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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2205787

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2205787

mercredi 15 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2205787
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantPOULARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 6 mai 2022, 4 et 25 janvier 2023, Mme D E, représentée par Me Poulard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 décembre 2021 par lequel le préfet de la Mayenne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Mayenne de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans ce même délai ;

3°) de condamner l'Etat à verser à son conseil une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- le signataire de la décision attaquée était incompétent pour ce faire ;

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- le signataire de la décision attaquée était incompétent pour ce faire ;

- la décision attaquée est illégale par voie d'exception d'illégalité du refus de titre de séjour ;

- la décision attaquée a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- le signataire de la décision attaquée était incompétent pour ce faire ;

- la décision attaquée a été prise en violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 mai 2022, le préfet de la Mayenne conclut au non-lieu à statuer.

Il fait valoir qu'il a décidé de procéder à la régularisation de la requérante.

Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 22 mars 2022.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les observations de Me Poulard, représentant Mme E.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, ressortissante arménienne née le 2 décembre 1954, est entrée irrégulièrement en France le 14 décembre 2011. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 20 mars 2012 puis par la Cour nationale du droit d'asile le 7 novembre 2012. Elle s'est ensuite vue délivrer des cartes de séjour temporaire en raison de son état de santé et a séjourné régulièrement en France à ce titre du 4 juin 2013 au 7 décembre 2021. Par sa requête, Mme E demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 7 décembre 2021 par lequel le préfet de la Mayenne a refusé de procéder au renouvellement de son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. Si le préfet de la Mayenne fait valoir en défense qu'il a décidé de procéder à la régularisation de Mme E, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'un titre de séjour lui aurait été délivré. Par suite, il y lieu d'écarter l'exception de non-lieu à statuer opposée par le préfet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux différentes décisions attaquées :

3. Aux termes de l'article 43 du décret n°2004-374, " Le préfet de département peut donner délégation de signature, notamment en matière d'ordonnancement secondaire : ()2° Pour les matières relevant de leurs attributions, aux chefs des services déconcentrés des administrations civiles de l'Etat dans le département ; ces chefs de service peuvent recevoir délégation afin de signer les lettres d'observation valant recours gracieux adressées aux collectivités territoriales ou à leurs établissements publics ;() 3° Pour l'exercice des missions qui leur sont confiées dans les conditions fixées à l'article 7 du décret n° 2009-1484 du 3 décembre 2009 relatif aux directions départementales interministérielles, aux directeurs des directions départementales interministérielles dont l'action s'étend au-delà du département et présente, en tout ou partie, un caractère interdépartemental, pour la part de son activité qui s'exerce dans les limites du département ; () 7° Aux agents en fonction dans les préfectures, pour les matières relevant des attributions du ministre de l'intérieur, y compris les lettres d'observation valant recours gracieux formés auprès des collectivités territoriales ou de leurs établissements publics, pour les matières relevant des ministères qui ne disposent pas de services dans le département ainsi que pour la transformation en états exécutoires des ordres de recettes mentionnés aux articles 112 à 124 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ".

4. En l'espèce, d'une part, il ressort de l'arrêté ministériel du 3 juin 2014 que M. A C, signataire des décisions attaquées, a été nommé conseiller d'administration de l'intérieur et de l'outre-mer auprès de la préfecture de la Mayenne jusqu'au 13 avril 2019 et y a été maintenu en détachement jusqu'au 13 avril 2024 par arrêté ministériel du 25 mars 2019. Dès lors, M C, qui exerce les fonctions de directeur de la réglementation et des libertés publiques de la préfecture de la Mayenne, était habilité à recevoir délégation de signature du préfet. D'autre part, M. C a reçu délégation de signature, dans le champ des attributions qui lui ont été dévolues, par un arrêté préfectoral du 8 mars 2021, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture de la Mayenne du même jour, aux fins de signer les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français, fixation du délai de départ volontaire et fixation du pays de destination. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées sera par conséquent écarté en toutes ses branches.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".

6. En outre, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article

R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article (). Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. " Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'office ".

7. Enfin, selon l'article 5 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles précités du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le collège de médecins à compétence nationale de l'office comprend trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades, à l'exclusion de celui qui a établi le rapport ". L'article 6 du même arrêté dispose que " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant: a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de

santé ; c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; d) la durée prévisible du traitement. Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. Cet avis mentionne les éléments de procédure. Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ". L'article 9 du même arrêté précise que : " L'étranger qui, dans le cadre de la procédure prévue aux titres I et II du livre V du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sollicite le bénéfice des protections prévues au 10° de l'article L. 511-4 ou au 5° de l'article L. 521-3 du même code est tenu de faire établir le certificat médical mentionné au deuxième alinéa de l'article 1er. () ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article 11 du même arrêté : " Au vu du certificat médical, un collège de médecins () émet un avis dans les conditions prévues à l'article 6 et au présent article et conformément aux modèles figurant aux annexes C et D du présent arrêté. ".

8. Il résulte des dispositions citées au point précédent que l'avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) doit être rendu à l'issue d'une délibération pouvant prendre la forme, soit d'une réunion, soit d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. Le caractère collégial de cette délibération constitue une garantie pour le demandeur de titre de séjour. Préalablement à l'avis rendu par ce collège d'experts, un rapport médical, relatif à l'état de santé de l'étranger intéressé et établi par un médecin instructeur, doit lui être transmis. Le médecin instructeur à l'origine de ce rapport médical ne doit pas siéger au sein du collège de médecins qui rend l'avis transmis au préfet. Il appartient à l'autorité administrative de se prononcer sur la demande de titre de séjour présentée en qualité d'étranger malade au vu de l'avis émis par le collège de médecins.

9. Il résulte des termes de l'arrêté attaquée et n'est pas contesté par la requérante, que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que si l'état de santé de Mme E nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. En se bornant à invoquer les termes généraux de rapports d'organisations internationales, à faire valoir qu'elle a subi une greffe de rein et que certains des médicaments anti-rejet qu'elle doit prendre à vie ne sont pas substituables, sans toutefois établir qu'ils ne seraient pas disponibles dans son pays d'origine, Mme E, n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, qu'elle ne pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état de santé en Arménie. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le présent jugement écarte les moyens dirigés contre le refus de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision doit être écarté comme non fondé.

12. En second lieu, si Mme E fait valoir qu'elle vit en France depuis début 2012 et qu'elle est dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, elle ne conteste pas sérieusement les termes de l'arrêté attaqué selon lequel vivent dans son pays d'origine son époux et ses quatre enfants. Par ailleurs, elle ne justifie d'aucun élément permettant de la regarder comme insérée en France. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de la Mayenne a porté une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normale tel qu'il est garanti à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni qu'il a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.

13. Il résulte de ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le présent jugement écarte les moyens dirigés contre le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de ces décisions doit être écarté.

15. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile de Mme E a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 20 mars 2012 puis par la Cour nationale du droit d'asile le 7 novembre 2012. La requérante n'apporte aucun élément de nature à établir qu'elle encourt un risque de traitements inhumains et dégradant au sens des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.

16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme E à fin d'annulation ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E, à Me Poulard et à la préfète de la Mayenne.

Délibéré après l'audience du 1er février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Loirat, président,

M. Gauthier, premier conseiller,

M. Simon, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2023.

Le rapporteur,

P-E. B

La présidente,

C. LOIRATLa greffière,

S. LEGEAY

La République mande et ordonne à la préfète de la Mayenne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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