vendredi 3 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2205856 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | RENAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 mai 2022, Mme E B, représentée par Me Renaud, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 14 avril 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision du 25 janvier 2022 du consulat de France à Lagos (Nigéria) refusant de lui délivrer un visa de court séjour à entrées multiples ;
2°) d'enjoindre à l'autorité administrative de lui délivrer le visa sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à défaut et à titre subsidiaire, d'enjoindre à l'autorité administrative de réexaminer sa demande de visa dans le même délai et sous la même condition d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision de la commission est entachée d'un vice de procédure dès lors que la décision consulaire viole l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la décision viole le règlement n°810/2009 du Parlement européen et du Conseil du 13 juillet 2009 et les dispositions de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision de la commission viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.
Par un mémoire, enregistré le 16 novembre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement n°562/2006 du Parlement européen et du Conseil du 15 mars 2006 ;
- le règlement n°810/2009 du Parlement européen et du Conseil du 13 juillet 2009 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. D a été entendu à l'audience publique du 13 janvier 2023.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E B, née le 8 juillet 1993 à Port-Harcour (Nigéria) de nationalité nigériane, se disant belle-fille de M. C F A, de nationalité française, né le 26 septembre 1977 à Zaria, Etat de Kaduna (Nigéria), et de Mme G B, de nationalité française, née le 21 mai 1975 à Port-Harcourt, Etat de Rivers (Nigeria), mariés à Clichy (Hauts-de-Seine) le 27 avril 2013, a sollicité le 18 novembre 2019, auprès des autorités consulaires françaises à Lagos (Nigeria) un visa de court séjour pour visite touristique qui lui a été refusé le 22 novembre 2019. Le 24 janvier 2022, elle a de nouveau sollicité auprès des mêmes autorités un visa de court séjour à entrées multiples d'une durée de 90 jours qui lui a été refusé le 25 janvier 2022. Elle a formé un recours contre cette dernière décision consulaire auprès de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France qui a rejeté son recours le 14 avril 2022. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler cette dernière décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 25 janvier 2022 des autorités consulaires françaises à Lagos :
2. L'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur énonce : " Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre chargé de l'immigration est chargée d'examiner les recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. La saisine de cette commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier ". Il résulte de ces dispositions que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France se substitue à celle qui a été prise par les autorités diplomatiques ou consulaires. Ainsi, la décision explicite du 14 avril 2022 de cette commission s'est substituée à la décision du consul général de France à Lagos du 25 janvier 2022. Par suite les conclusions aux fins d'annulation dirigées, non contre la décision de la commission, mais contre la décision initiale de refus prise par les autorités consulaires, sont irrecevables.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 14 avril 2022 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :
3.Mme B ne peut utilement invoquer, à l'encontre de la décision contestée, le moyen dirigé contre la décision consulaire tiré de la méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration.
4.Il ressort des termes de la décision attaquée que, pour refuser de délivrer à Mme B le visa sollicité, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée sur les motifs tirés, d'une part, de ce que l'intéressée ne justifie pas de ressources personnelles suffisantes pour financer son séjour et son retour dans son pays, d'autre part que les accueillants ne justifient pas de moyens matériels et financiers pour accueillir dans leur foyer une personne supplémentaire et, enfin, de ce qu'il existe un risque de détournement de l'objet du visa à des fins, notamment, migratoires.
5.D'une part, aux termes de l'article 10 de la convention d'application de l'accord de Schengen : " 1. Il est institué un visa uniforme valable pour le territoire de l'ensemble des Parties contractantes. Ce visa () peut être délivré pour un séjour de trois mois au maximum () ". Aux termes de l'article 6 du règlement (CE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes dit " code frontières Schengen " : " 1. Pour un séjour prévu sur le territoire des États membres, d'une durée n'excédant pas 90 jours sur toute période de 180 jours, ()les conditions d'entrée pour les ressortissants de pays tiers sont les suivantes: ( ) c) justifier l'objet et les conditions du séjour envisagé, et disposer de moyens de subsistance suffisants, tant pour la durée du séjour envisagé que pour le retour dans leur pays d'origine ou le transit vers un pays tiers dans lequel leur admission est garantie, ou être en mesure d'acquérir légalement ces moyens; () 4. L'appréciation des moyens de subsistance se fait en fonction de la durée et de l'objet du séjour et par référence aux prix moyens en matière d'hébergement et de nourriture dans l'État membre ou les États membres concernés, pour un logement à prix modéré, multipliés par le nombre de jours de séjour. () L'appréciation des moyens de subsistance suffisants peut se fonder sur la possession d'argent liquide, de chèques de voyage et de cartes de crédit par le ressortissant de pays tiers. () ". Aux termes de l'article L. 313-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger qui déclare vouloir séjourner en France pour une durée n'excédant pas trois mois dans le cadre d'une visite familiale ou privée doit présenter un justificatif d'hébergement qui prend la forme d'une attestation d'accueil, signée par la personne qui se propose d'assurer le logement de l'étranger, ou son représentant légal. Cette attestation est validée par l'autorité administrative et constitue le document prévu par la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 pour justifier les conditions de séjour dans le cas d'une visite familiale ou privée ". Enfin, aux termes de l'article L. 313-2 du même code : " Le signataire de l'attestation d'accueil doit, pour en obtenir la validation par le maire, se présenter personnellement en mairie, muni d'un des documents mentionnés aux articles R. 313-7 et R. 313-8, d'un document attestant de sa qualité de propriétaire, de locataire ou d'occupant du logement dans lequel il se propose d'héberger le visiteur ainsi que de tout document permettant d'apprécier ses ressources et sa capacité d'héberger l'étranger accueilli dans un logement décent au sens des dispositions réglementaires en vigueur et dans des conditions normales d'occupation. ". La mise à jour des montants de référence requis pour le franchissement des frontières extérieures, publiée au journal officiel de l'Union européenne C 224/05 du 15 juillet 2014 mentionne que : " Le montant de référence des moyens de subsistance suffisants pour la durée du séjour envisagé par un étranger, ou pour son transit par la France s'il se dirige vers un pays tiers, correspond en France au montant du "salaire minimum interprofessionnel de croissance" (SMIC) calculé journellement à partir du taux fixé au 1er janvier de l'année en cours. () Les titulaires d'une attestation d'accueil doivent disposer d'un montant minimal de ressources pour séjourner en France équivalant à un demi-SMIC. () ".
