lundi 30 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2206193 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 10ème chambre |
| Avocat requérant | REGENT |
Vu la procédure suivante :
A une requête et un mémoire, enregistrés les 12 mai et 29 novembre 2022, M. I C, agissant en qualité de représentant légal des enfants D, B et J F E, représenté A Me Régent, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 9 décembre 2021 A laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision de l'ambassade de France au Kenya du 3 août 2021 refusant de délivrer aux enfants D, B et J F E des visas de long séjour au titre de la réunification familiale ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal, de faire délivrer les visas sollicités dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros A jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen des demandes de visa, dans la même condition de délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen, notamment des éléments de possession d'état ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 561-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation des documents produits pour établir l'identité et la filiation des demandeurs de visa ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
A un mémoire en défense, enregistré le 21 novembre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés A les requérants ne sont pas fondés.
M. E C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale A une décision du 15 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. G,
- et les observations de Me Sachot, substituant Me Régent, représentant M. E C.
Considérant ce qui suit :
1. M. E C, ressortissant somalien né le 18 février 1988, a été admis au bénéfice de la protection subsidiaire A une décision du directeur général de l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 26 décembre 2017. Des demandes de visa de long séjour au titre de la réunification familiale ont été déposées pour ses trois enfants allégués, D, B et J F E, respectivement nés les 18 août 2005, 10 août 2007 et 10 septembre 2008. Ces demandes ont été rejetées A une décision de l'ambassade de France au Kenya du 3 août 2021. Le recours formé contre cette décision de refus devant la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a été rejeté A une décision du 9 décembre 2021, dont le requérant demande au tribunal l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes des dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : / () 3° A les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. / () ". Aux termes des dispositions du premier alinéa de l'article L. 561-4 de ce code : " Les articles L. 434-1, L. 434-3 à L. 434-5 et le premier alinéa de l'article L. 434-9 sont applicables ". Aux termes des dispositions de l'article L. 561-5 de ce code : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. / En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés A l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis A l'office font foi jusqu'à inscription de faux ".
3. Il résulte de ces dispositions que lorsque la venue d'une personne en France a été sollicitée au titre de la réunification des membres de la famille d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire, l'autorité diplomatique ou consulaire n'est en droit de rejeter la demande de visa dont elle est saisie à cette fin que pour un motif d'ordre public. Figure au nombre de ces motifs l'absence de caractère probant des documents produits pour justifier de l'identité et, le cas échéant, du lien familial de l'intéressé avec la personne protégée.
4. La décision attaquée est fondée sur les motifs tirés de l'absence de caractère authentique et probant des certificats de naissance produits pour les demandeurs de visa, qui ne présentent ni les conditions de forme ni les conditions de fond permettant de les considérer comme des actes d'état civil, de l'existence de contradictions entre les informations contenues dans le formulaire du bureau des familles de réfugiés et les déclarations de M. E C à l'OFPRA et du défaut de production d'un acte de décès de la mère présumée des demandeurs de visa.
5. Pour établir l'identité et la filiation des demandeurs de visa, M. E C produit, pour chacun d'eux, un certificat de naissance établi A les services de la municipalité de Mogadiscio, ainsi qu'un certificat de confirmation d'identité. Ces documents, établis le 10 octobre 2018, et légalisés A le ministère des affaires étrangères somaliens, mentionnent la date et le lieu de naissance des intéressés, ainsi que leur lien de filiation avec Mme H et, s'agissant des certificats de naissance, avec M. F E. Le requérant produit également la page principale du passeport des intéressés, qui contient des informations identiques.
