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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2205992

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2205992

vendredi 3 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2205992
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantPRONOST

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 6 mai 2022, le 26 septembre 2022 et le 21 décembre 2022, M. E B, agissant en son nom propre et en qualité de représentant légal d'Alsény B, M. C B et M. D B, représentés par Me Pronost, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 novembre 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision du consulat général de France à Conakry (Guinée) en date du 6 mars 2019 refusant de délivrer les visas de long séjour au titre du regroupement familial à MM. Mouctar, C et Alseny B ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer les visas sollicités dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de réexaminer les demandes de visas sollicités dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au profit de Me Pronost qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ou subsidiairement de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision de la commission est entachée d'un vice de procédure ;

- la décision de la commission est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 novembre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 mars 2022.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 janvier 2023 :

- le rapport de M. Rosier, rapporteur ;

- et les observations de Me Pronost, avocate des requérants.

Considérant ce qui suit :

1. M. E B, ressortissant guinéen, né le 17 août 1977 à Conakry (Guinée) entré irrégulièrement en France le 1er décembre 2008, n'a pas obtenu l'asile. Il bénéficie d'une carte de résident valable dix ans jusqu'en 2028. Le 27 juillet 2017, il a déposé une demande de regroupement familial pour ses trois fils allégués, C né le 6 octobre 2000, Mouctar né le 29 novembre 2002 et Alseny né le 25 novembre 2005, qui lui est accordé par le préfet de Seine-Saint-Denis le 24 juillet 2018. Le 4 décembre 2018, ses trois fils ont sollicité auprès des autorités consulaires françaises à Conakry, la délivrance d'un visa de long séjour au titre du regroupement familial qui leur a été refusé le 6 mars 2019. Le 24 août 2021, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a enregistré le recours formé par M. B contre la décision consulaire et a rejeté son recours par une décision du 25 novembre 2021. Par la présente requête, MM B demandent au tribunal d'annuler cette dernière décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable : " Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre chargé de l'immigration est chargée d'examiner les recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. La saisine de cette commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier ". Aux termes de l'article D. 312-5 du même code, dans sa rédaction alors applicable : " Le président de la commission est choisi parmi les personnes ayant exercé des fonctions de chef de poste diplomatique ou consulaire. / La commission comprend, en outre : / 1° Un membre, en activité ou honoraire, de la juridiction administrative ; / 2° Un représentant du ministre des affaires étrangères ; / 3° Un représentant du ministre chargé de l'immigration ; / 4° Un représentant du ministre de l'intérieur. / Le président et les membres de la commission sont nommés par décret du Premier ministre pour une durée de trois ans. Pour chacun d'eux, un premier et un second suppléant sont nommés dans les mêmes conditions ". L'article 1er de l'arrêté du 4 décembre 2009 relatif aux modalités de fonctionnement de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France prévoit que cette commission " délibère valablement lorsque le président ou son suppléant et deux de ses membres au moins, ou leurs suppléants respectifs, sont réunis ".

3.Il ressort du procès-verbal de la séance du 25 novembre 2021 que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est réunie, ce jour-là, en présence de son président suppléant et de trois de ses membres. Dès lors, le moyen tiré de la composition irrégulière de cette commission doit être écarté comme manquant en fait.

4.En deuxième lieu, pour rejeter le recours formé par MM B contre les refus de visas sollicités pour C, Mouctar et Alseny B, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a retenu la tardiveté de la demande de regroupement familial et le défaut de justification des identités et du lien de filiation allégués des demandeurs de visa avec M. E B.

5.Aux termes de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : / 1° Des documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur () ". Aux termes de l'article L. 312-2 du même code : " () Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour () ". Si la venue en France de ressortissants étrangers a été autorisée au titre du regroupement familial, cette circonstance ne fait pas obstacle à ce que l'autorité consulaire use du pouvoir qui lui appartient de refuser leur entrée en France en se fondant, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, sur des motifs d'ordre public. Figure au nombre de ces motifs l'absence de caractère authentique des actes d'état civil produits ainsi que l'absence de lien de filiation entre le demandeur de visa et le membre de famille que celui-ci entend rejoindre.

