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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2206356

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2206356

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2206356
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantGUERIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 17 mai 2022 et 24 janvier 2023, Mme A B, représentée par Me Guérin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 avril 2022 par lequel le préfet de Maine et Loire lui a refusé le maintien sur le territoire français, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de délivrer le titre de séjour demandé, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, et de la munir d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il soit statué sur son cas ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de maintien sur le territoire :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est estimé en situation de compétence liée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet n'a pas joint à la décision contestée l'arrêté du 27 septembre 2021 par lequel le préfet lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est illégale dès lors que la décision portant refus de maintien sur le territoire est illégale ;

- elle méconnaît l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet s'est estimé en situation de compétence liée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet n'a pas joint à la décision contestée l'arrêté du 27 septembre 2021 par lequel le préfet lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions des articles R. 532-54 et L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le préfet ne justifie pas du caractère définitif du rejet de la demande d'asile de Mme B ;

- elle méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et est entachée d'erreurs de fait et d'appréciation, dès lors que son époux, M. C, présente de graves problèmes de santé et qu'elle était titulaire d'un titre de séjour en cours de validité lors de la notification de la décision contestée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 janvier 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 mai 2022.

Par une ordonnance du 5 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 25 janvier 2023.

Par une lettre du 15 mai 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B contre la décision portant refus de maintien sur le territoire français dès lors que celles-ci sont dirigées contre un acte non décisoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales signée le 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Caro.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante azerbaïdjanaise, née le 12 mai 2000 à Masali (Azerbaïdjan), est entrée en France le 22 août 2018, munie d'un visa C d'une durée de validité de 8 jours et s'est maintenue sur le territoire au terme de la durée de validité de son visa. Le 18 septembre 2018, la requérante a déposé une demande d'asile, laquelle a été rejetée le 18 septembre 2020 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 16 février 2022. Les 17 mars et 28 avril 2021, la requérante a sollicité un titre de séjour temporaire " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 27 septembre 2021, un arrêté portant refus de séjour a été édicté à son encontre. Le préfet a pris, le 6 avril 2022 à l'encontre de Mme B, un arrêté portant refus de maintien sur le territoire français, obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixation du pays de destination. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de ce dernier arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus du droit de se maintenir sur le territoire français :

2. Lorsque le préfet se borne, dans l'arrêté obligeant un étranger demandeur d'asile débouté à quitter le territoire français, y compris dans le dispositif de cet arrêté, à constater au préalable que l'intéressé s'étant vu refuser le statut de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire ne dispose plus du droit de se maintenir sur le territoire français au titre de l'asile, une telle constatation qui ne traduit que l'appréciation, par le préfet, de la réunion des conditions prévues par les dispositions applicables pour décider une obligation de quitter le territoire français, ne revêt en elle-même aucun caractère décisoire et n'est donc pas susceptible de faire l'objet de conclusions tendant à son annulation indépendamment de l'obligation de quitter le territoire français qui en procède. Il appartient, par suite, au juge administratif, s'il est saisi de conclusions dirigées contre l'arrêté préfectoral portant obligation de quitter le territoire français en tant qu'il formaliserait une telle constatation, de les déclarer irrecevables et de regarder les moyens dont elles sont assorties comme dirigées contre l'obligation de quitter le territoire elle-même.

3. Il est en l'espèce constant que le préfet de Maine-et-Loire, après avoir relevé que Mme B n'avait pu obtenir le statut de réfugié, s'est borné, à l'article 1er de l'arrêté contesté, à constater que l'intéressée ne bénéficiait plus du droit de se maintenir sur le territoire français. Le préfet n'a donc pas, ce faisant, pris de décision susceptible de recours pour excès de pouvoir distincte de l'obligation de quitter le territoire français qui a procédé de cette constatation. Par suite, les conclusions dirigées contre une telle constatation ne sont pas recevables.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision de refus de maintien sur le territoire français, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.

5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme Magali Daverton, secrétaire générale de la préfecture de Maine-et-Loire. Par un arrêté du 7 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, le préfet de Maine-et-Loire lui a accordé délégation à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département de Maine-et-Loire ", à l'exception de certains actes limitativement énumérés, au nombre desquels ne figurent pas les décisions portant obligation de quitter le territoire français et celles fixant le pays de destination. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

