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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2206459

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2206459

vendredi 10 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2206459
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantLE FLOCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 mai 2022, Mme C A, agissant en son nom et au nom de l'enfant mineure B D A, représentée par Me Le Floch, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours formé contre la décision du 12 janvier 2022 de l'autorité diplomatique française en Inde refusant de délivrer à l'enfant Tenzin D A un visa de long séjour au titre de la réunification familiale ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à titre principal de faire délivrer à l'enfant Tenzin D A le visa de long séjour sollicité dans un délai d'un mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer la demande de visa dans le même délai, sous astreinte de 10 euros par jour de retard ;

3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Le Floch en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou à lui verser directement en cas de rejet de la demande d'aide juridictionnelle ou d'admission partielle.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'un vice de procédure en l'absence de preuve de la composition régulière de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France ;

- la décision est entachée d'erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 décembre 2022 le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par décision du 11 juillet 2022 le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes a admis Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, et son décret d'application ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 janvier 2023 :

- le rapport de Mme Chatal, rapporteure,

- et les observations de Me Le Floch, représentant la requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, ressortissante chinoise originaire du Tibet, née en 1990, est titulaire du statut de réfugiée en France en vertu d'une décision du 28 décembre 2018 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Elle soutient être la mère de l'enfant Tenzin D A pour laquelle a été présentée une demande de visa de long séjour au titre de la réunification familiale. Par sa requête, Mme A demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours formé contre la décision du 12 janvier 2022 de l'autorité diplomatique française en Inde refusant de délivrer un visa de long séjour à l'enfant Tenzin D A.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Si la requérante soutient qu'aucun élément ne permet de démontrer que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est effectivement réunie dans une formation régulièrement composée pour examiner son recours, la décision litigieuse étant née implicitement du silence gardé par la commission pendant deux mois à compter de l'enregistrement du recours de Mme A, un tel moyen ne peut être utilement invoqué à l'encontre de la décision litigieuse.

3. Il ressort des écritures en défense du ministre de l'intérieur et des outre-mer que la commission est réputée avoir rejeté le recours formé devant elle au motif que l'identité et le lien de filiation de l'enfant Tenzin D A avec Mme C A n'étaient pas établis.

4. Aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : / 1° Par son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile ; / 2° Par son concubin, âgé d'au moins dix-huit ans, avec lequel il avait, avant la date d'introduction de sa demande d'asile, une vie commune suffisamment stable et continue ; / 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. () ". L'article L. 561-5 du même code prévoit que : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. / En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux. "

5. Aux termes de l'article 311-1 du code civil : " La possession d'état s'établit par une réunion suffisante de faits qui révèlent le lien de filiation et de parenté entre une personne et la famille à laquelle elle est dite appartenir. / Les principaux de ces faits sont : / 1° Que cette personne a été traitée par celui ou ceux dont on la dit issue comme leur enfant et qu'elle-même les a traités comme son ou ses parents ; / 2° Que ceux-ci ont, en cette qualité, pourvu à son éducation, à son entretien ou à son installation ; / 3° Que cette personne est reconnue comme leur enfant, dans la société et par la famille ; / 4° Qu'elle est considérée comme telle par l'autorité publique ; / 5° Qu'elle porte le nom de celui ou ceux dont on la dit issue. "

6. Mme A produit à l'appui de ses écritures la traduction d'un livret vert délivré le 8 octobre 2018 par le secrétariat du bureau du Tibet à Paris, administration tibétaine en exil, d'après laquelle l'enfant " Tenzin D " est née le 1er novembre 2011. Ce document ne comporte toutefois aucun renseignement quant à la filiation maternelle de l'enfant. La requérante joint également à sa requête une attestation sur l'honneur, rédigée par le même secrétariat le 21 septembre 2021, indiquant qu'elle est la mère de l'enfant Tenzin D A, née le 1er novembre 2011, vivant en Inde à la date de l'attestation. L'attestation ayant toutefois été rédigée sur la base des déclarations de Mme A, sa production ne permet pas d'établir l'identité et la filiation de l'enfant de façon suffisamment probante. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que Mme A a déclaré lors du dépôt de sa demande d'asile au mois d'octobre 2018 être la mère d'une enfant née le 3 mai 2015. A la question posée au cours de l'entretien à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) au mois de décembre 2018 " votre fille a trois ans et née à Zachukha ", l'intéressée a répondu par l'affirmative. Dans la fiche familiale de référence pour l'OFPRA complétée le 14 janvier 2019, Mme A a toutefois indiqué que sa fille B D A était née le 5 février 2013. Par un courrier du 19 novembre 2019, elle a ensuite informé l'OFPRA avoir indiqué par erreur que sa fille était née le 3 mai 2015 alors que sa véritable date de naissance était le 1er novembre 2011 " conformément au livret vert " établi par l'administration tibétaine en exil. Si la requérante produit plusieurs photographies, quelques extraits de conversations écrites par téléphone et quatre mandats de virement d'argent entre les mois de septembre 2019 et février 2021 à une tierce personne attestant recevoir cet argent pour l'enfant Tenzin D A, ces éléments ne peuvent suffire, compte tenu des déclarations particulièrement inconstantes de l'intéressée s'agissant de la date de naissance de l'enfant Tenzin D A, à établir par possession d'état l'existence d'un lien de filiation entre elles. Par suite, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que la commission a rejeté le recours formé contre la décision refusant la délivrance d'un visa d'entrée en France à l'enfant Tenzin D A.

7. Faute pour la requérante de justifier de l'existence d'un lien de filiation entre elle et l'enfant Tenzin D A, les moyens de la requête tirés de l'atteinte excessive portée par la décision litigieuse à l'intérêt supérieur de l'enfant au sens des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, et de l'atteinte disproportionnée portée au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme A et de l'enfant au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ne peuvent qu'être écartés.

8. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours formé contre la décision de refus de délivrance d'un visa de long séjour à l'enfant Tenzin D A.

Sur les conclusions accessoires :

9. Le présent jugement rejetant les conclusions principales de la requête, il y a lieu de rejeter par voie de conséquence, les conclusions accessoires tendant au prononcé d'une mesure d'injonction sous astreinte vis-à-vis de l'administration ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 13 janvier 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

Mme Roncière, première conseillère,

Mme Chatal, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 février 2023.

La rapporteure,

A. CHATALLa présidente,

H. DOUETLa greffière,

A.-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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