vendredi 13 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2206138 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | REGENT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 mai 2022, Mme E H, agissant en qualité de représentante légale de ses enfants mineurs A, D et I G B, et M. F G B et Mme C G B, représentés par Me Régent, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision de rejet implicite puis expresse en date du 5 novembre 2021 de la commission des recours contre les décisions de refus de visas d'entrée en France confirmant la décision des services consulaires français à Nairobi (Kénya) en date du 30 juillet 2021 refusant aux jeunes A, D et I G B, et à M. F G B et à Mme C G B des visas de long séjour pour réunification familiale ;
2°) à titre principal, d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer les visas sollicités dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer les demandes de visas dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au profit de Me Régent, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision de la commission est insuffisamment motivée ;
- la décision de la commission méconnaît l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision de la commission a violé l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Mme H a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 mars 2022.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 décembre 2022 :
- le rapport de M. Rosier, rapporteur,
- et les observations de Me Régent, représentant les requérants.
Considérant ce qui suit :
1.Mme H, de nationalité somalienne, née le 1er octobre 1966 à Bardheere (Somalie), entrée en France de manière irrégulière le 5 juin 2016, dépose une demande d'asile le 22 juin 2016. Elle est admise au bénéfice de la protection subsidiaire par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) en date du 18 décembre 2017. Le 6 avril 2021, ses cinq enfants allégués, F, C, A, D et I G B, de nationalité somalienne, nés à Bardheere respectivement le 3 janvier 2004, le 5 janvier 2005, le 20 juin 2006 et le 18 mai 2008, ont sollicité la délivrance d'un visa de long séjour au titre de la réunification familiale auprès des autorités consulaires françaises à Nairobi qui leur a opposé un refus le 30 juillet 2021. Le 30 août 2021, la commission de recours contre les refus de visas d'entrée en France enregistre un recours formé contre cette décision et rejette ledit recours par une décision implicite puis, après demande de communication des motifs, explicite du 5 novembre 2021. Par la présente requête, Mme H, agissant en qualité de représentante légale de ses enfants mineurs allégués, M. F G B et Mme C G B demandent au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 5 novembre 2021 de la commission de recours contre les refus de visas d'entrée en France :
2.En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire. ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
3. La décision du 5 novembre 2021 mentionne les articles L. 311-1, L. 561-2 à L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les motifs de fait sur lesquels elle se fonde, à savoir que l'identité et le lien de filiation des demandeurs avec la réunifiante ne sont pas établis dès lors que les certificats de naissance des demandeurs de visa ne présentent ni les conditions de forme ni les conditions de fond permettant de les considérer comme des actes d'état civil et s'apparentent davantage à des attestations sans valeur authentique ni caractère probant, qu'il existe des contradictions entre les informations contenues dans ces certificats et les déclarations de Mme H devant l'OFPRA, que la production de ces certificats révèle une intention frauduleuse, et que le lien familial ne peut être établi en l'absence d'éléments de possession d'état. Elle comporte ainsi l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, la commission de recours contre les refus de visa a suffisamment motivé la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté comme manquant en fait.
4.Aux termes, d'une part, de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale :/ () 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. / () / L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite. ().". Aux termes des dispositions de l'article L. 561-5 de ce code : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. / En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. () ".
5.D'autre part, l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la vérification des actes d'état civil étrangers doit être effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. Cet article, dans sa rédaction applicable au litige, dispose quant à lui que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française. ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.
6.Pour justifier de l'identité et du lien de filiation des demandeurs de visas avec Mme H, les requérants versent aux débats des certificats de naissance délivrés par le maire de la commune de Mogadiscio le 3 septembre 2018 pour M. F G B qui mentionne qu'il est né 3 janvier 2004 à Bardheere, le 17 août 2020 pour Mme C G B qui mentionne qu'elle est née le 3 janvier 2004 à Bardere, et le 3 septembre 2018 pour les jeunes A, D et I G B qui font état de leur naissances respectives les 5 janvier 2005, 20 janvier 2006 et 18 mai 2008 à Bardheere. Les passeports des intéressés sont également produits.
7.Si les informations sur le nom et le lieu de naissance des intéressés sont concordantes, il ressort des pièces du dossier que Mme H a indiqué lors de sa demande d'asile que les enfants F et C étaient nés le 1er janvier 2002, l'enfant A le 1er février 2003, D le 9 avril 2005 et Khadra le 11 mars 2006. En se bornant à soutenir que ces divergences de dates de naissance, qui concernent des écarts d'un à deux ans pour l'ensemble des enfants, seraient dues à une traduction approximative faite par un compatriote lors de la demande d'asile de Mme H, les requérants n'apporte pas d'éléments suffisants de nature à justifier des divergences constatées. Enfin, quelques justificatifs d'envois d'argent adressés à un tiers, les photographies et les traces de communications téléphoniques ne permettent pas d'établir les données d'état civil des demandeurs de visa. Par suite, en estimant que l'identité des cinq enfants et leur lien de filiation avec Mme H n'étaient pas établis, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France n'a pas commis d'erreur d'appréciation.
8.En dernier lieu, le lien familial unissant la réunifiante et les demandeurs de visa n'étant pas établi, les moyens tirés de ce que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ne peuvent qu'être écartés.
9.Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 5 novembre 2021. Les conclusions de la requête à fin d'annulation doivent donc être rejetées, de même, par voie de conséquence, que les conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles tenant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme H est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E H, à M. F G B, à Mme C G B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 2 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
M. Rosier, premier conseiller,
Mme Roncière, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 janvier 2023.
Le rapporteur,
P. ROSIER
La présidente,
H. DOUET
Le greffier,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026