visa de long séjour sollicité. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au ministre de l'intérieur de faire délivrer à l'intéressée ce visa dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Mme B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 14 avril 2022 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Mme B le visa de long séjour sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, dans les conditions exposées au point 9 ci-dessus.

Article 3 : L'Etat versera à Mme B la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Guilloteau, conseiller,

Mme Louazel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2022.

La rapporteuse,

M. A

La présidente,

S. RIMEULa greffière,

S. JEGO

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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