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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2205693

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2205693

vendredi 27 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2205693
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantDJIMI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 avril 2022, Mme B C A, représentée par Me Djimi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé le 21 février 2022 contre la décision du consulat de France à Port-au-Prince (Haïti) lui refusant un visa dit de " retour " ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer le visa sollicité ou à tout le moins de réexaminer la demande de visa dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, d'enjoindre au ministre de réexaminer la demande de visa dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision consulaire n'est pas suffisamment motivée ;

- la décision consulaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation :

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 novembre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C A, ressortissante haïtienne, née le 16 septembre 1977 à Gonaives (Haïti), est mère de deux enfants mineurs, le second demeurant chez une amie à Basse-Terre (Guadeloupe) où il est scolarisé. Elle est entrée en France le 2 juillet 2009 et y a séjourné sous couvert de cartes de séjour régulièrement renouvelées dont la dernière était valide jusqu'au 2 août 2020. En octobre 2019, Mme C A retournait en Haïti pour une visite familiale. Elle a sollicité le 1er juin 2021 auprès des autorités consulaires françaises à Port-au-Prince (Haïti), la délivrance d'un visa dit de " retour " qui lui a été notifié le 21 décembre 2021. Le 21 février 2022, elle a formé un recours auprès de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France. Par une décision implicite, la commission a rejeté son recours contre cette décision consulaire et confirmé le refus de visa. Par la présente requête, Mme C A demande au tribunal d'annuler la décision implicite de la commission.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2.En premier lieu, aux termes de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : / 1° Sauf s'il est exempté de cette obligation, des visas exigés par les conventions internationales et par l'article 6, paragraphe 1, points a et b, du règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) () ". Aux termes de l'article L. 312-5 du même code : " Par dérogation aux dispositions de l'article L. 311-1, les étrangers titulaires d'un titre de séjour () sont admis sur le territoire au seul vu de ce titre et d'un document de voyage. ". Enfin, aux termes de l'article L. 312-4 du même code : " Un visa de retour est délivré par les autorités diplomatiques et consulaires françaises à la personne de nationalité étrangère bénéficiant d'un titre de séjour en France en vertu des articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-17, L. 423-18, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 dont le conjoint a, lors d'un séjour à l'étranger, dérobé les documents d'identité et le titre de séjour ".

3.Il résulte de ces dispositions que la détention d'un titre de séjour par un étranger permet son retour pendant toute la période de validité de ce titre sans qu'il ait à solliciter un visa d'entrée sur le territoire français. Entre dans ces prévisions l'étranger qui, bien qu'ayant égaré son titre de séjour, produit des pièces établissant la validité de ce titre. En dehors de ce cas, la délivrance des visas de retour par les autorités consulaires résulte d'une pratique non prévue par un texte, destinée à faciliter le retour en France des étrangers titulaires d'un titre de séjour.

4.Il ressort des écritures du ministre de l'intérieur en défense que la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France doit être regardée comme se fondant sur le moyen tiré de ce que l'intéressée ne justifie pas de droit au séjour et ne peut utilement solliciter un visa de long séjour dit de " retour ".

5.Il ressort des pièces du dossier que Mme C A a séjourné régulièrement en France sous couvert de cartes de séjour régulièrement renouvelées, la dernière étant valable jusqu'au 2 août 2020. Le 11 octobre 2019, elle a quitté la France pour rentrer en Haïti. Il est, en outre, constant qu'elle n'a entrepris aucune démarche pour renouveler son titre de séjour. Par suite, du dépôt de sa demande de visa dit " de retour ", le 1er juin 2021, le titre de séjour de Mme C A n'était plus valide. Les circonstances qu'elle ait souffert de problèmes de santé en novembre 2019, que les frontières aient été fermées en mars 2020 en raison de la pandémie de coronavirus et que son mari soit décédé en Guadeloupe le 4 juin 2021 sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Dès lors, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France n'a pas procédé à une inexacte application des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant le visa sollicité au motif que l'intéressée ne disposait pas d'un droit au séjour à la date de sa demande.

6.En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7.Si Mme C A fait valoir sa volonté de se rendre en France pour retrouver son fils confié à une amie en Guadeloupe, il est constant que la décision attaquée se borne à constater, ainsi qu'il a été dit au point 5 que l'intéressée ne pouvait prétendre à un visa de long séjour dit "de " retour " en l'absence de titre de séjour valide au moment de sa demande de visa. Toutefois, ainsi que le fait valoir le ministre en défense, Mme C A peut parfaitement solliciter un visa de long séjour en qualité de parent d'enfant mineur de nationalité française auprès des autorités consulaires pour se rendre en France aux fins indiquées. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8.Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme C A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 16 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

M. Rosier, premier conseiller,

Mme Chatal, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2023.

Le rapporteur,

P. D

La présidente,

H. DOUET

Le greffier,

A.-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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