vendredi 27 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2206249 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | L'ILL LEGAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 13 mai 2022 et le 28 octobre 2022, M. F B, M. H B et M. D B, représentés par Me Hentz, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France confirmée par la décision explicite du 19 janvier 2022 rejetant le recours contre les trois décisions de l'autorité diplomatique française à Conakry en Guinée refusant de leur délivrer des visas d'entrée et de long séjour en France en qualité d'enfants étrangers d'un ressortissant français ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de leur délivrer les visas de long séjour sollicités dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 155 euros par jour de retard, ou à défaut de réexaminer leur demande ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme globale de 4 500 euros à verser à leur conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent que :
- la décision est entachée d'un vice d'incompétence ;
- il n'est pas établi que la commission s'est réunie de façon régulière ;
- la décision est entachée d'un défaut d'examen particulier des demandes de visa ;
- la décision est entachée d'erreur d'appréciation dès lors que leur identité et leur lien de famille avec M. I B sont bien établis ;
- la décision est entachée d'erreur de droit dès lors qu'aucun texte n'exige de justifier d'être à la charge de son parent français depuis l'âge de 21 ans ;
- en tout état de cause, la décision est entachée d'erreur d'appréciation sur ce point car ils justifient être à la charge de leur père ;
- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 novembre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par une décision du 14 mars 2022 le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Strasbourg a admis M. F B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, et son décret d'application ;
- le décret du 29 mai 2019 portant nomination à la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France ;
- l'arrêté du 4 décembre 2009 relatif aux modalités de fonctionnement de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Chatal, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. MM. Mohamed B, Ibrahima B et Cheick B, ressortissants guinéens nés en 1992 pour les deux aînés et en 1994 pour le cadet, soutiennent être les fils de M. I B, ressortissant français d'origine guinéenne né en 1972. MM. B demandent au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre les trois décisions de l'autorité diplomatique française à Conakry en Guinée refusant de leur délivrer des visas de long séjour en qualité d'enfants étrangers de ressortissant français, ainsi que la décision explicite de cette commission, prise le 19 janvier 2022. Cette décision s'étant substituée à la décision implicite née du silence gardé par la commission sur le recours, réceptionné le 29 septembre 2021, les conclusions de la requête doivent être regardées comme étant dirigées contre la seule décision explicite du 19 janvier 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité externe de la décision attaquée :
2. Par un décret du 29 mai 2019 portant nomination à la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, M. A C, signataire de la décision attaquée, a été reconduit dans ses fonctions de second suppléant du président de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France pour une durée de trois ans à compter du 28 juin 2019. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte manque en fait et doit être écarté.
3. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 4 décembre 2009 relatif aux modalités de fonctionnement de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France : " La commission instituée à l'article D. 211-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile susvisé siège à Nantes. () / Elle délibère valablement lorsque le président ou son suppléant et deux de ses membres au moins, ou leurs suppléants respectifs, sont réunis. "
4. Il ressort de la feuille de présence à la séance de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 19 janvier 2022, produite par le ministre en défense, qu'ont siégé à cette séance le second suppléant du président de la commission, la représentante du ministère de l'Europe et des affaires étrangères, la seconde suppléante du représentant du ministère de l'intérieur, le représentant de la juridiction administrative et la représentante du ministère chargé de l'immigration. Par suite, les règles de composition de la commission ayant été respectées, le moyen de la requête tiré de leur méconnaissance ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne de la décision attaquée :
5. La commission a rejeté le recours formé contre les décisions de refus de visas aux motifs que l'identité des demandeurs et leur lien familial avec M. I B ne pouvaient être tenus pour établis et que les demandeurs ne justifiaient pas de virements financiers continus et consistants de la part de M. I B depuis leurs 21 ans et ne pouvaient donc être regardés comme étant à la charge d'un ressortissant français.
S'agissant de l'identité des demandeurs et de leur lien de famille avec un ressortissant français :
6. L'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la vérification des actes d'état civil étrangers doit être effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. Cet article, dans sa rédaction applicable au litige, dispose quant à lui que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française. ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.
7. Il ressort de trois jugements supplétifs portant les numéros 1308, 1307 et 1309 rendus le 8 février 2017 par le tribunal de première instance de Conakry III - Mafanco que MM. Mohamed B, Ibrahima B et Cheick B ont été déclarés nés respectivement le 26 mai 1992 pour les deux aînés et le 8 juillet 2014 pour le cadet, de l'union entre M. I B et Mme G E. Les requérants produisent également trois extraits d'un registre de transcription des naissances datés du 10 février 2017 portant les numéros 835, 839 et 838 et dont les mentions biographiques concordent avec celles des jugements supplétifs. Si la commission relève dans sa décision que " les actes de naissance () transcrits suivant jugements supplétifs d'acte rendus () 24 ans et 22 ans après les naissances, huit mois après le décret de naturalisation de M. B I ne sont pas conformes aux dispositions des articles 175 et 196 du code civil guinéen ", d'une part, la circonstance que les jugements ont été rendus alors que les intéressés étaient déjà adultes ne prive pas ces décisions juridictionnelle de leur authenticité eu égard à l'objet même des jugements supplétifs tenant lieu d'acte de naissance, qui suppléent l'absence de déclaration d'une naissance dans les délais prévus par la loi. D'autre part, la décision litigieuse n'expose pas le contenu des dispositions de droit local invoquées et les motifs pour lesquels les actes de naissance examinés méconnaîtraient ces textes. Par suite l'identité des trois requérants et leur lien de filiation avec M. I B, que le ministre de l'intérieur ne conteste pas dans son mémoire en défense, doivent être regardés comme établis et la décision de la commission entachée d'erreur d'appréciation sur ce point.
