vendredi 13 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2206134 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | REGENT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 mai 2022 et le 20 octobre 2022, M. E D et Mme G, agissant en leur nom propre et en qualité de représentants légaux des enfants mineurs C et F D, représentés par Me Régent, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 25 novembre 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours contre la décision du 7 septembre 2021 du consulat de France à Abidjan (Côte d'Ivoire) refusant à la jeune C D un visa de long séjour en qualité de membre de famille de réfugié statutaire ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer le visa de long séjour sollicité dans un délai de dix jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au profit de Me Régent, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision de la commission est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation :
- la décision viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 octobre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. D et Mme B ne sont pas fondés
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 mars 2022.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 décembre 2022 :
- le rapport de M. Rosier, rapporteur,
- et les observations de Me Régent, représentant M. D et Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. De l'union de M. E D, ressortissant ivoirien, né le 18 décembre 1982 à Bonoua (Côte d'Ivoire) et de Mme G, ressortissante ivoirienne, née le 21 février 1984 à Daloa (Côte d'Ivoire), seraient nées la jeune C D le 31 décembre 2011 à Kani (Côte d'Ivoire) et l'enfant Karidiatou D née le 16 septembre 2017 à Paris. Le 30 janvier 2018, les requérants sollicitent pour eux-mêmes et l'enfant Karidiatou D le statut de réfugié auprès de l'Office de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Seule cette dernière obtient, le 14 mai 2018, le statut de réfugiée, ses parents obtiennent des titres de séjour en qualité de parents d'enfant réfugiée statuaire valables du 20 novembre 2019 au 19 novembre 2029. Par l'intermédiaire de ses parents, l'enfant Karidiatou D sollicite la réunification familiale au bénéfice de sa sœur alléguée, C D. Le 17 mars 2021, une demande de visa est déposée auprès des services consulaires d'Abidjan qui est refusée le 7 septembre 2021. Le 5 octobre 2021, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est saisie d'un recours administratif préalable contre le refus opposé à l'intéressée qu'elle rejette par une décision expresse du 25 novembre 2021. Par la présente requête, les requérants demandent au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2.D'une part, aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et suivants du même code : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : / () 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire./ Si le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire est un mineur non marié, il peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint par ses ascendants directs au premier degré, accompagnés le cas échéant par leurs enfants mineurs non mariés dont ils ont la charge effective. / L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil () ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.
4.Il ressort des pièces du dossier que pour rejeter la demande de visa présentée au profit de la jeune C D, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée sur les dispositions précitées et a considéré que le lien familial avec l'enfant bénéficiant de la protection subsidiaire ne correspondait pas à l'un des cas permettant d'obtenir un visa dans le cadre d'une procédure de réunification familiale et que l'acte de naissance n° 850 produit pour justifier du lien familial de la jeune C comporte des anomalies dirimantes.
5. Les requérants versent aux débats un extrait du registre des actes de l'état civil pour l'année 2014, relatif à la jeune C D, et une copie intégrale d'acte de naissance n° 850 dressé le 17 mars 2021 par l'officier d'état civil de la circonscription de Kani dont l'authenticité n'est pas contestée par le ministre de l'intérieur en défense. Il ressort de surcroît des pièces du dossier que M. D a fait état de cet enfant lors du dépôt de sa demande d'asile. La circonstance que les requérants aient déclaré par erreur que leur fille serait née en 2014 lors de leur entretien à l'OFPRA est sans incidence sur l'identité et le lien de filiation de la jeune C D. Dans ces conditions, l'état civil de l'enfant et ses liens familiaux avec les requérants et leurs fille mineure admise au statut de réfugié sont établis.
6.Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les ascendants directs d'un enfant mineur non marié réfugié en France ou bénéficiaire de la protection subsidiaire peuvent demander à le rejoindre au titre de la réunification familiale. Ces mêmes dispositions prévoient que ces derniers peuvent être accompagnés le cas échéant par leurs enfants mineurs non mariés dont ils ont la charge effective. La circonstance que l'un des deux parents réside déjà en France ne fait pas obstacle à la délivrance d'un visa de long séjour au profit de ces enfants s'il sont accompagnés par l'autre parent.
7. Il ressort des pièces du dossier que le visa litigieux a été sollicité au bénéfice de la jeune C D pour rejoindre en France ses parents qui résident sur le territoire, sous couvert de titres de séjour, et sa sœur, bénéficiaire du statut de réfugiée. Dans ces conditions, elle n'entre pas dans le champ de la réunification familiale dès lors que sa demande de visa ne vise pas à accompagner un ascendant direct au premier degré de cette réfugiée mineure qui bénéficierait de son droit à la réunification familiale en application des dispositions du 3 de de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que ce second motif opposé par la commission de recours est entaché d'illégalité.
8.Toutefois, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
9. Il ressort des pièces du dossier que M. D et Mme B, qui résident en France sous couvert de titres de séjour qui leur ont été attribués en raison de la qualité de réfugiée dont bénéficie leur fille mineure, participent à l'entretien et l'éducation de la jeune C D, avec qui ils ont conservé des liens affectifs. Il ressort également des pièces du dossier qu'en l'absence de tout élément de nature à démontrer qu'elle aurait en Côte d'Ivoire des intérêts personnels et familiaux, celle-ci, seulement âgée de onze ans à la date de la décision attaquée, s'y retrouvera isolée. En refusant de lui délivrer le visa sollicité, la commission de recours a méconnu, dans les circonstances particulières de l'espèce, les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.
10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que les requérants sont fondés à demander l'annulation de la décision expresse du 25 novembre 2021 de la commission de recours.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
11. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit procédé à la délivrance du visa sollicité dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu de prononcer une astreinte.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
12.Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Régent renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 25 novembre 2021 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de délivrer à la jeune C D un visa de long séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Régent une somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, à Mme G et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 2 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
M. Rosier, premier conseiller,
Mme Roncière, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 janvier 2023.
Le rapporteur,
P. ROSIER
La présidente,
H. DOUET
Le greffier,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026