jeudi 22 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2206436 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SMATI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 mai 2022, M. B A, représenté par Me Karim Smati, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions, opposées par un arrêté du préfet de Maine-et-Loire pris le 3 mars 2022, lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant son pays de renvoi en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, à défaut, de prendre, dans un délai de deux mois, une nouvelle décision, après un nouvel examen de sa situation, et de lui délivrer, dans l'attente de cette décision, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) d'assortir l'une ou l'autre de ces injonctions d'une astreinte d'un montant de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son avocat en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- le refus de séjour n'est pas suffisamment motivé ;
- il a été opposé en méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnait ainsi l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- l'obligation de quitter le territoire français n'est pas suffisamment motivée ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- l'illégalité du refus de séjour prive de base légale l'obligation de quitter le territoire français ainsi que les décisions relatives au délai de départ volontaire et au pays de renvoi.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 janvier 2023, le préfet de Maine-et-Loire demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par M. A.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. A par une décision du 23 mai 2022 de la section administrative du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes.
La clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Le rapport de M. E a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 25 mai 2023 à partir de 9h20.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A est un ressortissant malien qui est né le 10 février 2000. Il est entré en France le 25 août 2016. Il a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance à compter de cette date. À sa majorité, une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" lui a été délivrée. Elle était valable du 15 novembre 2018 au 14 novembre 2019. M. A a, le 28 août 2019, sollicité du préfet de Maine-et-Loire la délivrance d'une nouvelle carte de séjour temporaire, portant, cette fois-ci, la mention "salarié". Cette demande a été rejetée par un arrêté du 20 mai 2020 par lequel cette autorité l'a également obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par un jugement n° 2005555 du 18 novembre 2021, le tribunal a rejeté le recours formé contre ces décisions. Antérieurement à la lecture de ce jugement, M. A avait saisi le préfet de Maine-et-Loire d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si chacun des articles du dispositif de l'arrêté attaqué par M. A mentionne "M. C D", il ressort de la motivation de cet arrêté que c'est bien la demande présentée par M. B A qui y a été examinée de sorte que, pour regrettable qu'elle soit, la mention "M. C D" dans le dispositif de l'arrêté en litige, dont la présence n'a d'ailleurs pas été relevée par le requérant, doit être considérée comme procédant d'une simple erreur matérielle. La requête de M. A doit dès lors être regardée comme tendant à l'annulation des décisions rejetant la demande de titre de séjour présentée par M. A, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant son pays de renvoi en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement.
Sur les conclusions à fin d'annulation du refus de séjour :
2. En premier lieu, en vertu des dispositions combinées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, qui constitue une mesure de police, doit être motivée, c'est à dire qu'elle doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.
3. Il ressort de la lecture de l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire du 3 mars 2022 qu'il cite les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le fondement desquelles M. A a demandé la délivrance d'un titre de séjour et qu'il expose les raisons pour lesquelles l'autorité préfectorale a estimé que l'intéressé ne justifiait d'aucun motif exceptionnel ou considération humanitaire permettant la délivrance de la carte de séjour temporaire sollicitée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation du refus de séjour doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale" () ".
5. M. A a fait valoir sa durée de résidence en France, l'exercice d'une activité professionnelle, dans un premier temps, du 11 janvier au 2 février 2020, en qualité de pizzaiolo, dans un second temps, du 3 février 2020 au 28 février 2022, en qualité de commis de cuisine, et le bénéfice d'une promesse d'embauche sur ce même emploi par le même employeur.
6. En présence d'une demande présentée sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention "vie privée et familiale" répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire".
7. Les énonciations de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre notamment des dispositions de l'article L. 435-1 ne constituent pas des lignes directrices, mais des orientations générales pour l'examen de ces demandes. En conséquence, elles ne peuvent être utilement invoquées devant le juge.
