jeudi 6 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2206480 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP PIGEAU CONTE MURILLO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 mai 2022 à 10h38, et un mémoire, enregistré le 3 mars 2023, M. B F C, représentée par Me Claire Murillo, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions, opposées par un arrêté du préfet de la Sarthe pris le 30 mars 2022, lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant son pays de renvoi en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement et lui interdisant le retour sur le territoire français pendant une durée d'une année ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour afin de se soigner en France, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, à défaut, de prendre une nouvelle décision après un nouvel examen de sa situation, et de lui délivrer, dans l'attente de la décision, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) d'assortir l'une ou l'autre de ces injonctions d'une astreinte d'un montant de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à Me Murillo en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- l'arrêté formalisant le refus de séjour a été signé par une autorité qui n'était pas habilitée à cette fin ;
- la procédure d'édiction de l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) est irrégulière dès lors qu'il n'est pas justifié que le médecin instructeur, auteur du rapport, n'a pas siégé au sein de ce collège ;
- le refus de séjour n'est pas suffisamment motivé ;
- le préfet de la Sarthe s'est estimé lié par l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII ;
- le refus de séjour a été opposé en méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et il appartient au tribunal d'enjoindre à l'OFII de communiquer la fiche pays relative à la République démocratique du Congo qui ne lui a pas été communiquée malgré sa demande ;
- cette décision méconnait l'article L. 435-1 du même code ;
- elle méconnait également les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'illégalité du refus de séjour prive de base légale l'obligation de quitter le territoire français sans délai ;
- le préfet de la Sarthe n'était pas tenu de le priver d'un délai de départ volontaire ;
- l'illégalité du refus de séjour et celle de l'obligation de quitter le territoire français privent de base légale l'interdiction de retour ;
- il justifie de circonstances humanitaires permettant d'écarter le prononcé d'une interdiction de retour.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 janvier 2023, le préfet de la Sarthe demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par M. C.
Il soutient que
- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, soulevé à l'appui des conclusions à fin d'annulation du refus de séjour, est inopérant ;
- les autres moyens soulevés ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.
L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. F C par une décision du 13 juillet 2022 de la section du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes en charge des affaires portées devant le tribunal administratif.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;
- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 8 juin 2023 à partir de 9h20.
Considérant ce qui suit :
1. M. B F C est un ressortissant de la République démocratique du Congo qui est né le 20 juillet 1978. Il est entré en France le 6 novembre 2018 pour y solliciter l'asile mais sa demande a été rejetée le 30 janvier 2019 par le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides et la Cour nationale du droit d'asile a rejeté le recours formé contre cette décision le 27 juin 2019. Sa demande tendant au réexamen de sa situation au titre de l'asile a été rejetée par ces deux mêmes autorités respectivement le 1er février et le 16 mars 2022. Le 5 août 2019, M. F C s'est vu opposer une obligation de quitter le territoire français à la suite du rejet de sa première demande d'asile. Le 11 septembre 2020 il a sollicité auprès des services de la préfecture de la Sarthe la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" en invoquant des raisons de santé. Par un arrêté du 30 mars 2022, le préfet de la Sarthe a rejeté cette demande, l'a obligé à quitter le territoire français, l'a privé d'un délai de départ volontaire pour exécuter cette mesure d'éloignement, a fixé son pays de renvoi en cas d'exécution d'office de cette mesure et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'une année. M. F C demande l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation du refus de séjour :
2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. (). / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".
3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () le titre de séjour est délivré par le préfet du département dans lequel l'étranger a sa résidence () ". Selon l'article 43 du décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'Etat dans les régions et départements : " Le préfet de département peut donner délégation de signature () 1° En toutes matières () au secrétaire général () ".
4. L'arrêté du 30 mars 2022 a été signé, non par le préfet de la Sarthe, mais "pour le préfet" par M. A E en qualité de secrétaire général de la préfecture de ce département. Le requérant soutient que "faute de justifier de la régularité de la délégation de signature, la décision litigieuse sera annulée en raison de l'incompétence de son auteur". En défense, le préfet de la Sarthe produit la copie de l'arrêté du 7 mars 2022 par lequel il a, sur le fondement des dispositions précitées de l'article 43 du décret du 29 avril 2004, donné délégation à M. E pour signer les décisions relatives au séjour. M. F C ne précise pas quelle serait l'irrégularité dont serait entaché cet arrêté. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'habilitation du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il résulte des dispositions de l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'avis devant être émis par le collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) en application des dispositions précitées de l'article L. 425-9 de ce code doit être établi au vu notamment d'un rapport médical établi par un médecin instructeur de cet établissement, lequel ne doit pas siéger au sein du collège.
6. Le collège ayant émis, le 19 mai 2021, l'avis au regard duquel le préfet de la Sarthe s'est prononcé sur la demande de titre de séjour présentée par M. F C était composé de trois médecins. Cet avis a été rendu au vu du rapport établi par un autre médecin de l'OFII. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la composition du collège de médecins l'ayant délivré aurait été irrégulière.
