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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2206248

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2206248

vendredi 27 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2206248
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantRODRIGUES DEVESAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 mai 2022, M. C B et Mme A D épouse B, représentés par Me Rodrigues Devesas, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours formé contre la décision de l'autorité diplomatique française à Ankara du 19 janvier 2022 refusant de délivrer un visa de long séjour à M. B en qualité de conjoint étranger d'une ressortissante française ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer le visa sollicité ou, à défaut, de réexaminer la demande de visa, dans un délai de quinze jours à compter de la décision juridictionnelle à venir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision est entachée d'erreur d'appréciation ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Chatal, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant turc né en 1993, et Mme D, ressortissante française née en 1994, demandent au tribunal d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours formé contre la décision de l'autorité diplomatique française à Ankara du 19 janvier 2022 refusant de délivrer à M. B un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité de conjoint étranger d'une ressortissante française.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'article L. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " Le visa de long séjour est délivré de plein droit au conjoint de ressortissant français. Il ne peut être refusé qu'en cas de fraude, d'annulation du mariage ou de menace à l'ordre public. ". En application de ces dispositions, il appartient en principe aux autorités consulaires ou diplomatiques de délivrer au conjoint étranger d'un ressortissant français dont le mariage n'a pas été contesté par l'autorité judiciaire le visa nécessaire pour que les époux puissent mener une vie familiale normale. Pour y faire obstacle, il appartient à l'administration, si elle allègue une fraude, d'établir, sur la base d'éléments précis et concordants, que le mariage a été entaché d'une telle fraude, de nature à justifier légalement le refus de visa. La seule circonstance que l'intention matrimoniale d'un seul des deux époux ne soit pas contestée ne fait pas obstacle à ce qu'une telle fraude soit établie.

3. Il ressort des écritures en défense du ministre de l'intérieur que la commission est réputée avoir rejeté le recours contre la décision refusant à M. B la délivrance d'un visa de long séjour en qualité de conjoint étranger d'une ressortissante française aux motifs que le mariage présenterait un caractère complaisant et que la présence en France de M. B créerait un risque de trouble à l'ordre public.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B et Mme D se sont mariés le 17 septembre 2021 à Istanbul en Turquie et que leur union a été transcrite dans les registres de l'état civil français le 13 octobre 2021. Il ressort de ces mêmes pièces que Mme D s'est rendue en Turquie en 2020, 2021 et 2022. La sincérité de l'union matrimoniale est par ailleurs corroborée par de nombreuses photographies sur lesquelles apparaissent M. B et Mme D de façon reconnaissable et dans différents contextes. La commission ne produisant pas d'éléments précis et concordants de nature à établir le caractère complaisant de l'union matrimoniale, les requérants sont bien fondés à soutenir qu'en rejetant le recours sur ce motif, la commission a commis une erreur d'appréciation.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

6. D'après la traduction d'une décision du 2e tribunal correctionnel d'Elbistan du 2 novembre 2020, M. B a été reconnu coupable des faits de conduite d'un véhicule en état d'ébriété commis au mois de septembre 2020, et condamné à une peine de neuf mois d'emprisonnement avec sursis. Il ressort d'un jugement du 13 avril 2021 du troisième tribunal correctionnel d'Elbistan que M. B avait déjà été condamné à une peine d'emprisonnement avec sursis pour des faits de conduite d'un véhicule sous l'emprise d'un état alcoolique commis en 2014 et que, les faits commis en 2020 ayant eu pour effet de révoquer le sursis, M. B a finalement été condamné à exécuter deux mois et demi d'emprisonnement ferme. Compte tenu de ces condamnations répétées pour des faits caractérisant une menace à l'ordre public, et eu égard tant au caractère récent du mariage entre les deux époux qu'à l'absence de preuve d'un empêchement de la part de Mme D de se rendre en Turquie pour y retrouver son époux, la décision de la commission ne peut être regardée comme ayant porté une atteinte disproportionnée au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Il résulte de l'instruction que la commission aurait pris la même décision en se fondant sur le seul motif tiré de l'existence d'une menace à l'ordre public. Les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision par laquelle la commission a implicitement rejeté le recours contre la décision refusant à M. B la délivrance d'un visa de long séjour doivent donc être rejetées.

Sur les conclusions accessoires :

8. Le présent jugement rejetant les conclusions principales de la requête, il y a lieu de rejeter par voie de conséquence les conclusions tendant au prononcé d'une mesure d'injonction ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B et de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Serdar B, à Mme A D épouse B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 16 décembre 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

M. Rosier, premier conseiller,

Mme Chatal, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2023.

La rapporteure,

A. CHATALLa présidente,

H. DOUETLa greffière,

A.-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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