6. En troisième lieu, l'arrêté attaqué, en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français, mentionne avec suffisamment de précision les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il vise notamment les stipulations et dispositions applicables de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelle le parcours administratif et personnel de l'intéressée, notamment qu'elle est de nationalité azerbaïdjanaise, qu'elle est arrivée sur le territoire français le 22 août 2018, qu'elle a demandé l'asile le 18 septembre 2018, que sa demande a été rejetée par l'OFPRA puis en dernier lieu par la CNDA, le 16 février 2022 et qu'elle ne bénéficie ainsi plus du droit de se maintenir sur le territoire, en application des dispositions L. 542-1 et L. 542-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet a également indiqué que Mme B a sollicité auprès de ses services, les 17 mars et 28 avril 2021, la délivrance d'un titre de séjour temporaire " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'un arrêté portant refus de séjour a été édicté à son encontre le 27 septembre 2021 et que son époux M. D C fait l'objet d'une mesure concomitante d'éloignement. Le préfet en a alors conclu que, par voie de conséquence, il y a lieu de l'obliger à quitter le territoire français en application du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions et en tout état de cause, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué, en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

7. En quatrième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient ainsi aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

8. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Dans les cas prévus aux 3° et 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français est prise, notamment, après que le titre de séjour ait été refusé et que la qualité de réfugié ait été définitivement refusée à l'étranger. Or, l'étranger est conduit, à l'occasion du dépôt de sa demande d'asile, à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande la délivrance d'un titre de séjour et que lui soit reconnue la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, laquelle doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir toute observation complémentaire, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit d'être entendu, ainsi satisfait avant que l'administration statue sur une demande d'asile, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre à même la personne concernée de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français.

9. En l'espèce, la requérante a pu présenter les observations sur sa situation qu'elle estimait utiles dans le cadre de l'examen de sa demande d'asile et de sa demande de délivrance de titre de séjour " vie privée et familiale ". Elle n'allègue pas avoir sollicité en vain un entretien auprès des services préfectoraux, ni même avoir été empêchée de présenter des observations ou des documents avant que ne soit prise la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée a été édictée en méconnaissance du principe du contradictoire.

10. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier et de la teneur de l'acte attaqué que le préfet de Maine-et-Loire s'est livré, préalablement à la prise de sa décision, à un examen détaillé de la situation particulière de Mme B. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'examen de la situation personnelle de la requérante ne peut être qu'écarté.

11. En sixième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision que le préfet de Maine-et-Loire se serait estimé en situation de compétence liée.

12. En septième lieu, aux termes de l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé ou qui ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 542-2 et qui ne peut être autorisé à demeurer sur le territoire à un autre titre doit quitter le territoire français, sous peine de faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ". Aux termes de l'article L. 541-1 du même code : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 542-3 du même code : " Lorsque le droit au maintien sur le territoire français a pris fin dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 ou L. 542-2, l'attestation de demande d'asile peut être refusée, retirée ou son renouvellement refusé. () ". L'article L. 542-1 prévoit que : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ".

13. Mme B n'est pas fondée à soutenir que le préfet a commis une erreur de droit et a méconnu les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ne joignant pas l'arrêté portant refus de séjour du 27 septembre 2021 à la décision contestée, en alléguant qu'elle n'en a jamais eu connaissance, dès lors que cet arrêté lui a été notifié le 1er octobre 2021 par lettre recommandée avec accusé de réception, lequel comporte la signature de Mme B.

14. En huitième lieu, en l'espèce, et ainsi qu'il a été dit, Mme B ne bénéficiait plus du droit de se maintenir en France en application des dispositions de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et compte tenu du refus de délivrance du titre de séjour sollicité, devenu définitif. Par suite, le préfet était en droit de l'obliger à quitter le territoire sur les fondements des dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code précité.

15. En neuvième lieu, aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". L'article R. 532-54 du même code prévoit que " Le secrétaire général de la Cour nationale du droit d'asile notifie la décision de la cour au requérant par lettre recommandée avec demande d'avis de réception et l'informe dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend du caractère positif ou négatif de la décision prise. Il la notifie également au directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides. ".

16. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du relevé des informations de la base de données " TelemOfpra " produit en défense, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que la décision de la CNDA du 16 février 2022, versée à l'instance, a été notifiée à la requérante le 23 février 2022. Il ressort de ce même document que le support juridictionnel du rejet du recours est une décision. Contrairement à ce qui est soutenu par la requérante, la CNDA a statué sur son recours formé contre la décision de l'OFPRA en audience publique le 16 février 2022. En application de l'article L. 542-1 précité, la date de la lecture en audience publique de la décision de la CNDA est la date à laquelle prend fin le droit au maintien sur le territoire et celle à laquelle l'autorité administrative peut prendre la mesure litigieuse. Par suite, à compter du 16 février 2022, la requérante ne pouvait se maintenir régulièrement sur le territoire français. Il s'ensuit que Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée aurait, faute que soit rapportée la preuve de la notification de l'ordonnance de la CNDA, été prise au terme d'une procédure non respectueuse des dispositions précitées des articles L. 542-4 et R. 532-54 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision faisant obligation à Mme B de quitter le territoire français méconnaîtrait ces dispositions ne peut qu'être écarté.

