jeudi 22 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2206472 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | DAZIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 mai 2022, M. A B, représenté par Me Morgane Dazin, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions, opposées par un arrêté du préfet de Maine-et-Loire pris le 13 avril 2022, lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention "salarié" dans un délai d'un mois, et d'assortir cette injonction d'une astreinte d'un montant de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Dazin en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté formalisant le refus de séjour a été signé par une autorité qui n'était pas habilitée à cette fin ;
- le refus de séjour est entaché d'erreur de fait, à tout le moins d'erreur manifeste d'appréciation ;
- l'illégalité du refus de séjour prive de base légale l'obligation de quitter le territoire français ;
- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 janvier 2023, le préfet de Maine-et-Loire demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par M. B.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. B par une décision du 23 mai 2022 de la section administrative du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes.
La clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;
- le code de justice administrative ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Le rapport de M. E a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 25 mai 2023 à partir de 9h20.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B est un ressortissant guinéen qui est né le 7 février 1987. Il est entré en France le 22 juin 2018 au moyen d'un passeport revêtu d'un visa d'entrée et de long séjour valable du 28 mai 2018 au 28 mai 2019. Ce visa lui a été délivré en qualité de conjoint d'une ressortissante française. Ce visa ayant des effets équivalents à ceux attachés à la détention d'une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale", M. B a demandé le renouvellement de son droit au séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française. La demande a été présentée auprès des services de la préfecture de la Gironde et l'intéressé s'est vu alors délivrer, le 29 mai 2019, un récépissé dont la validité a été prolongée jusqu'au 7 mai 2021 avant que le préfet de ce département n'indique à M. B, le 18 mars 2021, soit presque deux ans après le dépôt de sa demande, qu'il n'était pas territorialement compétent pour l'examiner. M. B a alors saisi, le 24 août 2021, le préfet de Maine-et-Loire d'une demande tendant à la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" en qualité de conjoint d'une ressortissante française. Il s'est vu remettre un récépissé dont la durée de validité a été prolongée jusqu'au 24 mai 2022. Cette prolongation s'explique notamment par la circonstance que, lors de l'instruction de la demande, M. B en a modifié le fondement pour solliciter la délivrance d'une carte de séjour temporaire en vue de l'exercice d'une activité professionnelle, l'intéressé étant séparé de son épouse. Par un arrêté du 13 avril 2022, le préfet de Maine-et-Loire a rejeté la demande de M. B tendant à la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement. M. B demande au tribunal l'annulation de cette mesure et de la décision relative au séjour.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () le titre de séjour est délivré par le préfet du département dans lequel l'étranger a sa résidence () ". Selon l'article 43 du décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'Etat dans les régions et départements : " Le préfet de département peut donner délégation de signature () 1° En toutes matières () au secrétaire général () ".
3. L'arrêté du 13 avril 2022 a été signé, non par le préfet de Maine-et-Loire, mais "pour le préfet" par Mme C D en qualité de secrétaire générale de la préfecture de ce département. Cette dernière bénéficiait, par arrêté de ce préfet, pris le 7 septembre 2021 et publié le 9 septembre suivant au recueil des actes administratifs de ce département, d'une délégation à l'effet de signer les décisions relatives au séjour. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'habilitation de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes des deux premiers alinéas de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. ". Selon les trois premiers alinéas de l'article L. 421-3 du même code : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée déterminée () se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "travailleur temporaire" d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. / Elle est délivrée pour une durée identique à celle du contrat de travail (), dans la limite d'un an ".
5. Selon l'article R. 433-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des articles L. 421-2 et L. 421-6, l'étranger qui sollicite la délivrance d'une carte de séjour temporaire () sur un autre fondement que celui au titre duquel lui a été délivré le document de séjour dont il est titulaire présente à l'appui de sa demande les pièces prévues pour la délivrance de la carte de séjour temporaire () correspondant au nouveau motif de séjour invoqué et justifiant qu'il satisfait aux conditions requises pour celles-ci ainsi, le cas échéant, que les pièces particulières requises conformément à la liste fixée par arrêté annexé au présent code. ". Aux termes de l'article R. 431-11 de ce code : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code. ". En vertu de cette annexe, l'autorisation de travail doit être produite à l'appui d'une demande tendant à la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire". En vertu des articles R. 421-1 et R. 421-3 de ce code, la carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou la mention "travailleur temporaire" autorise l'exercice d'une activité professionnelle dans les conditions définies aux articles R. 5221-1 et suivants du code du travail.
6. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 5221-5 du code du travail : " Un étranger autorisé à séjourner en France ne peut exercer une activité professionnelle salariée en France sans avoir obtenu au préalable l'autorisation de travail mentionnée au 2° de l'article L. 5221-2. ". Selon l'article R. 5221-1 de ce code : " I. - Pour exercer une activité professionnelle salariée en France, les personnes suivantes doivent détenir une autorisation de travail lorsqu'elles sont employées conformément aux dispositions du présent code : 1° Etranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse ; () II. - La demande d'autorisation de travail est faite par l'employeur. () Tout nouveau contrat de travail fait l'objet d'une demande d'autorisation de travail ". L'article R. 5221-2 de ce même code dresse la liste des titres de séjour qui permettent l'exercice d'une activité professionnelle sans que son détenteur ait à justifier de l'autorisation de travail prévue à l'article R. 5221-1. La carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" et celle revêtue de la mention "travailleur temporaire" ne sont pas au nombre de ces titres de séjour. L'article R. 5221-3 du même code dispose : " I. - L'étranger qui bénéficie de l'autorisation de travail prévue par l'article R. 5221-1 peut, dans le respect des termes de celle-ci, exercer une activité professionnelle salariée en France lorsqu'il est titulaire de l'un des documents et titres de séjour suivants : 1° La carte de séjour temporaire portant la mention "travailleur temporaire", délivrée en application de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile () 2° La carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention "salarié", délivrée en application de l'article L. 421-1 () ". Selon l'article R. 5221-14 du code : " Peut faire l'objet de la demande prévue au I de l'article R. 5221-1 l'étranger résidant hors du territoire national ou l'étranger résidant en France et titulaire d'un titre de séjour prévu à l'article R. 5221-3. ". L'article R. 5221-17 énonce que " La décision relative à la demande d'autorisation de travail mentionnée au I de l'article R. 5221-1 est prise par le préfet. Elle est notifiée à l'employeur ou au mandataire qui a présenté la demande, ainsi qu'à l'étranger. ".
7. Pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par M. B, le préfet de Maine-et-Loire a relevé que l'intéressé n'avait pas justifié de la délivrance, à la société LDC Sablé, d'une autorisation de travail pour le recruter. Une telle autorisation de travail devant être produite à l'appui d'une demande de titre de séjour en vertu des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et M. B ne justifiant seulement, par les pièces qu'il produit, que de la production, auprès des services de la préfecture de Maine-et-Loire, de la copie de la demande d'autorisation de travail présentée par l'employeur qui souhaitait l'embaucher, il n'est pas fondé à soutenir, ni que la seule production d'un contrat de travail, qu'il soit à durée déterminée ou à durée indéterminée, suffit à lui permettre la délivrance du titre de séjour qu'il a sollicité, ni que le préfet de Maine-et-Loire a commis une erreur d'appréciation en lui opposant le motif précité.
8. En dernier lieu, M. B, grâce à la détention d'un visa d'entrée et de long séjour puis d'une carte de séjour temporaire et enfin de récépissés qui permettent de travailler sans devoir justifier d'une autorisation de travailler délivrée à l'employeur, a pu exercer une activité professionnelle en qualité de manœuvre d'octobre à novembre 2018, d'ouvrier agroalimentaire de décembre 2018 à février 2020 puis comme opérateur de production au sein de la société LDC Sablé, spécialisée dans l'industrie de transformation de volailles, du 5 octobre 2020 au 27 février 2022. Cependant, pour la prolongation de son activité au sein de cette société sous le régime du contrat de travail à durée indéterminée, il ne justifie pas que celle-ci aurait obtenu l'autorisation de travail qui est désormais nécessaire pour permettre l'emploi du requérant compte tenu du titre de séjour qu'il sollicite. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que si M. B peut faire valoir une durée de séjour régulier en France de près de quatre années, il s'est séparé de son épouse au cours de l'année 2018, il n'a pas d'enfant en France, ni aucune autre attache familiale dans cet Etat, alors que sa mère réside en Guinée, pays qu'il n'a lui-même quitté qu'à l'âge de 31 ans. Au regard de l'ensemble de ces éléments, l'obligation de quitter le territoire français opposée au requérant n'emporte pas des conséquences manifestement excessives sur sa situation personnelle prise dans son ensemble.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation des décisions lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français qui lui ont été opposées par le préfet de Maine-et-Loire le 13 avril 2022 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent être également rejetées ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'il présente sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D É C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Morgane Dazin.
Délibéré après l'audience du 25 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
M. David Labouysse, premier conseiller,
Mme Nathalie Caro, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.
Le rapporteur,
D. E
Le président,
L. MARTIN
La greffière,
S. BARBERA
La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026