8. M. A ne fait état d'aucune considération humanitaire. S'il réside en France depuis environ cinq ans et six mois à la date du refus en séjour en litige, ce séjour n'a été régulier que jusqu'au 20 mai 2020, date à laquelle il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, dont la légalité a été vainement contestée par l'intéressé, qu'il n'a pas exécutée. Il ressort également des pièces du dossier que M. A, âgé de 22 ans à la date de la décision attaquée, est célibataire et ne dispose d'aucune attache familiale en France alors que sa mère et sa sœur résident au Mali. S'il allègue avoir obtenu un certificat d'aptitude professionnelle (CAP) et s'il a occupé par la suite deux emplois à la suite de la conclusion de contrats à durée indéterminée, ce CAP, dont l'obtention n'est pas justifiée, était dans le domaine de la "réalisation en chaudronnerie industrielle", alors que les deux contrats de travail dont il se prévaut ont été conclus dans un secteur d'activité ne correspondant pas à cette formation. Le premier de ce contrat, conclu pour occuper un emploi de pizzaïolo, a été exécuté pendant une durée d'une année. Il a démissionné de cet emploi au cours du mois de janvier de l'année 2020 pour exercer les fonctions de commis de cuisine au sein de l'entreprise exploitée par la société Hôtel Bar du Centre située à Angers. C'est précisément pour occuper ce même emploi que ce même employeur a consenti une nouvelle promesse d'embauche au bénéfice de M. A, mais cette société n'a cependant pas obtenu l'autorisation de travail requise pour pouvoir l'employer. Il n'est pas justifié, dans le cadre de la présente instance, des difficultés que rencontrerait cette même société pour recruter sur un emploi de commis de cuisine, la seule production d'un document émanant de Pôle emploi indiquant que le métier de personnel de cuisine est l'un de ceux au sein duquel les offres d'emploi les plus nombreuses ont été proposés sur les douze derniers mois, la période n'étant au demeurant pas précisée, n'est pas, en elle-même suffisamment probante quant à la réalité de ces difficultés. Au regard de l'ensemble de ces éléments, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet de Maine-et-Loire a estimé que l'admission au séjour de M. A ne répondait pas à des considérations humanitaires et ne se justifiait pas au regard des motifs exceptionnels qu'il a fait valoir au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a, ainsi, refusé de lui délivrer l'une des cartes de séjour temporaire prévues par ces dispositions.
9. En troisième lieu, un refus de séjour ne peut être légalement opposé s'il porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale d'un ressortissant étranger et s'il méconnait ainsi l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. Compte tenu de ce qui a été dit au point 8 concernant en particulier la situation familiale de l'intéressé en France et la présence de membres de sa famille dans son pays d'origine, le refus de séjour en litige ne porte pas une atteinte au droit au respect de sa vie privée et familiale présentant un caractère disproportionné. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.
11. En dernier lieu, au regard de l'ensemble des éléments relevés au point 8, le refus de séjour opposé à M. A ne peut être regardé comme emportant des conséquences telles qu'il en résulterait que le préfet de Maine-et-Loire aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en décidant de pas mettre en œuvre son pouvoir discrétionnaire de régularisation de la situation du requérant.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et de la décision fixant le pays de renvoi :
12. En premier lieu, en vertu des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obligation de quitter le territoire français n'a pas, lorsqu'elle est, comme en l'espèce, fondée sur les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du même code, à faire l'objet d'une motivation distincte de celle du refus de séjour. Compte tenu de ce qui a été dit au point 3, le refus de séjour opposé à M. A est suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre doit être écarté.
13. En deuxième lieu, compte tenu de ce qui a été relevé aux points 8, 10 et 11, l'obligation de quitter le territoire français en litige ne peut être regardée comme méconnaissant l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou comme entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation de M. A.
14. En dernier lieu, l'ensemble des moyens soulevés à l'appui des conclusions à fin d'annulation du refus de séjour opposé à M. A ayant été écartés, ce dernier n'est pas fondé à invoquer l'illégalité de cette décision à l'appui de sa contestation de la légalité, d'une part, de l'obligation de quitter le territoire français, d'autre part, et en tout état de cause, de la décision relative au délai de départ volontaire et de celle fixant son pays de renvoi.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant à l'annulation des décisions qui lui ont été opposées par le préfet de Maine-et-Loire le 3 mars 2022 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent être également rejetées ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'il présente sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D É C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Karim Smati.
Délibéré après l'audience du 25 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
M. David Labouysse, premier conseiller,
Mme Nathalie Caro, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.
Le rapporteur,
D. E
Le président,
L. MARTIN
La greffière,
S. BARBERA
La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026