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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2205805

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2205805

vendredi 13 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2205805
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantDERBEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 mai 2022, M. A B, représenté par Me Derbel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 janvier 2022 du consulat général de France à Tunis (Tunisie) refusant de lui délivrer un visa de long séjour en qualité de travailleur salarié et la décision implicite de la commission de recours contre les refus de visa confirmant ce refus ;

2°) d'enjoindre aux autorités consulaires de lui délivrer le visa demandé dans un délai de trente jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard si la décision devait être annulée pour un motif de fond et subsidiairement d'enjoindre aux autorités consulaires de lui délivrer le visa demandé dans un délai de trente jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard si la décision devait être annulée pour un motif de forme ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- à titre principal, la décision est entachée d'une erreur de droit ;

- à titre subsidiaire, l'auteur de la décision consulaire ne justifie pas d'une délégation de pouvoir valable et la décision n'est pas clairement motivée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1.M. B, ressortissant tunisien, né le 27 mai 1982 à El Jem (Tunisie), a obtenu, le 2 juin 2021, un visa en qualité de travailleur saisonnier agricole valable jusqu'au 31 août 2021. Le 9 juillet 2021, la préfecture du Vaucluse lui délivre une carte de séjour pluriannuelle de travailleur saisonnier valable jusqu'au 8 septembre 2022. Le 13 septembre 2021, le requérant détourne sa carte de séjour de travailleur saisonnier agricole et commence à travailler pour l'entreprise Carre Concept en qualité de technicien de septembre à novembre 2021 et de mi-février 2022 à fin mars 2022. Le 30 mars 2021, il obtient une autorisation de travail en qualité de technicien d'installation de réseaux câblés de communication en fibre optique au sein de l'entreprise Carre Concept. Le 29 décembre 2021, il a sollicité auprès des autorités consulaires françaises à Tunis (Tunisie), la délivrance d'un visa de long séjour en qualité de travailleur salarié. Par une décision du 20 janvier 2022, les autorités consulaires françaises ont refusé de délivrer le visa sollicité. Le 10 février 2022, il saisit la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France qui rejette par une décision implicite son recours formé contre cette décision consulaire et confirme le refus de visa. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cette dernière décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :

2. En premier lieu, le recours formé contre le refus consulaire en date du 20 janvier 2022 devant la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a été rejeté par une décision implicite, laquelle s'est substituée à la décision de l'autorité consulaire en application des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le requérant doit, donc, être regardé comme demandant l'annulation de la seule décision implicite de la commission, et les moyens de la requête doivent être écartés comme inopérants en tant qu'ils sont dirigés contre la décision consulaire.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

4.Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B ait demandé la communication des motifs de la décision implicite de rejet de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

5.En troisième lieu, aux termes de l'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Sous réserve des engagements internationaux de la France ou du livre II, tout étranger âgé de plus de dix-huit ans qui souhaite séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois doit être titulaire de l'un des documents de séjour suivants:/ 1° Un visa de long séjour ;() ". Enfin, aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ".

6.La circonstance qu'un travailleur étranger dispose d'un contrat de travail visé par le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) ou d'une autorisation de travail, ne fait pas obstacle à ce que l'autorité compétente refuse de lui délivrer un visa d'entrée en France en se fondant, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, sur tout motif d'intérêt général. Constitue un tel motif l'inadéquation entre l'expérience professionnelle et l'emploi sollicité et, par suite, le détournement de la procédure de visa à des fins migratoires.

7.Il ressort des pièces du dossier, et notamment du mémoire en défense présenté par le ministre de l'intérieur, que pour refuser de délivrer le visa de long séjour sollicité, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée sur l'inadéquation entre le profil professionnel de M. B et le poste pour lequel il a été embauché.

8.M. B a sollicité la délivrance d'un visa de long séjour afin de travailler en qualité de technicien d'installation de réseaux câblés de communication en fibre optique dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée (CDI) à temps complet conclu avec la société Carre Concept à Montmeyran (26120), entreprise spécialisée dans le secteur d'activité des télécommunications filaires. Pour établir l'adéquation entre, d'une part, sa qualification et son expérience professionnelle, d'autre part, l'emploi auquel il postule, le requérant produit un diplôme de brevet technicien supérieur en métrologie d'équipements et instrumentation obtenu en 2004, alors que l'emploi auquel il postule est accessible avec un Bac professionnel ou un Bac +2 en télécommunication, réseaux, informatique, électronique, électrotechnique ou un CAP/BEP dans les mêmes domaines complété par une expérience professionnelle avec une habilitation aux risques électriques qui est exigée selon la fiche pôle emploi I1307 produite par le ministre en défense. Au surplus, le requérant s'est présenté alternativement comme travailleur agricole et technicien fibre optique pour obtenir des visas saisonniers. En outre, le requérant ne produit aucun contrat de travail ni aucun bulletin de salaire permettant d'établir l'exercice effectif d'une activité professionnelle en tant que technicien d'installation de réseaux câblés de communication en fibre optique antérieur à son CDI conclu depuis le 15 novembre 2021 avec la société Carre Concept pour laquelle il travaille sous couvert d'une carte de séjour pluriannuelle de travailleur saisonnier dont il a demandé un renouvellement. Dans ces conditions, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France n'a pas porté une inexacte appréciation sur l'adéquation de la qualification et de l'expérience professionnelle de l'intéressé à l'emploi proposé dont il se déduit un risque de détournement de l'objet du visa à des fins migratoires.

9. En dernier lieu, si le requérant soutient qu'il justifie des conditions de son séjour en France, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, eu égard au motif qui la fonde.

10.Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 2 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

M. Rosier, premier conseiller,

Mme Roncière, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 janvier 2023.

Le rapporteur,

P. C

La présidente,

H. DOUET

Le greffier,

A.-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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