mercredi 7 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2206266 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | LEUDET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 16 mai 2022 et le 2 mars 2023, M. A B, représenté par Me Leudet, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 9 février 2022 par lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique à titre principal de lui délivrer un certificat de résidence algérien mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours et de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son avocate en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne le refus de séjour :
- la décision méconnait les stipulations de l'article 6 1° de l'accord franco-algérien :
o le préfet a commis une erreur de droit en estimant qu'il ne pouvait se prévaloir de la durée de son séjour en France dès lors qu'elle est la conséquence du temps nécessaire à l'instruction de ses demandes de titre de séjour et aux suites contentieuses ; aucune condition relative aux raisons de la présence en France du demandeur n'est posée par ces stipulations ; le préfet est en situation de compétence liée si le demandeur établit résider en France depuis plus de dix ans ;
o il apporte la preuve de sa présence sur le territoire français dès février 2012 et continument depuis lors ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnait son droit à une vie privée et familiale normale ; il est suivi régulièrement en France, de manière spécialisée, depuis 2012 ;
- la compétence du signataire de l'arrêté n'est pas établie ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour ;
- la compétence du signataire de l'arrêté n'est pas établie ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :
- la décision est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- la compétence du signataire n'est pas établie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 février 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête de M. B.
Il soutient que :
- sa décision n'est pas uniquement fondée sur la considération selon laquelle la durée de la présence en France de M. B résulte du temps d'instruction de ses demandes et de ses recours contentieux ; il demande la neutralisation de ce motif alors que sa décision est aussi fondée sur la circonstance que M. B ne justifie pas de façon suffisamment probante sa présence en France pour les années 2013, 2016, 2017, 2019 et 2020 ;
- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 5 avril 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure,
- et les observations de Me Dahni substituant Me Leudet, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant algérien né en avril 1960, est entré en France en 2012. Après un refus de séjour avec mesure d'éloignement du 27 janvier 2014, annulé par un jugement du tribunal administratif de Nantes du 27 mai 2014, il s'est vu délivrer un titre de séjour en raison de son état de santé entre juin 2014 et juin 2015. Il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour mais cette demande a été rejetée par une décision du 12 février 2016 portant en outre obligation de quitter le territoire français. Son recours contre ces décisions a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Nantes du 7 octobre 2016. Son appel contre ce jugement a été rejeté par un arrêt de la cour administrative d'appel de Nantes du 18 mai 2017. En octobre 2017, M. B a de nouveau demandé la délivrance d'un titre de séjour. Sa demande a été rejetée par une décision du 13 décembre 2018, portant en outre obligation de quitter le territoire français. Son recours contre ces décisions a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Nantes du 7 avril 2021. M. B a de nouveau demandé la délivrance d'un titre de séjour en raison de la durée de son séjour en France. Par des décisions du 9 février 2022, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande de titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office. M. B demande l'annulation des décisions du 9 février 2022.
Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions :
2. L'arrêté du 9 février 2022 a été signé pour le préfet et par délégation par M. D C, adjoint à la directrice des migrations et de l'intégration. Par un arrêté du 31 août 2021, publié au recueil des actes administratifs du 1er septembre suivant, le préfet de la Loire-Atlantique a accordé à la directrice des migrations et de l'intégration délégation à l'effet de signer dans le cadre des attributions relevant de sa direction " - tous arrêtés et décisions individuelles relevant des attributions de la direction des migrations et de l'intégration, à l'exception des arrêtés réglementaires et des circulaires au maires ", et plus particulièrement au titre du bureau du séjour, " - les décisions portant refus de titre de séjour () assorties ou non d'une mesure d'obligation de quitter le territoire, d'une décision fixant le pays de renvoi, d'une décision portant sur le délai de retour volontaire ", et au titre du bureau du contentieux et de l'éloignement, " - les décisions portant obligation de quitter le territoire assorties ou non d'une décision portant sur le délai de retour volontaire avec ou sans mesure de surveillance ; () / - les décisions fixant le pays de renvoi () ". Par l'article 2 de ce même arrêté, en cas d'absence ou d'empêchement de la directrice des migrations et de l'intégration, le préfet de la Loire-Atlantique confiait la délégation de signature consentie au premier article à M. C, attaché principal, adjoint à la directrice. Il n'est ni établi ni même soutenu que la directrice des migrations et de l'intégration n'aurait pas été absente ou empêchée. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
Sur le refus de séjour :
3. En premier lieu, l'article 6 de l'accord franco-algérien stipule que : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit:/ 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant () ".