6. Si la commission a considéré que ces certificats ne présentent ni les conditions de forme ni les conditions de fond permettant de les considérer comme des actes d'état civil, elle ne précise pas les règles régissant l'état civil en Somalie qui auraient été méconnues, la délivrance de tels certificats de naissance A les autorités somaliennes à Mogadiscio visant à pallier la destruction de registres d'état civil et l'impossibilité de s'adresser aux autorités locales en raison de la situation de conflit armé dans laquelle se trouve une partie du territoire somalien depuis plusieurs années. A ailleurs, la circonstance qu'il existerait un contexte de fraude endémique en Somalie et que la délivrance des actes civils somaliens échapperait à toute norme juridique clairement établie ne permet pas de conclure au caractère frauduleux des documents produits dans le cadre de la présente instance, lesquels, s'ils ne peuvent être assimilés à des actes d'état civil, n'en demeurent pas moins des documents utiles à l'établissement de l'identité et de la filiation des demandeurs de visa. Si le ministre de l'intérieur et des outre-mer fait état de ce que l'en-tête de ces documents porte la mention " municipality of Mogadishu ", il ne ressort pas des pièces du dossier que cette mention ne serait pas d'usage. La circonstance que les certificats de naissance présentent un caractère plurilingue en somali et en anglais, qui n'est pas une langue officielle de Somalie, ne suffit pas davantage à en établir le caractère apocryphe. Il en va de même des arguments relatifs à la présentation et la mise en page de ces documents, le ministre indiquant lui-même qu'il existe une grande variété formelle de documents produits A les ressortissants somaliens. Ces documents ont d'ailleurs, ainsi qu'il a été dit au point 5, été légalisés A le ministère des affaires étrangères somaliens.
7. A ailleurs, si le ministre fait valoir que les passeports produits ne correspondraient pas au modèle reconnu A le conseil européen et délivré pour la première fois le 1er janvier 2016, cette circonstance ne suffit pas à établir leur caractère frauduleux, dès lors qu'il n'est pas établi que les précédents modèles de passeports ne seraient nécessairement plus usités depuis cette date. En outre, M. E C a déclaré l'existence des enfants dans le cadre de sa demande d'asile présentée en 2017, et démontre leur adresser de l'argent depuis 2019 A l'entremise d'un tiers désigné comme représentant de sa famille à l'étranger dans la fiche familiale de référence. Enfin, si la commission a relevé l'existence de contradictions entre les indications figurant dans le formulaire du bureau des familles de réfugiés et les déclarations de M. E C à l'OFPRA, de telles contradictions, dont la teneur n'est pas précisée, ne ressortent pas des pièces du dossier.
8. Compte-tenu de ce qui précède, l'identité des demandeurs de visa et leur lien de filiation avec le réunifiant doivent être tenus pour établis A les pièces produites au dossier. A suite, M. E C est fondé à soutenir que le premier motif de la décision attaquée est entaché d'une erreur d'appréciation.
9. A ailleurs, aux termes des dispositions de l'article L. 434-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le regroupement familial peut également être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et pour ceux de son conjoint si, au jour de la demande : 1° La filiation n'est établie qu'à l'égard du demandeur ou de son conjoint ; 2° Ou lorsque l'autre parent est décédé ou déchu de ses droits parentaux ".
10. Le requérant soutient que la mère des demandeurs de visa est décédée le 2 décembre 2009. A l'appui de ses déclarations, il produit notamment un document intitulé " déclaration de décès " établi A le président du tribunal judiciaire régional de Qoryoley, et légalisé A le ministère des affaires étrangères somalien, daté du 12 décembre 2018. La circonstance que ce document ait été rédigé dans un anglais approximatif ou qu'il porte en en-tête la mention " Somali Federal Republic " au lieu de " Federal Republic of Somalia ", et les doutes de l'administration sur la numérotation de cet acte, dont la méthodologie n'est pas précisée, ne suffisent pas à remettre en cause la véracité des informations y figurant, M. E C ayant fait état du décès de la mère des demandeurs dans le cadre de sa demande d'asile. Dans ces conditions, le décès de l'autre parent des demandeurs de visa devant être tenu pour établi, le requérant est fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation à ce titre.
11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. E C est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
12. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à D, B et Anas I les visas de long séjour sollicités, dans un délai de deux mois à compter de sa notification. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
13. M. E C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. A suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Régent d'une somme de 1 200 euros, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 9 décembre 2021 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à D I, B I et Anas I les visas de long séjour sollicités, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Régent une somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. F E C, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Régent.
Délibéré après l'audience du 9 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Rimeu, présidente,
M. Guilloteau, conseiller,
Mme Louazel, conseillère.
Rendu public A mise à disposition au greffe le 30 janvier 2023.
Le rapporteur,
T. G
La présidente,
S. RIMEU
La greffière,
S. LE DUFF
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026