7. En troisième lieu, en vertu des dispositions combinées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, qui constitue une mesure de police, doit être motivée, c'est à dire qu'elle doit comporter l'énoncé, non pas de l'ensemble des éléments soumis à l'examen de l'autorité ayant pris cette décision, mais uniquement des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.
8. Il ressort de la lecture de l'arrêté du préfet de la Sarthe du 30 mars 2022 qu'il vise les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précisant les conditions de délivrance d'une carte de séjour temporaire pour raisons de santé et qu'il indique celle de ces conditions, dont l'autorité préfectorale a estimé qu'elle n'était pas satisfaite en l'espèce. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation du refus de séjour doit être écarté.
9. En quatrième lieu, la motivation de l'arrêté du préfet de la Sarthe du 30 mars 2022 se présente de la manière suivante : "le collège des médecins de l'OFII a estimé dans son avis du 19 mai 2021 que si l'état de santé de M. F C nécessite une prise en charge médicale et que le défaut de prise en charge pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut néanmoins bénéficier de soins dans son pays d'origine, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire et qu'il peut voyager sans risque ; après un examen approfondi de la situation, aucun élément du dossier, ni aucune circonstance particulière ne justifie de s'écarter de cet avis". Au regard de cette motivation, le préfet de la Sarthe ne peut être regardé comme s'étant estimé lié par le sens de l'avis émis le 19 mai 2021 par le collège des médecins de l'OFII. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il aurait méconnu l'étendue de la compétence qu'il tient des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.
10. En cinquième lieu, pour déterminer si un ressortissant étranger peut bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire d'un traitement médical approprié, au sens de ces mêmes dispositions, il convient de seulement s'assurer, eu égard à la pathologie de l'intéressé, de l'existence d'un traitement approprié et de sa disponibilité dans des conditions permettant d'y avoir accès. Ainsi qu'il vient d'être dit, le préfet de la Sarthe, pour opposer le motif tiré de ce que M. F C peut bénéficier de soins dans son pays d'origine, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, s'est notamment appuyé sur l'avis du collège de médecins de l'OFII du 19 mai 2021. Pour émettre cet avis, le collège de médecins s'est fondé en particulier, ainsi que cela résulte des dispositions des articles R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 3 de l'arrêté du 5 janvier 2017 visé ci-dessus, sur un rapport médical d'un médecin instructeur de l'OFII établi à partir d'un certificat médical délivré par un médecin ayant suivi l'intéressé. Il s'est fondé également sur des informations relatives aux possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine, mises à la disposition des médecins faisant partie du collège grâce à des outils d'aide à l'émission des avis et des références documentaires publiés au Journal Officiel de la République française, en annexe à l'arrêté du 5 janvier 2017. Cette annexe, également intitulée "bibliothèque d'information santé sur les pays d'origine", recense, le cas échéant avec leur adresse, les sites internet institutionnels et associatifs, français, étrangers et internationaux comportant des informations sur l'accès aux soins dans les pays d'origine des demandeurs de titres de séjour pour raison médicale, ainsi que ceux relatifs aux pathologies les plus fréquemment rencontrées. Reprise sous la rubrique "ressources documentaires internationales de santé" en accès libre sur le site internet de l'OFII, cette annexe doit être regardée comme ayant fait l'objet d'une diffusion publique.
11. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir de former sa conviction sur les points en litige au vu des éléments versés au dossier par les parties. S'il peut écarter des allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées, il ne saurait exiger de l'auteur du recours que ce dernier apporte la preuve des faits qu'il avance. Le cas échéant, il revient au juge, avant de se prononcer sur une requête assortie d'allégations sérieuses non démenties par les éléments produits par l'administration en défense, de mettre en œuvre ses pouvoirs généraux d'instruction des requêtes et de prendre toutes mesures propres à lui procurer, par les voies de droit, les éléments de nature à lui permettre de former sa conviction, en particulier en exigeant de l'administration compétente la production de tout document susceptible de permettre de vérifier les allégations du demandeur.
