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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2205797

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2205797

vendredi 3 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2205797
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantAKUESSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 mai 2022 et le 30 novembre 2022, Mme B A, représentée par Me Akuesson, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision du 5 novembre 2021 du consulat de France à Dakar (Sénégal) lui refusant un visa de long séjour au titre du regroupement familial ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui délivrer le visa demandé dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision consulaire est insuffisamment motivée et par voie de conséquence celle de la commission ;

- la décision de la commission a violé l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 47 du code civil ;

- la décision de la commission est entachée d'un erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision de la commission viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

Par un mémoire, enregistré le 21 octobre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 janvier 2023 :

- le rapport de M. Rosier, rapporteur,

- et les observations de Me Akuesson, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, né le 19 février 1984 à Pointe Noire (République du Congo) est entré en France le 14 octobre 2014 et est titulaire d'une carte de résident valide jusqu'au 26 juin 2025. Le 5 février 2018, Mme B A, sa fille alléguée, de nationalité congolaise, née le 31 août 2003 à Pointe Noire (République du Congo), a sollicité auprès des services consulaires français à Dakar un visa de court séjour qui lui est refusé le 7 février 2018. Le 22 mai 2020, le préfet de Seine-et-Marne accorde à M. A le regroupement familial pour sa fille alléguée. Le 16 août 2019, la requérante, alors mineure, sollicite auprès des autorités consulaires françaises à Dakar un visa de long séjour au titre du regroupement familial qui lui est refusé le 5 novembre 2021. Le 6 janvier 2022, elle forme un recours auprès de la commission de recours contre les refus de visas d'entrée en France qui rejette son recours par une décision implicite. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2.En premier lieu, aux termes de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au litige : " Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre chargé de l'immigration est chargée d'examiner les recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. La saisine de cette commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier ".

3.Il résulte de ces dispositions qu'en raison des pouvoirs ainsi conférés à la commission, les décisions par lesquelles elle rejette, implicitement ou expressément, les recours introduits devant elle se substituent à celles des autorités diplomatiques ou consulaires. Par suite les conclusions aux fins d'annulation dirigées, non contre la décision de la commission, mais contre la décision initiale de refus prise par les autorités consulaires, sont irrecevables. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la requérante a contesté la décision de refus de l'autorité consulaire française à Dakar devant la commission de recours qui a accusé réception de son recours le 6 janvier 2022 et l'a rejeté par une décision implicite qui s'est substituée à celle des autorités consulaires. Les conclusions présentées par la requérante doivent être regardées comme dirigées contre cette dernière décision et sont dès lors recevables.

4.En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : / () 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. / () L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite ". Aux termes des dispositions du premier alinéa de l'article L. 561-4 de ce code : " Les articles L. 434-1, L. 434-3 à L. 434-5 et le premier alinéa de l'article L. 434-9 sont applicables ". Aux termes des dispositions de l'article L. 561-5 de ce code : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. / En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux ".

5. L'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. Il résulte des dispositions de cet article que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

6. Il ressort des écritures du ministre de l'intérieur en défense que la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France doit être regardée comme se fondant sur le caractère non probant de l'acte de naissance produit par la requérante.

7.Aux termes de l'article 36 du code de la famille congolais : " Etablissement des actes. L'officier d'état-civil donne lecture aux comparants ; il les invite à en prendre directement connaissance avant de les signer. () Si l'un des comparants ne sait signer, il en est fait mention dans l'acte. ". Si la souche de l'acte de naissance de Mme A, communiqué à l'appui de sa demande de visa, rédigé le 9 septembre 2003 par l'officier d'état civil de l'arrondissement de Pointe-Noire, ne comporte pas la signature du déclarant, cette absence de signature ou de mention sur l'acte de naissance de l'incapacité de signer du déclarant ne permet pas à elle seule, de regarder cet acte comme dépourvu de toute valeur probante. Il ressort en outre du constat d'huissier du 2 novembre 2022, produit pour la première fois à l'instance, que la souche de l'acte de naissance de Mme A, transmis aux autorités consulaires, est conforme aux mentions contenues dans l'acte de naissance n°5540/2003 du 9 septembre 2003 et au passeport produit. Le contenu de ce constat, non contesté par le ministre, permet d'établir l'identité de Mme A et son lien de filiation avec le regroupant. Par suite, en estimant que l'acte de naissance litigieux était dépourvu de valeur probante, la commission de recours a commis une erreur d'appréciation.

8.Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9.Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit procédé à la délivrance du visa sollicité, dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

10.Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision du 5 novembre 2021 du consulat de France à Dakar refusant à Mme A un visa de long séjour au titre du regroupement familial est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer à Mme A un visa de long séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A une somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 13 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

M. Rosier, premier conseiller,

Mme Roncière, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mars 2023.

Le rapporteur,

P. ROSIER

La présidente,

H. DOUET

Le greffier,

A.-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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