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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2206268

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2206268

vendredi 27 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2206268
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantPOLLONO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 13 mai 2022 et le 5 décembre 2022, M. H I et Mme J, agissant en leur nom et au nom des enfants mineurs G E I et A F I, représentés par Me Pollono, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours formé contre les deux décisions de l'autorité consulaire française à Abidjan refusant de délivrer des visas de long séjour aux enfants G E I et A F I au titre de la réunification familiale ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal de délivrer les visas sollicités dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire de réexaminer leur situation dans le même délai sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros à verser à leur conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou à leur verser directement en cas de refus d'octroi de l'aide juridictionnelle.

Ils soutiennent que :

- la décision est dépourvue de motivation en dépit de la demande de communication des motifs de la décision implicite ;

- la décision est entachée d'erreur d'appréciation s'agissant de l'état civil des demandeurs de visa tel qu'il ressort des actes d'état civil et des éléments de possession d'état ;

- la décision est entachée d'erreur de droit dès lors que les demandeurs de visas n'étaient pas exclus du droit à la réunification familiale ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 novembre 2022 le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par décision du 16 mars 2022 le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes a rejeté la demande d'aide juridictionnelle présentée par M. H I.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, et son décret d'application ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 décembre 2022 :

- le rapport de Mme Chatal, rapporteure,

- et les observations de Me Pollono, représentant les requérants, et celles de M. I.

Considérant ce qui suit :

1. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a octroyé le statut de réfugiée, le 9 novembre 2017, à l'enfant Karidja I, de nationalité ivoirienne, née en 2014. Par la présente requête, M. I et Mme C, ses parents, de nationalité ivoirienne, nés en 1981 et 1989, demandent au tribunal d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours formé contre les deux décisions de l'autorité consulaire française à Abidjan refusant de délivrer à Ousmane E et Adja F I, qu'ils présentent comme leurs enfants, nés en 2007 et 2014, des visas de long séjour au titre de la réunification familiale.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Lorsque le silence gardé par l'administration sur une demande dont elle a été saisie a fait naître une décision implicite de rejet, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Dans ce cas, des conclusions à fin d'annulation de cette

première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde. Par suite, les conclusions à fin d'annulation présentées par M. I et Mme C, dirigées contre la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté leur recours contre les deux décisions de l'autorité consulaire française à Abidjan, doivent être regardées comme dirigées contre la décision du 8 décembre 2021, jointe aux écritures en défense du ministre, par laquelle la commission a explicitement rejeté ce recours.

3. Il résulte du point qui précède que le moyen de la requête tiré de l'absence de motivation de la décision implicite de la commission, qui ne permet pas de contester utilement la légalité de la décision du 8 décembre 2021, doit être écarté comme inopérant.

4. La décision de la commission se fonde sur les motifs tirés de ce que, d'une part, les enfants G E et A F I n'entrent pas dans le cadre du droit à la réunification familiale dans la mesure où leurs deux parents résident en France et, d'autre part, aucune demande de visa n'a été déposée pour l'enfant mineur B I.

5. Aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Si le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire est un mineur non marié, il peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint par ses ascendants directs au premier degré, accompagnés le cas échéant par leurs enfants mineurs non mariés dont ils ont la charge effective. () ". Il résulte de ces dispositions que les ascendants directs d'un enfant mineur non marié réfugié en France ou bénéficiaire de la protection subsidiaire peuvent demander à le rejoindre au titre de la réunification familiale. Ces mêmes dispositions prévoient que ces derniers peuvent être accompagnés le cas échéant par leurs enfants mineurs non mariés dont ils ont la charge effective. La circonstance que l'un des deux parents réside déjà en France ne fait pas obstacle à la délivrance d'un visa de long séjour au profit de ces enfants s'il sont accompagnés par l'autre parent.

6. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, M. I et Mme C résidaient tous les deux en France sous couvert de cartes de résident. Par suite, leurs deux enfants G E et A F I, dont l'identité, le lien de famille avec l'enfant Karidja I, et l'âge ne sont contestés ni par la commission ni par le ministre en défense, qui sollicitent la délivrance d'un visa de long séjour afin d'entrer en France, sans être accompagnés par l'un de leurs parents, n'entrent pas dans les conditions prévues à l'article L. 561-2 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les requérants ne sont donc pas fondés à soutenir que la décision de la commission serait entachée d'erreur de droit sur ce point.

7. Les requérants soutiennent que leurs enfants A F et G E vivent avec la nièce de Mme C en Côte d'Ivoire, à qui ils établissent avoir adressé de l'argent au mois de décembre 2021, et qu'ils soutiennent appeler régulièrement pour communiquer avec leurs enfants. Les requérants indiquent également qu'ils se sont rendus en Côte-d'Ivoire à tour de rôle pour rendre visite à leurs enfants et versent au dossier des billets d'avion et des photocopies de pages de passeport. Toutefois, M. I et Mme C n'étant pas empêchés de présenter une demande de regroupement familial afin de faire venir en France leurs enfants, le moyen de la requête tiré de l'atteinte disproportionnée portée par la décision litigieuse au droit des intéressés au respect de leur vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. Par ailleurs, les requérants ne démontrant pas que leurs enfants G E et A F seraient isolés en Côte-d'Ivoire ni qu'une demande de regroupement familial ne pourrait être présentée afin de les faire venir en France, le moyen de la requête tiré de l'atteinte excessive portée par la décision litigieuse à leur intérêt supérieur au sens de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision du 8 décembre 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours contre les deux décisions de refus de délivrance d'un visa de long séjour aux enfants G E I et A F I.

Sur les conclusions accessoires :

10. Le présent jugement rejetant les conclusions principales de la requête tendant à l'annulation de la décision de la commission, les conclusions tendant au prononcé d'une mesure d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais liés au litige doivent également être rejetées par voie de conséquence.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. I et Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. H I, à Mme J et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 16 décembre 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

M. Rosier, premier conseiller,

Mme Chatal, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2023.

La rapporteure,

A. CHATALLa présidente,

H. DOUETLa greffière,

A.-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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