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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2206051

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2206051

lundi 30 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2206051
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème chambre
Avocat requérantSEBBANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 mai 2022, Mme A D, agissant en qualité de représentante légale d'Aleynna E D, représentée par Me Sebbane, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 mars 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision de l'autorité consulaire française à Alger (Algérie) refusant de délivrer un visa d'entrée et de long séjour à B E D ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de faire délivrer le visa sollicité ou, à défaut, de faire procéder au réexamen de la demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la décision consulaire méconnait son droit d'être entendue ;

- la décision de la commission est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de la situation de la demandeuse ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de l'intérêt de l'enfant au regard des stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 décembre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 6 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique du 9 janvier 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A D, ressortissante française, a demandé à l'autorité consulaire française à Alger la délivrance d'un visa de long séjour au profit de la jeune B E D, ressortissante algérienne née le 24 novembre 2018, qui lui a été confiée par acte de kafala notariale le 13 décembre 2018. L'autorité consulaire française a rejeté cette demande. Par une décision du 2 mars 2022, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours préalable formé à l'encontre du refus de l'autorité consulaire. Mme D demande au tribunal l'annulation de cette décision du 2 mars 2022.

2. En premier lieu, aux termes de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable : " Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre chargé de l'immigration est chargée d'examiner les recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. La saisine de cette commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier. ".

3. Il résulte de ces dispositions que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France se substitue à celle qui a été prise par les autorités diplomatiques ou consulaires. Par suite, la décision de cette commission s'est substituée à la décision de l'autorité consulaire française à Alger. En conséquence, les moyens relatifs aux vices propres de la décision consulaire, au nombre desquels figure notamment le vice de procédure tiré de la méconnaissance du droit d'être entendue, doit être écarté comme inopérant.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la commission de recours ne se serait pas livrée à un examen réel et sérieux de la situation de la demandeuse.

5. En troisième lieu, aux termes des stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

6. En cas de kafala établie par voie notariale et non juridictionnelle, l'intérêt supérieur de l'enfant à vivre auprès de la personne à qui il a été confié par une telle kafala ne peut être présumé et doit être établi au cas par cas. Il appartient, en conséquence, aux juges administratifs d'apprécier, au vu de l'ensemble des pièces du dossier, si le refus opposé à une demande de visa de long séjour pour l'enfant mineur est entaché d'une erreur d'appréciation.

7. Pour rejeter le recours formé à l'encontre de la décision consulaire, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a relevé que : " - L'intérêt supérieur de l'enfant B E D n'est pas de s'établir auprès de Mme A D en France, car ses conditions de ressources sont insuffisantes pour lui permettre de la prendre en charge dans des conditions satisfaisantes. Celle-ci n'établit au demeurant pas avoir contribué à l'éducation et l'entretien de l'enfant depuis l'acte de kafala du 13/12/2018. () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme D réside avec trois de ses enfants au sein d'un logement de type " T5 " d'une superficie de 126 m², pour lequel elle s'acquitte, déduction faite de l'aide au logement dont elle bénéficie, d'un loyer de l'ordre de 74 euros par mois. Pour autant, à la date de la décision attaquée, la requérante ne perçoit comme seules ressources que des prestations sociales à hauteur d'environ 1 125 euros par mois. Si elle soutient à cet égard avoir pour unique charge sa fille âgée de 16 ans, il est constant que cette dernière est en situation de handicap et qu'une partie des ressources dont il est fait état vise à compenser cette situation, laquelle n'est nullement précisée. Dans ces conditions, en l'absence d'explication supplémentaire sur ce point, et faute de produire davantage d'éléments attestant de sa situation familiale, Mme D ne justifie pas de conditions d'accueil et de ressources suffisantes pour accueillir une enfant supplémentaire au sein de son foyer. Au surplus, il ne ressort pas des seuls éléments versés au dossier que la requérante subvienne aux besoins ou à l'éducation de la demandeuse. Ainsi, au regard de ces éléments et particulièrement des conditions d'accueil de la jeune B, la commission de recours a pu, sans entacher la décision attaquée d'erreur d'appréciation, estimer qu'il n'était pas dans son intérêt de vivre en France auprès de Mme D.

9. En dernier lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit que la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision litigieuse aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la requérante n'est pas plus fondée à soutenir que la décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de la demandeuse.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée. Par suite, les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées comme doivent l'être, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais d'instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Sebbane.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Guilloteau, conseiller,

Mme Louazel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2023.

La rapporteuse,

M. C

La présidente,

S. RIMEU

La greffière,

S. LE DUFF

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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