6.D'une part, la commission ne pouvait légalement retenir que les refus de visa litigieux étaient justifiés compte tenu du délai séparant l'arrivée en France de M. B et sa demande de regroupement familial au bénéfice des demandeurs dès lors qu'une demande de regroupement familial n'est pas soumise à une condition de délai par rapport à l'entrée en France du regroupant.

7.D'autre part, aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. ". Il résulte des dispositions de l'article 47 du code civil que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

8.Il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le jugement produit aurait un caractère frauduleux.

9.A l'appui des demandes de visa présentées pour C, Mouctar et Alseny B ont été produits les jugements supplétifs d'acte de naissance n°315, n°316 et n°314 rendus le 5 janvier 2017 par le tribunal de première instance de Conakry 2, les actes de naissance n°347, n°349 et n°353 dressés par l'officier d'état civil de la commune de Ratoma Conakry le 5 janvier 2017 en transcription de ces jugements ainsi que les cartes d'identité de MM. C et Mouctar B et les trois passeports des intéressés délivrés le 28 octobre 2014. Toutefois, l'âge, la date de naissance, la profession et le domicile des parents ne figurent pas dans les jugements supplétifs, lesquels ne comportent pas, dès lors, les mentions essentielles et suffisantes pour déterminer l'identité des personnes qui y figurent. Par ailleurs, il ressort de la note du ministre guinéen de l'administration du territoire et de la décentralisation du 19 mai 2014 que, dans le cadre de la mise en œuvre des passeports biométriques, un numéro d'identification national unique a été élaboré, lequel est composé de quinze chiffres, dont les 11ème, 12ème et 13ème chiffres doivent correspondre à ceux portés sur l'acte de naissance présenté à l'appui de la demande du document de voyage. Cette note précise que " ce numéro d'identification unique est conçu en fonction des actes de naissance fournis par les demandeurs du passeport biométrique qui est le document de voyage par excellence en Guinée. Ces actes doivent être authentifiés par la Division des affaires administratives et juridiques de la Direction Nationale de l'Etat Civil, responsable de la gestion de ce numéro auprès de la police de l'air et des frontières au Ministère de la Sécurité et de la Protection Civile " et que " le numéro de l'extrait de naissance doit être conforme à celui du numéro d'identification unique, élément clé du passeport c'est à dire le onzième, le douzième et le treizième chiffre ". En l'espèce, les passeports ont été délivrés au cours de l'année 2014 aux demandeurs de visa, qui disposaient déjà à cette date d'un numéro d'identification unique. Sur le passeport de M. C B sont portés aux 11ème, 12ème et 13ème chiffres, les chiffres " 443 ", sur celui de M. D B, les chiffres " 044 " et sur celui d'Alseny B, les chiffres " 030 ", ce qui ne correspond pas aux numéros d'extraits d'actes de naissance produits, dressés en 2017. Il suit de là que les passeports ont été délivrés au vu d'actes d'état civil autres que ceux présentés à l'appui des demandes de visa de long séjour, dont les requérants se bornent à soutenir qu'ils auraient été égarés. Par ailleurs les trois photographies, les captures d'écran et les transferts d'argents réalisés au cours du mois de février à mai 2017 et de septembre à décembre 2021 ne suffisent pas à établir l'existence d'un lien de filiation par la possession d'état. Dans ces conditions, eu égard aux nombreuses anomalies entachant les actes d'état civil produits, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a pu, sans faire une inexacte application des dispositions précitées, rejeter les demandes de visa litigieuses au motif que l'identité et le lien de filiation de MM. C et Mouctar B et du jeune A B n'étaient pas établis.

10.Il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif, qui suffisait à lui seul à fonder la décision attaquée.

11.Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par MM. B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de MM. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, agissant en son nom propre et en qualité de représentant légal d'Alsény B, à M. C B, à M. D B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 13 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

M. Rosier, premier conseiller,

Mme Roncière, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mars 2023.

Le rapporteur,

P. ROSIER

La présidente,

H. DOUET

Le greffier,

A.-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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