17. En dixième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 15, que Mme B ne se trouvait pas en situation régulière au regard de la règlementation du droit au séjour au moment où le préfet de Maine-et-Loire a édicté la décision litigieuse. Par suite, le préfet n'a commis aucune erreur de fait.

18. En onzième lieu, l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

19. Si Mme B soutient que la décision litigieuse méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle n'apporte aucun élément de nature à permettre d'apprécier le bien-fondé d'un tel moyen, dès lors que l'intéressée n'a pas sollicité auprès des services de la préfecture de Maine-et-Loire la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé et qu'aucune pièce du dossier ne démontre que Mme B souffre de problèmes de santé. Il s'ensuit que les éléments mentionnés par Mme B quant à l'état de santé de son époux, M. C, ne permettent pas de faire regarder la mesure d'éloignement prononcée à son encontre comme ayant été prise en violation des dispositions précitées du 9° de l'article L. 611 3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Au demeurant, par les pièces médicales produites, la requérante ne démontre pas que l'état de santé de son époux serait particulièrement dégradé et de nature, ainsi qu'il est allégué, à entrainer un risque vital. Par un jugement nos 2105751-2206353 du même jour que le présent jugement, le Tribunal rejette les recours formés par son époux à l'encontre de l'arrêté du 22 mars 2021 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de renouveler son titre de séjour en qualité d'étranger malade et de l'arrêté du 6 avril 2022 de ce même préfet portant refus de maintien sur le territoire français de M. C, lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit à l'expiration de ce délai.

20. En douzième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée récemment en France, depuis moins de quatre ans à la date de la décision attaquée, a été déboutée définitivement de sa demande d'asile et a fait l'objet d'un refus de séjour en septembre 2021. Il ressort des pièces du dossier que la durée de présence de Mme C sur le territoire français n'est justifiée que par les délais d'instruction de sa demande d'asile. En outre, son époux fait l'objet d'une mesure concomitante d'éloignement. Si Mme B produit le compte rendu d'échographie du 2ème trimestre, daté du 15 novembre 2022, attestant que celle-ci est enceinte de 22 semaines et 5 jours, cette circonstance est postérieure à la décision attaquée. Alors que Mme B et M. C font l'objet de mesures d'éloignement concomitantes, l'arrêté litigieux ne peut être regardé comme portant à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée dès lors que leurs attaches culturelles, linguistiques et personnelles se situent en Azerbaïdjan, pays dont ils ont tous deux la nationalité. En outre, la requérante ne travaille pas et ne justifie pas d'une particulière intégration au regard de ses conditions d'entrée et de maintien en France. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision litigieuse porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle n'est pas non plus fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire prononcée à son encontre est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

21. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, la décision fixant le pays de destination n'a pas été prise sur le fondement d'une décision illégale. Le moyen tiré, par la voie de l'exception, d'une telle illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.

22. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5, le moyen tiré de l'incompétence de l'autorité signataire de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.

23. En troisième lieu, l'arrêté attaqué vise notamment les dispositions des articles L. 612-12 et L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, constate qu'il est fait obligation à la requérante de quitter le territoire français, qu'elle est de nationalité azerbaïdjanaise et qu'elle ne produit aucun élément qui justifierait d'un risque en cas de retour dans son pays d'origine. La décision fixant le pays de renvoi est, dès lors, régulièrement motivée.

24. En quatrième lieu, contrairement à ce que soutient la requérante, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de Maine-et-Loire n'aurait pas procédé à un examen sérieux et personnel de sa situation avant d'édicter à l'encontre de cette dernière la décision contestée.

25. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français () ". L'article L. 721-4 du même code prévoit que : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi () " Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

26. Mme B, dont la demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA et par la CNDA, laquelle a considéré que les menaces qui pèseraient sur la requérante, en cas de retour en Azerbaïdjan, n'étaient pas établies, ne produit aucune pièce dans la présente instance de nature à établir l'existence de risques actuels, personnels et sérieux auxquels elle serait exposée en cas de retour dans son pays d'origine, susceptibles de faire obstacle à sa reconduite à destination de ce pays en application de ces stipulations. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi aurait été prise en violation des stipulations et dispositions précitées.

27. En sixième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision fixant le pays à destination duquel l'étranger sera renvoyé en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement. Au surplus, ce moyen doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux cités au point 20.

28. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 6 avril 2022 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé son maintien sur le territoire, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

29. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B, n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent par suite être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

30. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Guérin.

Délibéré après l'audience du 25 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

M. Labouysse, premier conseiller,

Mme Caro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.

La rapporteure,

N. CARO

Le président,

L. MARTINLa greffière,

S. BARBERA

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

No 2206356

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