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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2206233

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2206233

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2206233
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantMESCHIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 mai 2022, M. A C, représenté par Me Meschin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 novembre 2021 par lequel le maire de la commune d'Ombrée d'Anjou a restreint l'usage de l'eau du puits sis 10, Rue Maréchal Foch, ainsi que la décision implicite par laquelle le maire a rejeté le recours gracieux formé contre cet arrêté ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Ombrée d'Anjou une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le maire n'avait pas compétence pour prendre l'arrêté attaqué dès lors que la police spéciale de l'eau a été attribuée au préfet ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les dispositions de l'article R. 1321-2 du code de la santé publique.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mai 2023, la commune d'Ombrée d'Anjou, représentée par Me Boucher, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la santé publique ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme El Mouats-Saint-Dizier,

- les conclusions de M. Simon, rapporteur public,

- et les observations de Me Bezy, représentant M. C, présent, et de Me Rouillé, substituant Me Boucher, représentant la commune d'Ombrée d'Anjou.

Considérant ce qui suit :

1. M. C dispose d'un droit au puits sur une parcelle voisine appartenant à M. B. Le 23 novembre 2018, le laboratoire Inovalys Angers a informé le requérant d'une pollution bactériologique de l'eau contenue dans le puits. Par des arrêtés du 28 mai 2019 et du

23 mars 2020, le maire de la commune d'Ombrée d'Anjou a interdit l'usage domestique de cette eau. M. B a fait réaliser des travaux de dépollution et une nouvelle analyse de l'eau a été effectuée le 19 mai 2021. Par un arrêté du 15 novembre 2021, le maire de la commune d'Ombrée d'Anjou a réitéré la restriction d'usage des eaux du puits. M. C a formé un recours gracieux contre cet arrêté le 14 janvier 2022, lequel a été implicitement rejeté. Par sa requête, M. C demande l'annulation de ces deux dernières décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. () ". Aux termes de l'article L. 2224-9 de ce code : " Tout prélèvement, puits ou forage réalisé à des fins d'usage domestique de l'eau fait l'objet d'une déclaration auprès du maire de la commune concernée. Les informations relatives à cette déclaration sont tenues à disposition du représentant de l'Etat dans le département, du directeur général de l'agence régionale de santé et des agents des services publics d'eau potable et d'assainissement. () ". Enfin, aux termes de l'article L. 211-5 du code de l'environnement : " Le préfet et le maire intéressés doivent être informés, dans les meilleurs délais par toute personne qui en a connaissance, de tout incident ou accident présentant un danger pour la sécurité civile, la qualité, la circulation ou la conservation des eaux. / () / Le préfet peut prescrire aux personnes mentionnées ci-dessus les mesures à prendre pour mettre fin au dommage constaté ou en circonscrire la gravité et, notamment, les analyses à effectuer. () ". Aux termes de l'article L. 214-1 de ce code : " Sont soumis aux dispositions des articles L. 214-2 à L. 214-6 les installations, les ouvrages, travaux et activités réalisés à des fins non domestiques par toute personne physique ou morale, publique ou privée, et entraînant des prélèvements sur les eaux superficielles ou souterraines, restitués ou non, une modification du niveau ou du mode d'écoulement des eaux, la destruction de frayères, de zones de croissance ou d'alimentation de la faune piscicole ou des déversements, écoulements, rejets ou dépôts directs ou indirects, chroniques ou épisodiques, même non polluants. ".

3. D'une part, eu égard à l'objet de l'arrêté attaqué, lequel n'a pas trait à la protection de la ressource en eau et du milieu aquatique mais à la préservation de la salubrité publique et n'entre ainsi pas dans le champ de la police de l'eau tel qu'il est énoncé à l'article L. 211-5 du code de l'environnement, et dès lors que l'utilisation de l'eau d'un puits à des fins domestiques ne relève pas du régime de police de l'eau prévu aux articles L. 214-1 et suivants du code de l'environnement, M. C n'est pas fondé à soutenir que la mesure litigieuse relevait de la compétence du préfet au titre de la police de l'eau.

4. D'autre part, dès lors qu'aucun texte ne prévoit expressément de police spéciale du maire pour sanctionner le non-respect de la déclaration prévue à l'article L. 2224-9 du code général des collectivités territoriales, le maire de la commune d'Ombrée d'Anjou était compétent, au titre de son pouvoir de police générale, pour édicter une mesure tendant à la préservation de la salubrité publique. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales, l'article L. 214-1 du code de l'environnement et l'article L. 1321-1 du code de la santé publique et mentionne qu'il ressort du rapport du laboratoire Inovalys Angers du 19 mai 2021 qu'il ne peut être fait un usage domestique de l'eau. L'arrêté comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquels il se fonde et est, par suite, suffisamment motivé.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 1321-2 du code de la santé publique, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " Les eaux destinées à la consommation humaine doivent, dans les conditions prévues à la présente section : / - ne pas contenir un nombre ou une concentration de micro-organismes, de parasites ou de toutes autres substances constituant un danger potentiel pour la santé des personnes ; / - être conformes aux limites de qualité, portant sur des paramètres microbiologiques et chimiques, définies par arrêté du ministre chargé de la santé. ". L'annexe I à l'arrêté du 11 janvier 2007 relatif au limites et références de qualité des eaux brutes et des eaux destinées à la consommation humaine mentionnées aux articles R. 1321-2, R. 1321-3, R. 1321-7 et R. 1321-38 du code de la santé publique fixe à 0 UFC/mL le seuil d'escherichia coli (E. coli) et d'entérocoques intestinaux.

7. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport d'analyse du laboratoire Inovalys Angers du 21 mai 2021, confirmé par un courriel du 19 octobre 2021, que l'eau du puits de M. C contient certes moins de 15UFC/mL d'E. coli et d'entérocoques, mais que le laboratoire n'a pu conclure à une présence de ces bactéries inférieures à 1 UFC/mL. Dès lors, la présence de bactéries demeure supérieure au seuil de potabilité fixé par l'arrêté précité du

11 janvier 2007 et fait obstacle à la consommation humaine de l'eau, quand bien même la présence de bactéries a diminué à la suite de travaux de dépollution. Par suite, le maire de la commune d'Ombrée d'Anjou n'a pas méconnu les dispositions de l'article R. 1321-2 du code de la santé publique et la mesure de restriction n'est pas disproportionnée.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 15 novembre 2021 et de la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la commune d'Ombrée d'Anjou qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre une somme à la charge de M. C au titre de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présent par la commune d'Ombrée d'Anjou au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la commune d'Ombrée d'Anjou.

Délibéré après l'audience du 18 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Jégard, premier conseiller,

Mme El Mouats Saint-Dizier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.

La rapporteure,

M. EL MOUATS-SAINT-DIZIER

La présidente,

S. RIMEU

La greffière,

A. GOUDOU

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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