vendredi 10 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2206458 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | LEVY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 17 mai 2022 et le 30 novembre 2022, Mme H J B, représentée par Me Lévy, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté son recours contre la décision de l'autorité consulaire française à Douala du 19 novembre 2021 refusant de lui délivrer un visa de long séjour en qualité de parent étranger d'un enfant de nationalité française ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui délivrer un visa de long séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision méconnaît les articles L. 312-2 et L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision est entachée d'erreurs de fait en tant qu'elle adopte implicitement les motifs de la décision consulaire ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2022 le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Chatal, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme H J B, ressortissante camerounaise née en 1981, soutient être la mère de trois filles de nationalité française, K D, Alexianne Karla et Simo Roxanne, nées le 9 juillet 2004, le 2 mai 2017 et le 14 février 2020 et qui résideraient, pour l'aînée en France auprès de son père, M. G A, de nationalité française, et pour les deux cadettes, issues de la même union, au C avec elle. Par sa requête, Mme J B demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté son recours contre la décision du 19 novembre 2021 de l'autorité consulaire française au C refusant de lui délivrer un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité de parent étranger d'un enfant de nationalité française.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Il ressort du mémoire en défense du ministre de l'intérieur et des outre-mer que la commission doit être regardée comme ayant fondé sa décision sur l'absence de preuve de la résidence en France de l'enfant K D A, l'absence de preuve de liens réguliers entre M. A et les trois enfants, sur l'insuffisance des ressources de Mme J B et M. A pour prendre en charge leurs enfants en France et sur le caractère inadéquat des conditions d'accueil envisagées au regard de la superficie du logement de M. A en France.
3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour dont la durée de validité ne peut être supérieure à un an. ".
4. En l'absence de toute disposition conventionnelle, législative ou réglementaire déterminant les cas où le visa peut être refusé à une personne étrangère désirant se rendre en France, et eu égard à la nature d'une telle décision, les autorités françaises disposent d'un large pouvoir d'appréciation à cet égard, et peuvent se fonder non seulement sur des motifs tenant à l'ordre public mais sur toute considération d'intérêt général, dans le cadre d'une analyse adaptée à la nature du visa sollicité et dans le respect des engagements internationaux de la France.
5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ".
6. Il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté par le ministre en défense que Mme J B est la mère des enfants K D A, I A et F A, nées respectivement en 2004, 2017 et 2020 à Douala au C, et que M. G A, ressortissant français né en 1988, est le père des trois enfants. Il ressort de ces mêmes pièces que M. A réside en France dans le Val-de-Marne et que les deux filles cadettes du couple vivent au C auprès de leur mère. Si la requérante soutient que sa fille aînée réside en France avec son père et produit une attestation de paiement de prestations sociales par la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne à M. A en avril 2022 sur laquelle l'enfant K A apparaît comme étant à charge de l'allocataire, l'adresse figurant sur le passeport français de K A, délivré au mois de septembre 2020, est une adresse camerounaise. La requérante ne produisant aucune autre pièce de nature à établir la présence en France de sa fille aînée, la résidence de l'enfant K A, au domicile de son père en France ne peut être tenue pour établie. La requérante n'est donc pas fondée à soutenir que le motif tiré de l'absence de résidence en France de son enfant de nationalité française serait entaché d'erreur d'appréciation ou d'erreur de fait.
7. Par ailleurs, s'il ressort de l'avis d'impôt sur les revenus de l'année 2020 perçus par M. A que celui-ci a déclaré, outre la perception de 24 842 euros de salaires, le versement de 8 000 euros de pensions alimentaires, en l'absence d'autres éléments de nature à établir que de tels versements d'argent ont bien été effectués à destination des deux filles cadettes de M. A, la participation effective de celui-ci à l'éducation et l'entretien de ses filles, qui ne peut être présumée s'agissant de la fille aînée du couple, dont la résidence en France n'est pas établie, n'est pas davantage démontrée s'agissant des deux filles cadettes résidant au C. Il s'ensuit que la requérante ne démontre pas l'existence de liens intenses et stables entre ses trois filles et leur père, résidant en France. Par ailleurs, et en tout état de cause, Mme J B ne démontre pas davantage que M. A, avec lequel elle déclare mener une vie de couple, sans soutenir s'être rendue en France au cours des années passées, serait dans l'impossibilité de rendre visite à ses enfants au C.
8. Par suite, s'il peut être admis qu'il soit dans l'intérêt supérieur des trois filles de E B, et en particulier des cadettes, de continuer à vivre auprès de leur mère, la décision de refus d'octroi d'un visa d'entrée et de long séjour en France à Mme J B ne peut être regardée, eu égard à l'absence de preuves de liens intenses et stables entre ses enfants et leur père, comme portant une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale, ni comme portant une atteinte excessive à leur intérêt supérieur. Les moyens de la requête tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent donc être écartés.
9. Pour les mêmes motifs, et eu égard au large pouvoir d'appréciation de l'administration, le moyen de la requête tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par l'administration doit être écarté.
10. Il résulte de l'instruction que la commission aurait pris la même décision de rejet du recours de Mme J B en se fondant sur les seuls motifs tirés de l'absence de résidence en France de son enfant aînée et de l'absence de preuves de liens réguliers entre M. A et ses trois enfants.
11. Par ailleurs, les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile étant relatives à la carte de séjour susceptible d'être délivrée aux parents d'enfants français, le moyen de la requête tiré de la méconnaissance de telles dispositions doit être écarté comme inopérant.
12. Enfin, il résulte des écritures du ministre de l'intérieur et des outre-mer que la décision de la commission, ainsi qu'il a été dit au point 2, ne peut être réputée comme étant fondée sur les motifs de la décision consulaire tirés de l'absence de preuve de l'autorité parentale exercée par Mme J B sur ses filles et de l'incomplétude ou l'absence de fiabilité des informations communiquées pour justifier des conditions de séjour en France de Mme J B. Par suite les moyens tirés des erreurs de fait commises par la commission en tant qu'elle se serait fondée sur de tels motifs, doivent être écartés comme inopérants.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours de Mme J B doivent être rejetées.
Sur les conclusions accessoires :
14. Le présent jugement rejetant les conclusions principales de la requête, il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions tendant au prononcé d'une mesure d'injonction sous astreinte vis-à-vis de l'administration ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme J B est rejetée
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme H J B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 13 janvier 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
Mme Roncière, première conseillère,
Mme Chatal, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 février 2023.
La rapporteure,
A. CHATALLa présidente,
H. DOUETLa greffière,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026