vendredi 10 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2206462 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | LANTHEAUME |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 17 mai 2022 et le 23 décembre 2022, la société El Bay Façades et M. B A, représentés par Me Lantheaume, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler la décision du 15 juin 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours contre la décision de l'autorité consulaire française à Casablanca refusant de délivrer à M. A un visa de long séjour en qualité de travailleur salarié ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à titre principal de délivrer à M. A le visa de long séjour sollicité dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à venir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Les requérants soutiennent que :
- il n'est pas établi que la commission était régulièrement composée lors de la séance à l'occasion de laquelle elle a statué sur le recours de M. A ;
- la décision n'est pas motivée dès lors que les motifs de la décision implicite, née le 15 mai 2022 du silence gardé par la commission sur le recours formé contre la décision consulaire, n'ont pas été communiqués par la commission en dépit d'une demande présentée en ce sens ;
- le motif de la décision tiré de la nature " incomplète et / ou non fiable " des informations communiquées pour justifier de l'objet et des conditions de séjour en France de M. A résulte d'une erreur d'appréciation ;
- il n'existe aucun risque de détournement de l'objet du visa sollicité ;
- le motif tiré de l'inadéquation entre l'emploi proposé et le profil de M. A révèle une erreur d'appréciation commise par l'administration.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 décembre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'arrêté du 4 décembre 2009 relatif aux modalités de fonctionnement de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Chatal, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant marocain né en 1986, demande au tribunal d'annuler la décision du 15 juin 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté son recours contre la décision de l'autorité consulaire française à Casablanca refusant de lui délivrer un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité de travailleur salarié.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 4 décembre 2009 relatif aux modalités de fonctionnement de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France : " La commission instituée à l'article D. 211-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile susvisé siège à Nantes. () / Elle délibère valablement lorsque le président ou son suppléant et deux de ses membres au moins, ou leurs suppléants respectifs, sont réunis. "
3. Il ressort de la feuille de présence à la séance de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 15 juin 2022, produite par le ministre en défense, qu'ont siégé à cette séance le second suppléant du président de la commission, la représentante du ministère de l'Europe et des affaires étrangères, le représentant du ministère de l'intérieur et la représentante du ministère chargé de l'immigration. Par suite, les règles de composition de la commission ayant été respectées, le moyen de la requête tiré de leur méconnaissance ne peut qu'être écarté.
4. Si le silence gardé par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France sur le recours formé par M. A contre la décision consulaire lui refusant la délivrance d'un visa, réceptionné le 15 mars 2022 par la commission, a fait naître deux mois plus tard une décision implicite de rejet susceptible de recours, la décision explicite prise le 15 juin 2022 par la commission s'est automatiquement substituée à cette première décision. Par suite, les moyens de la requête tirés de l'absence de motivation de cette décision implicite et de l'erreur d'appréciation entachant sa légalité doivent être écartés comme inopérants.
5. Il ressort de la lecture de la décision du 15 juin 2022 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France que celle-ci s'est fondée, pour rejeter le recours contre la décision de refus de délivrance d'un visa de long séjour à M. A, sur le motif tiré de l'inadéquation entre le profil de l'intéressé et l'emploi proposé en France, révélant l'existence d'un risque de détournement de l'objet du visa à d'autres fins que l'occupation d'un emploi salarié.
6. Aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour dont la durée de validité ne peut être supérieure à un an. / Ce visa peut autoriser un séjour de plus de trois mois à caractère familial, en qualité de visiteur, d'étudiant, de stagiaire ou au titre d'une activité professionnelle, et plus généralement tout type de séjour d'une durée supérieure à trois mois conférant à son titulaire les droits attachés à une carte de séjour temporaire ou à la carte de séjour pluriannuelle prévue aux articles L. 421-9 à L. 421-11 et L. 421-13 à L. 421-24. ".
7. La circonstance qu'un travailleur étranger dispose d'une autorisation de travail délivrée par le ministre de l'intérieur ne fait pas obstacle à ce que l'autorité compétente refuse de lui délivrer un visa d'entrée en France en se fondant, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, sur tout motif d'intérêt général. Constitue un tel motif l'inadéquation entre l'expérience professionnelle et l'emploi sollicité et, par suite, le détournement de l'objet du visa à des fins migratoires.
8. Par une décision du 26 avril 2021, le ministre de l'intérieur a accordé à l'entreprise El Bay Façades une autorisation de travail en vue du recrutement de M. A en contrat à durée indéterminée à compter du 1er juin 2021 en qualité de façadier. Le requérant produit deux attestations de travail émises le 11 novembre 2021 et le 15 avril 2022, d'après lesquelles il aurait travaillé dans la société Fès Bâtiment SARL-AU, " entre 2017-2018 " en qualité de ravaleur façadier selon la première attestation, et " entre 2015 et 2017 " en qualité de " chef d'équipe ravaleur façadier selon la seconde attestation. M. A produit une troisième attestation, également datée du 15 avril 2022, par laquelle le gérant de la même entreprise, indique l'avoir employé " du 3 février 2015 au 21 décembre 2017 " à des missions de responsable de chantiers sur des façades de maison. Aucune des deux attestations du 15 avril 2022 ne mentionnant d'activité salariée au cours de l'année 2018, à l'inverse de la première attestation établie antérieurement, le ministre est bien fondé à relever l'existence d'une contradiction sur ce point entre les trois documents. Le requérant reconnaît par ailleurs n'être pas en mesure de produire un contrat de travail et des bulletins de paie pour justifier de son activité dans l'entreprise Fès Bâtiment. S'il fait valoir que l'absence de remise par l'entreprise de tels documents correspond à une pratique répandue au Maroc, les trois attestations versées au dossier ne peuvent suffire, eu égard notamment à leur caractère peu précis et circonstancié, à démontrer à elles-seules l'expérience professionnelle de M. A dans le secteur du bâtiment. Le requérant produit par ailleurs des bulletins de salaire et des attestations émises par la Caisse nationale de sécurité sociale marocaine dont il ressort qu'il a exercé comme ouvrier salarié des mois d'avril 2019 à octobre 2021 dans l'entreprise Sotherma basée au Maroc. Cette entreprise commercialisant de l'eau minérale, l'expérience professionnelle de M. A au cours de cette période ne permet pas d'établir une adéquation entre son profil et le poste de façadier dans l'entreprise El Bay Façades. Dans ces conditions, et en dépit des besoins de recrutement dont justifie l'entreprise El Bay Façades, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en confirmant la décision de refus de visa, la commission aurait commis une erreur d'appréciation. Il résulte de l'instruction que le motif tiré de ce que le demandeur de visa ne justifie pas de l'adéquation de ses qualifications et de son expérience professionnelles à l'emploi envisagé en France suffisait, à lui-seul, à fonder la décision de la commission.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision du 15 juin 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours de M A doivent être rejetées.
Sur les conclusions accessoires :
10. Le présent jugement rejetant les conclusions principales de la requête, il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, les conclusions tendant au prononcé d'une mesure d'injonction sous astreinte ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la société El Bay Façades et de M. B A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 13 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
Mme Roncière, première conseillère,
Mme Chatal, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 février 2023.
La rapporteure,
A. CHATALLa présidente,
H. DOUETLa greffière,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026