12. M. F C demande au tribunal de mettre en œuvre ses pouvoirs généraux d'instruction afin d'obtenir de l'OFII la communication de la "fiche pays" relative à la République démocratique du Congo, qu'il considère comme ayant été consultée par les médecins composant le collège de l'OFII dans le cadre de l'instruction de l'avis qu'ils ont été émis sur son état de santé. Il résulte de ce qui a été dit au point 11 que le juge n'est tenu de mettre en œuvre de tels pouvoirs que lorsque la requête est assortie d'allégations sérieuses. M. F C avance qu'il est soigné pour des troubles psychiatriques, une pathologie pulmonaire et une hépatite B. Cependant, il ne justifie que de la prise en charge pour traiter ses troubles psychiatriques par la prescription de trois médicaments, soit un somnifère, un neuroleptique et un antidépresseur. Toutefois, ses allégations concernant l'inexistence ou l'indisponibilité de ce traitement en République démocratique du Congo n'est pas étayée par la moindre pièce, en particulier par l'une de celles qui est en accès libre sur le site internet de l'OFII ou par un certificat médical émanant du praticien qui le suit. Le requérant, qui est suivi par un psychiatre, n'étaye par ailleurs pas son allégation quant à l'impossibilité de bénéficier d'un tel suivi en République démocratique du Congo en se référant simplement à un rapport d'une organisation non gouvernementale du 28 février 2022 évoquant la présence de moins de 60 neuropsychiatres dans ce pays et d'un service dédié à la santé mentale dans 3% des établissements hospitaliers de ce même pays, le préfet de la Sarthe faisant au demeurant valoir qu'un tel service est situé à Kinshasa, ville où est né le requérant. Les allégations de M. F C concernant l'inexistence ou l'indisponibilité de la prise en charge dont il fait l'objet pour soigner ses troubles psychiatriques n'étant pas sérieusement étayées, il n'y a pas lieu, en tout état de cause, de mettre en œuvre les pouvoirs d'instruction dont il demande au tribunal d'user. Pour le même motif, et alors que le requérant ne peut utilement faire valoir le coût des médicaments composant sa prise en charge au titre de l'appréciation de l'existence et de la disponibilité de ces médicaments, le moyen tiré de ce que le motif opposé par le préfet de la Sarthe serait entaché d'erreur d'appréciation et que cette autorité aurait ainsi méconnu l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
13. En sixième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé.
14. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. F C aurait expressément saisi le préfet de la Sarthe d'une demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives à l'admission au séjour pour des motifs exceptionnels ou des considérations humanitaires. Il ne ressort par ailleurs pas de la motivation de l'arrêté en litige que le préfet de la Sarthe aurait apprécié s'il y avait lieu de mettre en œuvre ces dispositions. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces mêmes dispositions ne peut être utilement invoqué pour contester la légalité du refus de séjour.
15. En septième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que, dans sa demande de titre de séjour, M. F C aurait invoqué, outre l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le bénéfice de dispositions relatives à la délivrance de titres de séjour pour motif familial ou bien, en cas de rejet de sa demande, l'existence d'une atteinte à sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le refus de séjour opposé à F C par le préfet de la Sarthe porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé et méconnaitrait ainsi l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut être utilement invoqué pour contester la légalité de cette décision.
16. En huitième lieu, une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour n'ayant ni pour objet, ni pour effet d'imposer à une personne de nationalité étrangère de se rendre dans un pays déterminé, le requérant ne peut utilement se prévaloir, à l'appui de la contestation de la légalité de cette décision, des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, lesquelles font obstacle à ce qu'une telle personne soit contrainte d'aller dans un pays dans lequel elle serait soumise à la torture, ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants.
Sur les conclusions à fin d'annulation des autres décisions :
17. En premier lieu, l'ensemble des moyens critiquant la légalité du refus de séjour opposé au requérant ayant été écartés aux points 2 à 16, celui-ci n'est pas fondé à invoquer l'illégalité de cette décision pour obtenir l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français sans délai.
18. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Selon l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". L'article L. 612-3 de ce code dispose : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".
19. Le requérant indique : "Pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire, le préfet de la Sarthe soutient que sa précédente obligation de quitter le territoire français n'a pas été exécutée. Toutefois, le refus d'accorder un délai de départ volontaire reste une faculté et non une obligation", avant d'exposer le moyen auquel il a été répondu au point 17. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas de la motivation de l'arrêté, qui cite les dispositions précitées de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le préfet de la Sarthe aurait interprété ces dispositions comme lui imposant de priver
M. F C d'un délai de départ volontaire par suite de l'absence d'exécution de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre le 5 août 2019.
20. En dernier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. ".
21. L'ensemble des moyens critiquant la légalité du refus de séjour opposé au requérant ayant été précédemment écartés, celui-ci n'est, en tout état de cause, pas fondé à invoquer l'illégalité de cette décision pour obtenir l'annulation de l'interdiction de retour. De même, l'unique moyen soulevé à l'appui des conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français étant écarté, M. F C n'est pas davantage fondé à invoquer l'illégalité de cette décision pour obtenir l'annulation de l'interdiction de retour. Enfin, compte tenu de ce qui a été dit au point 12 concernant l'état de santé du requérant, qu'il invoque au soutien de l'existence de circonstances humanitaires au sens des dispositions citées au point 20, le préfet de la Sarthe n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de la faculté dont il dispose en vertu de ces mêmes dispositions de ne pas édicter une interdiction de retour.
22. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. F C tendant à l'annulation des décisions qui lui ont été opposées par le préfet de la Sarthe le 30 mars 2022 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent être également rejetées ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'il présente sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D É C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. F C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B F C, au préfet de la Sarthe et à Me Claire Murillo.
Délibéré après l'audience du 8 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
M. David Labouysse, premier conseiller,
Mme Nathalie Caro, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2023.
Le rapporteur,
D. D
Le président,
L. MARTIN
La greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
V. MALINGRE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026