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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2206236

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2206236

jeudi 27 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2206236
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantGUETTA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 mai 2022, M. B A, représenté par Me Guetta, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du ministre de l'intérieur du 28 avril 2022 rejetant son recours contre la décision du 3 novembre 2021 par laquelle le préfet de police de Paris a rejeté sa demande de naturalisation, ainsi que cette décision ;

2°) d'enjoindre à l'administration de procéder au réexamen de sa demande.

Il soutient que le refus de naturalisation qui lui a été opposé est entaché d'erreur manifeste d'appréciation, eu égard à son intégration en France, à son engagement professionnel pendant la crise sanitaire et au fait qu'il a formé une demande de regroupement familial.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 décembre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Frelaut a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant tunisien né le 7 juillet 1980, a déposé une demande de naturalisation auprès du préfet de police de Paris qui a rejeté sa demande par une décision du 3 novembre 2021. Il a formé un recours contre cette décision auprès du ministre de l'intérieur, qui a rejeté sa demande par une décision du 28 avril 2022. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler ces deux décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du préfet de police de Paris :

2. Aux termes de l'article 45 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " Dans les deux mois suivant leur notification, les décisions prises en application des articles 43 et 44 peuvent faire l'objet d'un recours auprès du ministre chargé des naturalisations, à l'exclusion de tout autre recours administratif. Ce recours, pour lequel le demandeur peut se faire assister ou être représenté par toute personne de son choix, doit exposer les raisons pour lesquelles le réexamen de la demande est sollicité. Il constitue un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier. () ". Il résulte de ces dispositions que les décisions par lesquelles le ministre en charge des naturalisations statue sur les recours préalables obligatoires se substituent à celles des autorités préfectorales qui lui sont soumises. Par suite, la décision du 28 avril 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté le recours de M. A s'est substituée à la décision préfectorale du 3 novembre 2021. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation de la décision préfectorale sont irrecevables, et la requête de M. A doit être regardée comme tendant exclusivement à l'annulation de la décision du ministre de l'intérieur du 28 avril 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du ministre de l'intérieur :

3. Aux termes de l'article 21-15 du code civil : " Hors le cas prévu à l'article 21-14-1, l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 : " () / Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation () sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, l'intensité des attaches en France du postulant et notamment se fonder sur la situation familiale et sur le lieu où vivent ses enfants mineurs et sa conjointe.

4. Il ressort des termes de la décision attaquée que, pour rejeter la demande de naturalisation présentée par M. A, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'intéressé ne pouvait être regardé comme ayant durablement fixé en France le centre de ses intérêts familiaux, dès lors que son épouse et leurs deux enfants mineurs résidaient à l'étranger.

5. M. A ne conteste pas que son épouse et ses deux enfants mineurs résident en Tunisie. S'il soutient avoir effectué à leur profit une demande de regroupement familial qui a été ajournée en raison de ses conditions de logement, la seule production d'une attestation de demande de logement social en Ile-de-France ne peut suffire à l'établir. Dans ces conditions, quand bien même le requérant serait bien intégré en France et serait intervenu pendant la crise sanitaire, le ministre n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en rejetant la demande de M. A pour le motif cité au point 4.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 6 février 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Benoist, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2025.

La rapporteure,

L. FRELAUT

La présidente,

M.-P. ALLIO-ROUSSEAU

La greffière,

C. MICHAULT

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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