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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2205782

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2205782

mercredi 19 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2205782
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDJUROVIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 5 et 23 mai 2022 et le 12 janvier 2023, Mohamed Ali Ben B, représenté par Me Djurovic, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 avril 2022 par lequel le préfet de Maine et Loire a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est recevable ;

Le refus de séjour :

- est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas été reçu en préfecture et qu'il ne s'est pas vu remettre un récépissé de demande de titre de séjour en méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il justifie des conditions d'une admission exceptionnelle par le travail ;

L'obligation de quitter le territoire :

- est entachée d'un défaut de motivation ;

- est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur de droit ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 décembre 2022, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord-cadre entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République tunisienne, signé le 28 avril 2008, relatif à la gestion concertée des migrations et au développement solidaire ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A B, ressortissant tunisien, né le 2 juin 1988 à Mahares (Tunisie), est entré régulièrement en France, le 25 janvier 2011, sous couvert d'un visa C Schengen valable du 16 janvier 2011 au 15 janvier 2012, à entrées multiples et pour une durée de séjour de 90 jours. L'intéressé a sollicité, le 6 août 2021, son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 6 avril 2022, dont le requérant demande au tribunal l'annulation, le préfet de la Maine-et-Loire a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. () ".

3. M. A B soutient que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas été reçu en préfecture et qu'il ne s'est pas vu remettre un récépissé de demande de titre de séjour en méconnaissance des dispositions de l'article

R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, d'une part, le préfet peut prévoir, dans le cadre de son pouvoir d'organisation du service d'accueil des étrangers, une autre modalité de présentation des demandes de titre de séjour que celle de la présentation personnelle du demandeur en préfecture, de sorte que celle-ci ne saurait être qualifiée de droit pour le demandeur. D'autre part, le défaut de délivrance du récépissé prévu par les dispositions rappelées au point 2, par l'autorité administrative, à tout demandeur de titre de séjour est sans incidence sur la légalité du refus de titre. Les circonstances invoquées par le requérant, à les supposer établies, sont donc sans incidence sur la légalité de l'arrêté contesté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 11 de l'accord franco-tunisien du

17 juin 1988 en matière de séjour et de travail : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord. / Chaque Etat délivre notamment aux ressortissants de l'autre Etat tous titres de séjour autres que ceux visés au présent accord, dans les conditions prévues par sa législation ". Aux termes de l'article 3 de la même convention : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " ". Le protocole relatif à la gestion concertée des migrations entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République tunisienne, signé le 28 avril 2008, stipule à son point 2.3.3 : " le titre de séjour portant la mention " salarié ", prévu par le premier alinéa de l'article 3 de l'accord du 17 mars 1988 modifié est délivré à un ressortissant tunisien en vue de l'exercice, sur l'ensemble du territoire français, de l'un des métiers énumérés sur la liste figurant à l'annexe I du présent protocole, sur présentation d'un contrat de travail visé par l'autorité française compétente sans que soit prise en compte la situation de l'emploi () ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 421-1 ".

5. Les stipulations précitées de l'article 3 de l'accord franco-tunisien et de l'article 2 du protocole du 28 avril 2008 font obstacle à l'application aux ressortissants tunisiens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il suit de là que M. A B ne pouvait légalement être admis à titre exceptionnel au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 dudit code. Toutefois, si l'accord franco-tunisien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, il y a lieu d'observer que ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant tunisien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

6. En l'espèce, si M. A B se prévaut d'une durée de présence en France de onze années et de son intégration professionnelle, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est entré en France le 25 janvier 2011 mais qu'il ne justifie pas de sa présence continue et régulière sur le territoire français depuis cette date. Il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français à l'expiration de la durée de validité de son visa de court séjour avant de solliciter son admission exceptionnelle au séjour par le travail en application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. A B est célibataire et sans enfant et ne justifie pas avoir fixé le centre de ses attaches culturelles, personnelles et familiales en France, alors qu'il n'est pas dépourvu d'attaches en Tunisie, pays dont il a la nationalité, où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 22 ans et où résident sa mère et un frère. Par ailleurs, s'il se prévaut de de la signature d'un CDI le 18 décembre 2020 pour un emploi à temps complet de peintre-décorateur au sein de la SARL "MB Peinture et Décoration" sise à Avrillé, moyennant une rémunération mensuelle brute de 1 539,45 euros, cette circonstance ne saurait suffire à justifier son admission exceptionnelle au séjour alors qu'il ressort des pièces du dossier que cette activité a été exercée sans autorisation de travail et que l'intéressé ne justifie ni de sa qualification ni d'une particulière intégration au regard de ses conditions de maintien en France. Au regard de l'ensemble de ces éléments, l'intéressée ne démontre pas qu'en refusant son admission exceptionnelle au séjour le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ". Il ressort des pièces du dossier que la décision portant refus de séjour mentionne les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement et précise les éléments tirés de la biographie du requérant. Dès lors, la décision de refus de titre de séjour étant régulièrement motivée, la décision portant obligation de quitter le territoire français l'est également, en conséquence des dispositions du dernier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En deuxième lieu, si M. A B soutient que la décision est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur de droit, il n'assortit pas ces moyens des précisions nécessaires pour permettre au tribunal d'en apprécier le bienfondé.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. "

10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, M. A B n'établit pas que la décision porterait une atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale disproportionnée aux buts poursuivis. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. En quatrième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, M. A B n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A B ne peut qu'être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A B et au préfet de Maine-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 5 avril 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Loirat, présidente,

M. Gauthier, premier conseiller,

M. Marowski, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 avril 2023.

Le rapporteur,

Y. C

La présidente,

C. LOIRAT La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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