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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2206087

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2206087

vendredi 13 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2206087
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantBAUTES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 mai 2022, Mme F B, représentée par Me Bautes, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 31 mars 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours contre la décision des autorités consulaires françaises à Casablanca (Maroc) en date du 27 décembre 2021 refusant de lui délivrer un visa de long séjour en qualité de visiteur ;

2°) à titre principal, d'enjoindre aux autorités consulaires françaises à Casablanca de lui délivrer un visa de long séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de visa dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'est pas justifié de la régularité de la composition de la commission ;

- la décision de la commission n'a pas examiné sérieusement la demande de visa et n'est pas suffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire, enregistré le 25 octobre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1.Mme F B, ressortissante marocaine, née le 20 décembre 1940 à Marrakech (Maroc), a déposé le 31 janvier 2022 une demande de visa long séjour en qualité de visiteur auprès des autorités consulaires françaises à Casablanca (Maroc). Par une décision en date du 27 décembre 2022, ces autorités ont refusé de lui délivrer le visa sollicité. Par une décision du 31 mars 2022, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler la décision du 31 mars 2022 de rejet de la commission de recours.

2. En premier lieu, aux termes de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre chargé de l'immigration est chargée d'examiner les recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. La saisine de cette commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier ". Aux termes de l'article D. 312-5 du même code : " Le président de la commission est choisi parmi les personnes ayant exercé des fonctions de chef de poste diplomatique ou consulaire. / La commission comprend, en outre : / 1° Un membre, en activité ou honoraire, de la juridiction administrative ; / 2° Un représentant du ministre des affaires étrangères ; / 3° Un représentant du ministre chargé de l'immigration ; / 4° Un représentant du ministre de l'intérieur. / Le président et les membres de la commission sont nommés par décret du Premier ministre pour une durée de trois ans. Pour chacun d'eux, un premier et un second suppléant sont nommés dans les mêmes conditions ". L'article 1er de l'arrêté du 4 décembre 2009 relatif aux modalités de fonctionnement de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France prévoit que cette commission " délibère valablement lorsque le président ou son suppléant et deux de ses membres au moins, ou leurs suppléants respectifs, sont réunis ".

3.Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée a été prise par la commission de recours lors de sa séance du 31 mars 2022, à laquelle étaient présents, outre M. A, second suppléant du président, trois de ses membres régulièrement nommés par décret. Par suite, le moyen tiré de l'absence de réunion de la commission dans une composition régulière doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision attaquée mentionne qu'elle a été prise sur le fondement des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et notamment les articles L. 311-1 et suivants, les articles L. 426-20 et suivants et L. 423-1 et suivants. Elle précise que Mme B n'a pas fourni la preuve qu'elle dispose de ressources suffisantes pour couvrir ses frais de toute nature durant son séjour et que sa fille et ses petits enfants peuvent venir lui rendre visite au Maroc. Ladite décision, qui permet à la requérante de comprendre les motifs pour lesquels sa demande a été rejetée, est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5.En troisième lieu, aux termes de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : 1° Des documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; / 2° () des autres documents prévus par décret en Conseil d'Etat relatifs, d'une part, à l'objet et aux conditions de son séjour et, d'autre part, s'il y a lieu, à ses moyens d'existence, à la prise en charge par un opérateur d'assurance agréé des dépenses médicales et hospitalières, y compris d'aide sociale, résultant de soins qu'il pourrait engager en France, ainsi qu'aux garanties de son rapatriement () ".

6Il résulte des dispositions de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que, lorsqu'elle est saisie d'une demande de visa de long séjour en qualité de visiteur, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France peut légalement fonder sa décision de refus sur la circonstance que le demandeur ne justifie pas de ressources suffisantes pour le financement d'un séjour de longue durée en France.

7.Mme B, qui est retraitée, déclare percevoir 1 750 euros par mois. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la requérante perçoit une pension de vieillesse, une pension de réversion et une pension de retraite dont les montants cumulés équivalent à 392,94 euros mensuels. Par ailleurs, si elle est propriétaire d'un fonds de commerce qu'elle loue, le ministre fait valoir que cette ressource locative, au demeurant très récente à la date de la décision contestée, n'est pas stable dans la mesure où le contrat de gérance libre qui prévoyait initialement, au 2 septembre 2019, une redevance de 22 000 dirhams par mois, soit 2 064 euros, puis, à la suite d'un avenant conclu le 19 mai 2021, une redevance de 16 865 dirhams mensuels, soit 1 527 euros, il appert qu'il n'a été versé à la requérante qu'une somme de 9 000 dirhams, soit environ 814 euros. Elle justifie d'une épargne personnelle sur un compte bancaire d'environ 1 385 euros au 31 août 2021. Toutefois, la somme mentionnée constitue un solde, lequel est par nature provisoire. En outre, si la requérante produit une attestation d'accueil établie par Mme D épouse E, sa fille de nationalité française, pour un séjour de trois mois, celle-ci est insuffisante pour justifier d'un hébergement pour un séjour de longue durée et il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme D épouse E disposerait de ressources suffisantes pour prendre en charge l'ensemble des frais liés à la totalité du séjour de Mme B sur le territoire. Dans ces conditions, la requérante ne justifie pas de ressources suffisantes pour le financement d'un séjour de longue durée en qualité de visiteur, correspondant à sa demande de visa. Par suite, la commission de recours n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant pour ce motif de délivrer le visa sollicité.

8.En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la commission de recours ne se serait pas livrée à un examen particulier des éléments soumis à son appréciation.

9.En cinquième et dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

10.Mme B soutient que le refus de visa litigieux porte une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normale. Cependant, il lui est loisible de demander un nouveau visa de court séjour pour venir en France auprès de sa fille et de ses petits-enfants. Au demeurant, il est constant que la requérante a obtenu en décembre 2019 un visa de court séjour aux mêmes fins. Par ailleurs, les membres de sa famille qui résident en France n'établissent pas être dans l'impossibilité de se rendre au Maroc s'ils le souhaitent. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

11.Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles qui sont présentées au titre des frais liés au litige doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 2 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

M. Rosier, premier conseiller,

Mme Roncière, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 janvier 2023.

Le rapporteur,

P. C

La présidente,

H. DOUET

Le greffier,

A.-L. LEGOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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