S'agissant de la qualité de descendants à charge d'un ressortissant français :
8. Lorsqu'elle est saisie d'un recours dirigé contre une décision diplomatique ou consulaire refusant la délivrance d'un visa de long séjour à un ressortissant étranger qui fait état de sa qualité d'enfant à charge d'un ressortissant français, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France peut légalement fonder sa décision de rejet sur la circonstance que l'intéressé ne saurait être regardé comme étant à la charge de son ascendant dès lors qu'il dispose de ressources propres, que son ascendant de nationalité française ne pourvoit pas régulièrement à ses besoins ou ne justifie pas des ressources nécessaires pour le faire.
9. Si les intéressés soutiennent disposer pour seules ressources des sommes envoyées par leur père et produisent plusieurs récépissés de virements d'argent effectués par M. I B sur la période de 2013 à 2022, lors de laquelle ils étaient tous majeurs et susceptibles de recevoir directement des virements d'argent, seul M. F B apparaît parmi les destinataires des virements qui incluent également d'autres personnes présentées comme des membres de la famille. L'attestation établie le 19 mai 2022 par Mme G E, présentée comme la mère de M. I B et la grand-mère des demandeurs, d'après laquelle elle hébergerait ses trois petits-fils à titre gratuit et recevrait à son nom des sommes d'argent lui permettant de les prendre en charge, ne peut suffire, en l'absence de tout document établissant l'identité de Mme E et la résidence des intéressés à une même adresse en Guinée, à démontrer que les sommes versées étaient destinées aux fils de M. B. Les requérants ne peuvent donc être regardés comme justifiant de versements de leur père à M. F B que depuis 2013 pour des montants équivalant à 100 euros en 2018, 300 euros en 2019, 688 euros en 2020 et à 1 291 euros en 2021. Compte tenu de la composition de leur fratrie, seules les sommes envoyées en 2021 peuvent être regardées comme suffisant à assurer leur entretien. Les requérants ne justifient donc pas être à la charge entière de leur père depuis une période suffisamment longue.
10. En outre et au surplus, les requérants, âgés de 29 et 27 ans à la date de la décision litigieuse, allèguent ne disposer d'aucune ressource propre mais ne l'établissent par aucune pièce versée au dossier, et ne démontrent pas davantage que leur père, dont l'avis d'imposition sur les revenus de l'année 2020 indique un revenu brut global de 10 771 euros et un enfant mineur ou handicapé à charge, disposerait des ressources nécessaires pour les prendre à sa charge tous les trois en France.
11. Il résulte des points qui précèdent que les requérants ne peuvent être regardés comme justifiant de leur qualité de descendants à charge d'un ressortissant français. Le moyen de la requête tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit dès lors être écarté. Il résulte de l'instruction que ce motif justifiait à lui seul la décision prise par la commission.
12. S'il ne ressort d'aucune disposition législative ou réglementaire que la personne sollicitant un visa en qualité de descendant à charge d'un ressortissant français serait tenue de justifier de cette qualité " depuis ses vingt-et-un ans ", quel que soit son âge, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que la commission aurait pris la même décision en se bornant à exiger que la qualité de descendant à charge des demandeurs de visa soit démontrée sur une période suffisamment longue.
13. Il est constant que les requérants ont toujours vécu en Guinée où ils sont nés et où ils disposent en outre d'attaches familiales alors qu'ils indiquent être séparés de leur père depuis l'année 2002. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision de la commission aurait porté une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
14. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que la commission n'aurait pas procédé à un examen particulier des trois demandes de visa de MM. B.
15. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision du 19 janvier 2022 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France.
Sur les conclusions accessoires :
16. Le présent jugement rejetant les conclusions principales de la requête, il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, les conclusions tendant au prononcé d'une mesure d'injonction sous astreinte ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de MM. Mohamed B, Ibrahima B et Cheick B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F B, à M. H B, à M. D B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 16 décembre 2022 à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
M. Rosier, premier conseiller,
Mme Chatal, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2023.
La rapporteure,
A. CHATALLa présidente,
H. DOUETLa greffière,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026