lundi 30 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2206199 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 10ème chambre |
| Avocat requérant | TAFOREL |
Vu les procédures suivantes :
I- Par une requête enregistrée le 12 mai 2022 sous le n°2206199, Mme A C, représentée par Me Taforel, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 11 août 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision de l'autorité consulaire française à Tunis (Tunisie) du 14 juin 2021 refusant de délivrer à M. C un visa de long séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de faire délivrer le visa sollicité dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, ou, à défaut, de procéder au réexamen de la demande de visa, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors que les intéressés n'ont pas été mis en mesure de faire valoir leurs observations préalablement à son édiction ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 novembre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Un mémoire produit par Mme C a été enregistré le 5 janvier 2023 et n'a pas été communiqué.
II- Par une requête enregistrée le 12 mai 2022 sous le n°2206267, Mme A C, représentée par Me Taforel, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France aurait rejeté le recours dirigé contre la décision de l'autorité consulaire française à Tunis (Tunisie) du 6 janvier 2022 refusant de délivrer à M. C un visa de long séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de faire délivrer le visa sollicité, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, ou, à défaut, de procéder au réexamen de la demande de visa, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors que les intéressés n'ont pas été mis en mesure de faire valoir leurs observations préalablement à son édiction ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 novembre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable, en l'absence de décision prise par la commission, le courrier lui ayant été adressé le 14 janvier 2022 ne pouvant être assimilé à un recours administratif ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Un mémoire produit par Mme C a été enregistré le 5 janvier 2023 et n'a pas été communiqué.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 avril 2022.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D,
- et les conclusions de M. Barès, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes n° 2206199 et n° 2206267 présentées par Mme C sont relatives à un même demandeur de visa et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par une seule décision.
2. M. C, ressortissant tunisien, s'est marié le 18 juillet 2020 à Lisieux (Calvados) avec Mme A B, ressortissante française. Il a sollicité à deux reprises la délivrance d'un visa de long séjour en qualité de conjoint de ressortissante française auprès de l'autorité consulaire française à Tunis, laquelle a rejeté ces demandes par deux décisions des 14 juin 2021 et 6 janvier 2022. Le recours formé contre la première décision de refus devant la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a été rejeté par une décision du 11 août 2021. Un courrier a ensuite été adressé à la commission le 14 janvier 2022, à laquelle celle-ci n'a pas donné suite. La requérante demande au tribunal, dans la requête n° 2206199, d'annuler la décision du 11 août 2021, et dans la requête n° 2206267 d'annuler ce qu'elle considère comme une décision implicite de rejet née au terme d'un délai de deux mois à compter de la réception par la commission de ce courrier du 14 janvier 2022.
Sur la requête n° 2206267 :
3. Il ressort des indications figurant dans le courrier adressé à la commission de recours le 14 janvier 2022 que celui-ci comporte seulement en en-tête le numéro de référence de la décision de la commission du 11 août 2021, ainsi que le numéro de la demande de visa déposée en 2021. Ce courrier, qui conclut à une demande de réexamen du dossier, ne contient ainsi, y compris dans son contenu, aucune référence explicite à la nouvelle décision de l'autorité consulaire du 6 janvier 2022, le ministre faisant par ailleurs valoir sans être contredit sur ce point que ledit courrier n'était accompagné que d'une traduction d'une fiche de mouvement sur les frontières. Dans ces conditions, ce courrier ne peut être considéré comme un recours administratif dirigé contre la décision consulaire du 6 janvier 2022, de sorte qu'aucune décision implicite de rejet n'a pu naître du silence gardé par la commission de recours au terme d'un délai de deux mois à compter de sa réception. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de la requête n°2206267 doivent être rejetées comme étant irrecevables.
4. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées les conclusions de cette même requête à fin d'injonction et celles tendant à l'application combinée des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Sur la requête n° 2206199 :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure préalable ".
6. La décision attaquée refusant un visa de long séjour à M. C a été rendue sur demande de l'intéressé. Dès lors, l'administration n'était pas tenue par les dispositions précitées de mettre le demandeur à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, des observations orales. Dans ces conditions, la requérante ne peut utilement soutenir que la décision attaquée a méconnu le principe du contradictoire. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit donc être écarté comme inopérant.
7. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le visa de long séjour est délivré de plein droit au conjoint de ressortissant français. Il ne peut être refusé qu'en cas de fraude, d'annulation du mariage ou de menace à l'ordre public ". Il appartient en principe aux autorités consulaires de délivrer au conjoint étranger d'une ressortissante française dont le mariage n'a pas été contesté par l'autorité judiciaire le visa nécessaire pour que les époux puissent mener une vie familiale normale. Pour y faire obstacle, il appartient à l'administration, si elle allègue une fraude, d'établir, sur la base d'éléments précis et concordants, que le mariage a été entaché d'une telle fraude, de nature à justifier légalement le refus de visa. La circonstance que l'intention matrimoniale d'un des deux époux ne soit pas contestée ne fait pas obstacle à ce qu'une telle fraude soit établie.
8. La décision attaquée est fondée sur l'absence de preuves du maintien d'échanges réguliers et constants de quelque nature que ce soit entre les époux depuis le mariage, l'absence de projet concret de vie commune et de participation de M. C, entré irrégulièrement en France, aux charges du mariage, ces éléments constituant un faisceau d'indices suffisamment précis et concordants attestant du caractère complaisant du mariage, contracté à des fins étrangères à l'institution matrimoniale. Ce motif est repris et développé par le ministre de l'intérieur et des outre-mer dans son mémoire en défense.
9. Le ministre fait valoir que M. C a fait l'objet de deux obligations de quitter le territoire français, prises par le préfet de la Seine-Saint-Denis le 22 juillet 2016 et par le préfet du Val-de-Marne le 14 mars 2018, cette dernière étant concomitante à la date alléguée de sa rencontre
avec Mme B, consécutives à des refus de titre de séjour respectivement sollicités en qualité d'étranger malade puis au titre de l'admission exceptionnelle au séjour. Le ministre se prévaut également d'un courriel envoyé aux autorités consulaires par Mme C au mois de février 2021, dans lequel celle-ci a indiqué être bloquée en Tunisie et souhaiter repartir, que M. C lui avait pris ses papiers et se montrait violent avec elle, l'intéressé souhaitant obtenir des " papiers français ". Le ministre produit enfin une main courante déposée par Mme C le 3 décembre 2020, selon laquelle M. C a quitté le domicile conjugal le mois précédent après l'avoir insultée et en emportant différents documents, notamment administratifs, ainsi qu'un certificat médical de constatation de coups et blessures sur Mme C daté du 22 janvier 2021. Dans ces conditions, et quand bien même la requérante produit à l'appui de sa requête des captures d'écran et des copies d'échanges par messagerie instantanée attestant du maintien de liens avec son époux, l'administration doit être regardée comme rapportant la preuve du caractère frauduleux du mariage, compte-tenu de l'absence avérée d'intention matrimoniale de M. C. Le moyen tiré de l'erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.
10. En dernier lieu, compte-tenu de ce qui a été dit au point précédent, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.
11. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée. Les conclusions à fin d'annulation de la requête n°2206199 doivent donc être rejetées, de même que les conclusions de cette requête à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n°2206199 et 2206267 de Mme C sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Taforel.
Délibéré après l'audience du 9 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Rimeu, présidente,
M. Guilloteau, conseiller,
Mme Louazel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2023.
Le rapporteur,
T. D
La présidente,
S. RIMEU
La greffière,
S. LE DUFF
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
2,2206267
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026