4. Tout d'abord, ainsi que le soutient M. B, la délivrance, de plein droit, à un ressortissant algérien d'un titre de séjour sur le fondement des stipulations de l'article 6 1) de l'accord bilatéral, est conditionnée par sa résidence habituelle en France depuis plus de dix ans, s'il n'a pas séjourné en qualité d'étudiant, et non à sa résidence régulière et sans que soient pris en compte les motifs de sa présence. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que le préfet de la Loire-Atlantique ne pouvait lui opposer la circonstance que la durée de son séjour en France n'est que " la conséquence du temps nécessaire à l'instruction de ses demandes de titres de séjour et aux suites contentieuses de ses rejets ".
5. Néanmoins, il ressort également des pièces du dossier notamment de la motivation de l'arrêté du 9 février 2022 que le préfet a entendu rejeter à titre principal la demande de titre de séjour de M. B fondée sur les stipulations du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien au motif qu'il ne justifiait pas d'une présence en France depuis le mois de février 2012 et que sa présence habituelle en France n'était pas établie pour les années 2013, 2016, 2017, 2019 et 2020. S'il ressort des pièces produites par M. B à l'appui du présent recours qu'il a résidé dans un hôtel à Paris pendant trois jours en février 2012, il ne produit aucun autre document justifiant de sa présence en France entre début mars 2012 et début juillet 2012, la délivrance d'un acte de naissance en mai 2012 par la commune d'Aubagne ne permettant pas à elle seule de justifier de sa présence, en l'absence de précision quant à son mode de délivrance. Par ailleurs, à l'exception d'un avis d'imposition établi le 13 décembre 2013, sur la base de ses déclarations, M. B ne produit pas de documents permettant d'établir sa présence habituelle en France entre septembre 2013 et avril 2014. Il en va de même pour la période comprise entre avril et juillet 2017. Enfin, au titre de l'année 2020, M. B ne produit que deux documents médicaux établis en mars et décembre qui ne permettent pas d'établir sa résidence habituelle en France à cette période. Dans ces conditions, M. B ne justifie pas, par les pièces produites devant le tribunal, sa présence habituelle sur le territoire français depuis dix années. Le préfet de la Loire-Atlantique pouvait donc, pour ce seul motif, rejeter sa demande de titre de séjour fondée sur les stipulations du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien.
6. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 6 1) de l'accord franco-algérien n'est pas fondé et doit être écarté.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier l'ancienneté, la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
8. Si M. B invoque l'atteinte portée à son droit à une vie privée et familiale normale, il ne justifie d'aucune attache privée et particulière en France, où il n'a résidé régulièrement qu'une année entre juin 2014 et juin 2015 sous couvert d'un titre de séjour délivré en raison de son état de santé. Il ne justifie pas non plus d'insertion professionnelle particulière. Par ailleurs, s'il invoque le suivi médical régulier dont il bénéficie en France et qui est établi par les pièces du dossier, il n'établit ni même n'allègue qu'il ne pourrait bénéficier en Algérie du suivi nécessité par sa pathologie diabétique, alors même que le préfet de la Loire-Atlantique produit de nombreux éléments démontrant la prise en charge en Algérie des diabètes et de leurs conséquences. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en rejetant la demande de titre de séjour de M. B, le préfet aurait porté à son droit à une vie privée et familiale normale une atteinte excessive et aurait donc méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. En dernier lieu, et pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas apprécié de manière manifestement erronée les conséquences de sa décision sur la situation de M. B.
Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays d'éloignement :
10. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 9, d'une part que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté n'est pas fondé et d'autre part, que M. B n'est pas fondé à invoquer, à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français du 9 février 2022 et par voie d'exception, le moyen tiré de l'illégalité du refus de séjour du même jour.
11. En second lieu, il résulte de ce qui été dit aux points 2 et 10, d'une part que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté n'est pas fondé et d'autre part, que M. B n'est pas fondé à invoquer, à l'encontre de la décision fixant le pays d'éloignement du 9 février 2022 et par voie d'exception, le moyen tiré de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français du même jour.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi par voie de conséquence que ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Leudet.
Délibéré après l'audience du 10 mai 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Béria-Guillaumie, présidente,
M. Echasserieau, premier conseiller,
Mme Baufumé, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2023.
La présidente-rapporteure,
M. BÉRIA-GUILLAUMIE
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
B. ECHASSERIEAU
La greffière,
B. GAUTIER
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
No 2206266
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026