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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2206073

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2206073

mardi 4 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2206073
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantGUILBAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 mai 2022, M. F A, représenté par Me Guilbaud, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 28 avril 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que la décision portant refus de titre de séjour a été signée par une autorité compétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux, le préfet n'ayant pas tenu compte de la situation sanitaire, qui l'a privé de la possibilité de continuer son cursus universitaire alors qu'il avait été admis en deuxième année ; en outre, son intégration professionnelle aurait justifié la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation, dès lors qu'il a signé un contrat d'apprentissage permettant l'obtention d'un diplôme, justifiant ainsi suivre un enseignement en France permettant un renouvellement de son titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'une erreur d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour entraîne par voie de conséquence l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mars 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- il y a lieu de substituer aux dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile les articles 4 et 9 de la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995, comme base légale de l'arrêté litigieux ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative à la circulation et au séjour des personnes (ensemble une annexe), signée à Dakar le 1er août 1995, approuvée par la loi n° 97-744 du 2 juillet 1997 et publiée par le décret n° 2002-337 du 5 mars 2002 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Frelaut a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sénégalais né le 20 juillet 1998, est entré en France le 1er octobre 2018 sous couvert d'un visa de long séjour " étudiant " valant titre de séjour, valable jusqu'au 21 septembre 2019. Des titres de séjour lui ont ensuite été délivrés jusqu'au 30 septembre 2021. L'intéressé a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 28 avril 2022, portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixant le pays de destination, le préfet a rejeté sa demande. Par sa requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme D E, cheffe du bureau du séjour à la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du 11 avril 2022, régulièrement publié, le préfet lui a donné délégation, en l'absence de Mme C B, directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture, dont il n'est pas soutenu qu'elle n'aurait pas été absente ou empêchée, à l'effet notamment de signer les décisions portant refus de titre de séjour et obligations de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est, par suite, suffisamment motivé, de sorte que le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, il résulte des termes de la décision attaquée que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. A. En outre, s'il est toujours loisible au préfet d'examiner la possibilité de régulariser la situation d'un étranger au regard du droit au séjour sur le fondement de dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile autres que celles qu'il a lui-même invoquées à l'appui de sa demande, il n'existe aucune disposition réglementaire ou législative lui imposant de procéder à tel examen. M. A ne conteste pas avoir introduit une demande de renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant. Dès lors, quand bien même son intégration professionnelle aurait justifié, selon ses dires la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché l'arrêté attaqué d'un défaut d'examen.

5. En quatrième lieu, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 110-1 du même code, " sous réserve des conventions internationales ". L'article 9 de la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995 modifiée stipule que : " Les ressortissants de chacun des Etats contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation qui ne peut être assuré dans le pays d'origine, sur le territoire de l'autre Etat, doivent, pour obtenir le visa de long séjour prévu à l'article 4, présenter une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi ou une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage. Ils doivent en outre justifier de moyens d'existence suffisants, tels qu'ils figurent en annexe. Les intéressés reçoivent le cas échéant, un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite des études ou du stage, ainsi que de la possession de moyens d'existence suffisants ". L'article 13 de la même convention stipule que : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation respective des deux Etats sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". Aux termes de l'article 4 de cette convention : " Pour un séjour de plus de trois mois, () les ressortissants sénégalais à l'entrée sur le territoire français doivent être munis d'un visa de long séjour et des justificatifs prévus aux articles 5 à 9 ci-après, en fonction de la nature de leur installation. ".

6. Il résulte de ces stipulations que l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas applicable aux ressortissants sénégalais désireux de poursuivre leurs études en France, dont la situation est régie par l'article 9 de la convention franco-sénégalaise précitée. Par suite, c'est à tort que le préfet de la Loire-Atlantique s'est fondé sur ces dispositions pour refuser de délivrer à M. A un titre de séjour portant la mention " étudiant ".

7. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée.

8. En l'espèce, la décision du 28 avril 2022 refusant de délivrer à M. A un titre de séjour " étudiant " trouve son fondement légal dans les stipulations précitées des articles 9 et 4 de la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995 qui peuvent être substituées aux dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont l'arrêté attaqué fait application, dès lors, d'une part, que les stipulations de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise et les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont équivalentes au regard des garanties qu'elles prévoient, d'autre part, que l'administration dispose, le cas échéant, du même pouvoir d'appréciation sur la réalité et le sérieux des études poursuivies par l'intéressé pour appliquer l'un ou l'autre de ces deux textes.

9. Pour rejeter la demande de M. A, le préfet de la Loire-Atlantique s'est fondé sur le défaut de caractère sérieux des études de l'intéressé. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a poursuivi en 2018-2019 une première année de " bachelor - responsable du marketing et du développement commercial " à l'" IDRAC business school ", qu'il n'a pas validée, qu'il a ensuite été inscrit en formation de " langue et littérature anglaise " à " Ramsès ", école internationale de langues étrangères, dont il validé la première année en 2019-2020, mais pas la deuxième, en 2020-2021. M. A ne peut utilement invoquer sa précarité financière pour justifier ces échecs, dès lors que les stipulations de la convention franco-sénégalaise citées au point 5 prévoient que les ressortissants de chacun des Etats contractants désireux de poursuivre des études sur le territoire de l'autre Etat doivent disposer de moyens d'existence suffisants. En outre, la seule circonstance qu'il ait signé un contrat d'apprentissage le 13 septembre 2021, dans le cadre d'une formation certifiante " action d'adaptation et de développement des compétences " ne saurait, en tout état de cause, justifier du caractère sérieux de ses études compte tenu de l'ensemble de ces éléments. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

10. En cinquième lieu, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

11. En l'espèce, M. A ne conteste pas ne pas avoir sollicité du préfet de la Loire-Atlantique son admission exceptionnelle au séjour, ayant seulement demandé le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant. Il en résulte que le requérant ne peut utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions, ni l'erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions.

12. En sixième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 4 qu'il n'existe aucune disposition législative ou réglementaire imposant au préfet d'examiner la possibilité de régulariser la situation d'un étranger au regard du droit au séjour sur le fondement de dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile autres que celles que le requérant a lui-même invoquées à l'appui de sa demande. Dans ces circonstances, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

13. En septième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales aux termes desquelles toute personne a droit au respect d'une vie familiale normale sont par elles-mêmes sans incidence sur l'appréciation par l'administration de la réalité et du sérieux des études poursuivies lors de l'instruction d'une demande de renouvellement de titre de séjour en qualité d'étudiant. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de ces stipulations et de l'erreur d'appréciation des conséquences de l'arrêté attaqué sur la situation de M. A doivent être écartés.

14. En dernier lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit que l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'est pas établie. Le moyen tiré par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision, invoqué à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit par suite être écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que la requête présentée par M. A doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F A, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Guilbaud.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Degommier, président,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Martel, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2023.

La rapporteure,

L. FRELAUT

Le président,

S. DEGOMMIERLa greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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