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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2205816

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2205816

vendredi 27 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2205816
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantNOUEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 mai 2022, et un mémoire enregistré le 12 décembre 2022, M. A F et Mme C D épouse F, agissant en leur nom propre et en qualité de représentants légaux de l'enfant E, représentés par Me Nouel, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé le 11 janvier 2022 contre la décision du 24 novembre 2021 du consulat de France à Oran (Algérie) refusant à la jeune E un visa de long séjour ;

2°) d'enjoindre au consulat général de France à Oran de délivrer le visa sollicité ou subsidiairement de réexaminer la demande de visa dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision consulaire a été signée par une personne qui ne justifie pas de sa délégation de compétence ;

- la décision consulaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation :

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 novembre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. et Mme F n'est fondé.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A F, né le 8 octobre 1979 à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), de nationalité française, et Mme C D épouse F, née le 3 septembre 1991 à Mostaganem (Algérie) de nationalité algérienne ont recueilli légalement en vertu d'un acte de " kafala " établi le 20 juin 2018 par ordonnance du président du tribunal de Mostaganem la jeune E, née le 25 novembre 2012 à Mostaganem, ressortissante algérienne. Par un jugement du 26 janvier 2021, le tribunal judiciaire de Pontoise a déclaré exécutoire cet acte et ordonné la désignation de M. et Mme F en qualité de titulaires du droit de recueil légal de la jeune E. Le 9 novembre 2021, ils ont sollicité un visa de long séjour auprès des services du consulat français à Oran qui leur est refusé le 24 novembre 2021. Le 11 janvier 2022, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France était saisie d'un recours administratif préalable contre le refus opposé à l'intéressée et rejetait par une décision implicite le recours formé par les requérants contre la décision consulaire. Par la présente requête, M. et Mme F demandent au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2.L'intérêt d'un enfant est en principe de vivre auprès de la personne qui, en vertu d'une décision de justice qui produit des effets juridiques en France, est titulaire à son égard de l'autorité parentale. Ainsi, dans le cas où un visa d'entrée en France est sollicité en vue de permettre à un enfant de rejoindre un ressortissant français ou étranger qui a reçu délégation de l'autorité parentale dans les conditions qui viennent d'être indiquées, ce visa ne peut en règle générale, eu égard notamment aux stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant, être refusé pour un motif tiré de ce que l'intérêt de l'enfant serait au contraire de demeurer auprès de ses parents ou d'autres membres de sa famille. En revanche, et sous réserve de ne pas porter une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale, l'autorité chargée de la délivrance des visas peut se fonder, pour rejeter la demande dont elle est saisie, sur l'atteinte à l'ordre public qui pourrait résulter de l'accès de l'enfant au territoire national, ainsi que sur le motif tiré de ce que les conditions d'accueil de celui-ci en France seraient, compte tenu notamment des ressources et des conditions de logement du titulaire de l'autorité parentale, contraires à son intérêt.

3.Il ressort du mémoire en défense du ministre que pour rejeter le recours présenté contre la décision consulaire, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée sur le motif tiré de ce que les moyens matériels et financiers de M. et Mme F sont insuffisants pour leur permettre de prendre en charge l'enfant dans des conditions adéquates.

4.Il ressort des pièces des dossiers qu'à la date de la décision contestée, le revenu mensuel de M. F, employé comme moniteur métier, était de 2 054 euros net avant imposition et celui de son épouse, employée en qualité de chargée de rayon, de 1 329 euros net avant imposition, alors qu'ils ont par ailleurs à leur charge un jeune enfant né le 30 septembre 2016. Leur revenu fiscal de référence était de 28 084 euros sur les revenus 2020 pour 2,5 parts ne les rendant pas imposables. Par ailleurs, le couple est propriétaire d'un F3 de 58 m² à Franconville Un tel niveau de ressources, dont la régularité et la stabilité ne sont pas contestées, est de nature à permettre aux intéressés de prendre en charge au sein de leur foyer un enfant supplémentaire dans des conditions conformes à son intérêt. Ainsi, et dans les circonstances de l'espèce, la commission de recours a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation et a méconnu les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, en rejetant la demande de visa dont elle était saisie pour le motif précédemment mentionné.

5.Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. et Mme M. F sont fondés à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

6.Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit procédé à la délivrance du visa sollicité dans un délai deux mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7.Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance le versement aux requérants d'une somme globale de 1 200 euros au titre des frais mentionnés à l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer un visa de long séjour à la jeune E dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. et Mme F une somme globale de 1 200 euros (mille deux cents euros) au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A F, à Mme C D épouse F et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 16 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

M. Rosier, premier conseiller,

Mme Chatal, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2023.

Le rapporteur,

P. B

La présidente,

H. DOUET

Le greffier,

A.-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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