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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2205719

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2205719

mercredi 19 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2205719
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantGOUILLON1

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 mai 2022, M. C B, représenté par

Me Gouillon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 janvier 2022 par lequel le préfet de la Sarthe a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou à défaut, de procéder sous la même astreinte à un nouvel examen de sa demande et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de

2 000 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Le refus de séjour :

- est entaché d'un vice d'incompétence ;

- est entaché d'illégalité dès lors que le préfet s'est estimé en situation de compétence liée ;

- est entaché d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation ;

- est entaché d'un vice de procédure ; il n'est pas établi que le médecin ayant établi le rapport médical n'a pas siégé au sein du collège de médecins ;

- méconnaît le droit à la communication des documents administratifs dès lors que la fiche pays de la Guinée ayant servi à l'élaboration de l'avis du collège de médecins ne lui a pas été communiquée malgré sa demande ; il est fondé à demander qu'il soit enjoint au préfet de produire cette fiche à l'instance ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de son état de santé ;

- est entaché d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers ;

- est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

L'obligation de quitter le territoire :

- est entachée d'un défaut de motivation ;

- doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation du refus de séjour ;

La décision fixant le pays de renvoi :

- doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 janvier 2023 le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.

M. B été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

4 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant guinéen, né le 5 février 1997 à Conakry (Guinée), est entré irrégulièrement sur le territoire français le 17 septembre 2017. L'intéressé a sollicité, le

14 novembre 2017, la reconnaissance du statut de réfugié au sens de la Convention de Genève de 1951 et du protocole de 1967. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 4 janvier 2019, notifiée le 14 janvier 2019. Cette décision a été confirmée le 15 mars 2019 par la Cour nationale du droit d'asile.

Le 3 janvier 2020, le préfet de la Sarthe édicté à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par un jugement du 31 décembre 2020, le tribunal a confirmé la légalité de cette décision. Par courrier du 20 mai 2020, l'intéressé a sollicité la délivrance d'un titre de séjour pour raisons médicales. M. B s'est vu délivrer plusieurs autorisations provisoires de séjour jusqu'au 31 décembre 2021. Par courrier du 31 mai 2021, l'intéressé sollicité le renouvellement de son autorisation provisoire de séjour ou, à titre subsidiaire, son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 10 janvier 2022, dont le requérant demande au tribunal l'annulation, le préfet de la Sarthe a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté du 5 novembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Sarthe a donné délégation à M. E A, directeur de la citoyenneté et de la légalité, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer les décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de ce signataire doit être écarté.

3. En deuxième lieu, si le requérant soutient que la motivation de la décision en cause est insuffisante, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par ailleurs, il ne ressort d'aucun élément du dossier, et en particulier de cette motivation, que la décision attaquée n'aurait pas été prise à l'issue d'un examen suffisant de la situation du requérant.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. (). La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. (). ". Aux termes de l'article R. 425-11 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. ".

5. Il résulte des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance du titre de séjour qu'elles prévoient, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'étranger, et en particulier d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'étranger, l'autorité administrative ne peut également refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptées, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si cet étranger peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

6. Pour refuser de délivrer le titre de séjour demandé par M. B, le préfet de la Sarthe s'est en particulier fondé sur l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 9 septembre 2021 selon lequel, si l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de son pays d'origine, bénéficier d'un traitement approprié dans ce pays. Il ne ressort ni de la décision attaquée ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet se serait estimé lié par cet avis et aurait ainsi méconnu l'étendue de sa propre compétence d'appréciation. Par suite,

M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait, ce faisant, entaché sa décision d'une erreur de droit.

7. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'avis du 9 septembre 2021 a été rendu par un collège de trois médecins au nombre desquels ne figurait pas le médecin ayant rédigé le rapport médical. Le moyen tiré du vice de procédure doit donc être écarté.

8. En cinquième lieu, le préfet n'est pas tenu de produire les documents relatifs à la disponibilité dans le pays d'origine de l'intéressée des soins qui lui seraient nécessaires, et notamment la fiche relative à la Guinée contenue dans la " bibliothèque d'information santé sur le pays d'origine " (BISPO), dont les informations générales sont au demeurant accessibles sur Internet, qui aurait été utilisée par le collège de médecins de l'OFII pour émettre son avis, dès lors qu'aucune disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'impose une telle communication préalablement à l'intervention d'une décision de refus de titre de séjour. Sans qu'il soit besoin de faire droit à la demande d'injonction qui l'accompagne, ce moyen ne peut dès lors qu'être écarté.

9. En sixième lieu, M. B fait valoir qu'il a été hospitalisé en décembre 2018 au centre hospitalier du Mans (72) pour une douleur au genou gauche et qu'il a bénéficié d'une ostéotomie tibiale de valgisation en avril 2019. Il précise qu'il a dû être à nouveau opéré en décembre 2020 pour une arthroscopie et ablation du matériel d'ostéosynthèse, et fait valoir que cette intervention nécessite un suivi post-chirurgical d'une durée d'un an. Il soutient que, compte tenu de la persistance de douleurs et de la spécificité de sa pathologie, il est fondé à obtenir un titre de séjour. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les comptes-rendus de consultations et les bulletins d'hospitalisations produits par l'intéressé ne sont pas récents, le dernier étant daté de juin 2021. A la date de la décision attaquée, le 10 janvier 2022, le suivi post opératoire d'une année était terminé. M. B ne produit aucun élément tendant à démontrer qu'il ne pourrait bénéficier dans son pays d'origine des soins appropriés. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 et est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de son état de santé.

10. En septième lieu, M. B ne peut utilement faire valoir qu'il aurait dû bénéficier d'une admission exceptionnelle au titre de son activité professionnelle, sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, dès lors qu'il n'a pas formulé de demande sur ce fondement et que le préfet de la Sarthe, qui n'y était pas tenu, ne s'est pas prononcé spontanément à l'aune de ces dispositions. Par ailleurs, M. B ne peut utilement se prévaloir des termes de la circulaire du 28 novembre 2012, qui ne présentent pas un caractère règlementaire.

11. En huitième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. "

12. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B est célibataire et sans enfant à charge. Le requérant, qui a passé la majeure partie de sa vie dans son pays d'origine, ne justifie pas de liens intenses, stables et anciens sur le territoire français. Il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales, personnelles et culturelles dans son pays d'origine ou résident son père, ses deux frères et ses deux sœurs. Par ailleurs, M. B ne justifie pas d'une insertion sociale et professionnelle significative en France. Au regard de l'ensemble de ces éléments, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porte une atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale disproportionnée au but poursuivi. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté. Pour ces mêmes motifs, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

13. En neuvième lieu, M. B ne peut utilement invoquer la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision portant refus de séjour qui n'a ni pour objet, ni pour effet de prononcer son éloignement.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

14. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ". La décision de refus de titre de séjour étant régulièrement motivée, eu égard à ce qui a été dit au point 2, la décision portant obligation de quitter le territoire français l'est également, en conséquence des dispositions du dernier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

15. En deuxième lieu, M. B n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, il n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de renvoi :

16. M. B n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

17. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B ne peut qu'être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Chloé Gouillon et au préfet de la Sarthe.

Délibéré après l'audience du 5 avril 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Loirat, présidente,

M. Gauthier, premier conseiller,

M. Marowski, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 avril 2023.

Le rapporteur,

Y. D

La présidente,

C. LOIRAT La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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