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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2206040

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2206040

vendredi 10 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2206040
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantBOCHNAKIAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 10 mai 2022 et le 1er décembre 2022,Mme D A, agissant tant en son nom personnel qu'en qualité de représentante légale de son enfant mineur E B et Mme C B, représentées par Me Bochnakian, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 9 mars 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a confirmé les décisions en date du 16 février 2021 de l'autorité consulaire française à Dakar (Sénégal) refusant un visa d'entrée et de long séjour à Abdoulaye et Khady B au titre de la réunification familiale ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer les visas sollicités dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- la décision attaquée méconnait les dispositions des articles R. 211-4 et L. 111-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 561-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que les documents d'état civil produits établissent le lien de filiation entre la requérante et ses deux enfants et que leur père ne s'en occupe pas ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 octobre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par les requérantes ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 janvier 2023 :

- le rapport de Mme Roncière, rapporteure,

- et les observations de Me Bochnakian, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante sénégalaise, né le 4 octobre 1985, s'est vu reconnaître la qualité de réfugiée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 24 août 2018. Elle a demandé, le 17 mars 2020, la délivrance de visas de long séjour au titre de la réunification familiale à l'autorité consulaire française à Dakar (Sénégal) pour ceux qu'elle présente comme ses enfants, E B et C B. Par des décisions du 16 février 2021, ces autorités ont refusé de délivrer les visas sollicités. Par une décision du 9 mars 2022, dont Mme A et Mme B demandent l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision de ces autorités.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : () 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. () L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite ". Aux termes de l'article L. 561-4 du même code : " Les articles L. 434-1, L. 434-3 à L. 434-5 et le premier alinéa de l'article L. 434-9 sont applicables () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 434-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le regroupement familial peut également être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et pour ceux de son conjoint si, au jour de la demande : 1° La filiation n'est établie qu'à l'égard du demandeur ou de son conjoint ; 2° Ou lorsque l'autre parent est décédé ou déchu de ses droits parentaux ". Aux termes de l'article L. 434-4 du même code : " Le regroupement familial peut être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et ceux de son conjoint, qui sont confiés, selon le cas, à l'un ou l'autre, au titre de l'exercice de l'autorité parentale, en vertu d'une décision d'une juridiction étrangère. Une copie de cette décision devra être produite ainsi que l'autorisation de l'autre parent de laisser le mineur venir en France ". Ainsi, il résulte de la combinaison des dispositions précitées de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de celles des articles L. 434-3 et L. 434-4 du même code, auxquelles l'article L. 561-4 renvoie expressément, que l'enfant du réfugié dont l'autre parent ne sollicite pas en même temps que lui un visa de long séjour sur le fondement des dispositions du 1° ou du 2° de cet article a droit à la délivrance d'un visa de long séjour au titre de la réunification familiale pourvu que soient remplies les conditions fixées par les articles L. 434-3 ou L. 434-4. Il s'ensuit que l'enfant, mineur de dix-huit ans, souhaitant rejoindre son parent réfugié sans son autre parent, bénéficie de plein droit de la délivrance d'un visa de long séjour soit lorsque son autre parent est décédé ou déchu de l'autorité parentale, soit s'il a été confié à son parent réfugié ou au conjoint de ce dernier en exécution d'une décision d'une juridiction étrangère et est muni de l'autorisation de son autre parent.

4. Il ressort des termes de la décision attaquée que, pour rejeter les demandes de visas de long séjour présentées par Mme C B et pour le jeune E B, la commission de recours s'est fondée sur les motifs tirés d'une part, des incohérences entre les dates de naissance des demandeurs de visas présentes sur leurs documents d'identité et les déclarations de la réunifiante auprès de l'OFPRA qui ne permettent pas d'établir le lien de filiation entre les intéressés et d'autre part, sur le fait que l'autre parent " n'étant ni déchu ni décédé de l'exercice de ses droits parentaux ou du droit de garde, l'intérêt supérieur de l'enfant commande qu'ils restent auprès de leur autre parent dans leur pays d'origine ".

5. Les requérantes produisent à l'appui des demandes de visas, pour justifier de l'identité et du lien de filiation allégué avec Mme A, deux " copies littérales d'acte de naissance " pour Mme C B, née le 21 novembre 2003, et pour le jeune E B, né le 10 janvier 2008, délivrées respectivement le 23 février 2021 et le 2 mars 2021, par l'officier d'état civil de la mairie de Yoff, département de Dakar (Sénégal) qui mentionnent le lien paternel avec M. F B, né le 18 octobre 1974 à Dakar (Sénégal) et le lien maternel avec Mme D A, née le 4 octobre 1985. Le ministre fait valoir en défense que Mme A s'est déclarée, à l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA), mère de deux enfants, C B née le 8 novembre 2003 et Adlaye, né le 30 janvier 2008. Les requérantes n'apportent aucune explication à ces incohérences sur les dates de naissance des demandeurs de visas. Par ailleurs, la correspondance entre le ministre de l'intérieur et Mme A au moment des demandes de visas versée au débat mentionnant que Mme A " communique uniquement par oral avec ses enfants " et l'absence d'éléments produits au dossier permettant d'établir une possession d'état entre la réunifiante et ses enfants allégués, n'établissent pas non plus le lien familial entre la réfugiée et les demandeurs de visas. Dans ces conditions, la commission de recours n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en refusant de délivrer les visas sollicités pour le premier motif exposé au point 4.

6. Si Mme A a produit en cours d'instance " une autorisation parentale " en date du 12 décembre 2022, mentionnant que M. F B, père de Mme C B et du jeune E B, " autorise ses deux enfants à quitter le territoire pour rejoindre son ex-femme en France ", il est constant que ce document postérieur à la décision attaquée ne constitue pas une décision d'une juridiction étrangère confiant la garde des enfants à leur mère Mme A au titre de l'exercice de l'autorité parentale, au sens et pour l'application des dispositions de l'article L. 434-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, la commission de recours n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en refusant, pour le second motif rappelé au point 4, de délivrer le visa sollicité.

7. En deuxième lieu, si Mme A et Mme B soutiennent que la décision de la commission méconnait les dispositions des articles R. 211-4, désormais abrogé, et L. 111-6, désormais codifié à l'article L 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elles ne précisent pas, en se bornant à invoquer " qu'il incombe à l'administration d'effectuer les vérifications sur les actes d'état civil " et de " renverser la charge de la présomption résultant du caractère régulier " de ces actes d'état civil, la nature de cette atteinte. Le moyen devra être écarté.

8. En troisième et dernier lieu, compte tenu de ce qui précède, en l'absence de caractère établi du lien de filiation revendiqué, les requérantes ne sont pas fondées à soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs et au vu des éléments produits au dossier, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, qui n'est, en tout état de cause pas applicable à Mme B, majeure à la date de la décision attaquée, doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A et Mme B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige doivent également être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A et Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, Mme C B et au ministre de l'intérieur et de l'outre-mer.

Délibéré après l'audience du 13 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

M. Rosier, premier conseiller,

Mme Roncière, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 février 2023.

La rapporteure,

M.-A. RONCIERE

La présidente,

H. DOUET

Le greffier,

A.-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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