6.Il résulte des dispositions citées au point 4 que l'obtention d'un visa de court séjour est subordonnée à la condition que le demandeur justifie à la fois de sa capacité à retourner dans son pays d'origine et de moyens de subsistance suffisants pendant son séjour. Il appartient au demandeur de visa, dont les ressources personnelles ne lui assurent pas ces moyens, d'apporter la preuve de ce que les ressources de la personne qui l'héberge et qui s'est engagée à prendre en charge ses frais de séjour au cas où il n'y pourvoirait pas sont suffisantes pour ce faire. Cette preuve peut résulter de la production d'une attestation d'accueil validée par l'autorité compétente et comportant l'engagement de l'hébergeant de prendre en charge les frais de séjour du demandeur, sauf pour l'administration à produire des éléments de nature à démontrer que l'hébergeant se trouverait dans l'incapacité d'assumer effectivement l'engagement qu'il a ainsi souscrit.
7.Il ressort des pièces du dossier que la requérante, qui a sollicité la délivrance d'un visa de court séjour à entrées multiples pour une durée de 90 jours pour rendre visite à son beau-père et à sa mère en France, a produit à l'appui de sa demande de visa l'attestation d'accueil prévue par l'article L. 313-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, délivrée par le maire de Clichy-la-Garenne, et signée par M. A, qui se présente comme son père et qui s'engage à l'héberger à prendre également en charge ses frais de séjour pendant la durée de validité de son visa dans son appartement de 97 m² occupé par huit personnes. Il ressort, au demeurant, de cette attestation que le maire l'a visée au regard du contrat de location, d'un avis d'imposition, d'un bulletin de salaire et d'une quittance de loyer produits par l'hébergeant devant lui. La requérante doit donc être regardée comme justifiant de la prise en charge de ses frais d'hébergement pour la durée de son séjour.
8.Il ressort des pièces du dossier que Mme B a produit les relevés bancaires transmis lors du dépôt de sa demande de visa qui font état d'un solde au 18 janvier 2022 de 106 535,33 nairas nigérians, soit 231,62 euros pour la période allant du 1er août 2021 au 18 janvier 2022. Elle a également produit, devant le tribunal, de nouveaux relevés qui font apparaître un nouveau solde au 13 février 2022 de 974 866,75 nairas nigérians, soit 2 119,54 euros pour la période du 1er novembre 2021 au 13 février 2022, après que trois versements aient été effectués récemment les 3, 6 et 10 février 2022 pour un montant total de 2 175 euros, par la société " Talent Ville ", qui l'emploie pourtant depuis le 3 août 2020. Toutefois, ce dernier solde ne saurait couvrir l'intégralité de son séjour en France dès lors qu'elle ne justifie pas détenir la somme de 32,50 euros par jour soit, pour 90 jours, de 2 925 euros équivalent à un demi-SMIC tel que visé à l'article 5 paragraphe 3 du règlement (CE) n°562/2006 du Parlement européen et du Conseil et dont les montants de référence requis pour le franchissement des frontières extérieures ont été mis à jour et publiés au journal officiel de l'Union européenne C 224/05 du 15 juillet 2014. Dès lors, les ressources de Mme B doivent être regardées comme insuffisantes pour couvrir les autres frais de son séjour, à savoir les frais de déplacement, de repas et de sorties. Dans ces conditions, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France n'a pas entaché sa décision d'erreur d'appréciation, en estimant que Mme B ne justifiait pas de ressources personnelles suffisantes pour financer son séjour.
9 Aux termes de l'article 21 du règlement (CE) du 13 juillet 2009 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire des visas : " 1. Lors de l'examen d'une demande de visa uniforme, () une attention particulière est accordée à l'évaluation du risque d'immigration illégale () que présenterait le demandeur ainsi qu'à sa volonté de quitter le territoire des États membres avant la date d'expiration du visa demandé. ". Aux termes de l'article 32 du même règlement : " 1. () le visa est refusé : () / b) s'il existe des doutes raisonnables sur () la fiabilité des déclarations effectuées par le demandeur ou sur sa volonté de quitter le territoire des États membres avant l'expiration du visa demandé. () ".
10.Il ressort des pièces du dossier que Mme B, âgée de 28 ans, célibataire, exerce la profession d'artiste dans son pays sous le nom d'Angelika Belle. Elle ne justifie pas d'attaches au Nigéria puisque sa fratrie et ses deux parents se trouvent en France dès lors que, contrairement à ce qu'elle allègue, M. C A ne serait être son beau-père mais bien son père comme il l'écrit lui-même dans l'attestation d'accueil et tel qu'il est identifié dans le certificat de naissance de l'intéressée. Dans ces conditions, la commission de recours n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer le visa sollicité pour le motif tiré de l'existence d'un risque de détournement de l'objet du visa à des fins migratoires.
11.Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 13 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
M. Rosier, premier conseiller,
Mme Roncière, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mars 2023.
Le rapporteur,
P. D
La présidente,
H. DOUET
Le greffier,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026