vendredi 10 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2206490 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | TAELMAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 17 mai 2022 et le 15 décembre 2022, M. A B et Mme D C, représentés par Me Taelman, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 31 mars 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision de l'autorité diplomatique française au Bangladesh refusant de délivrer à Mme C un visa de long séjour en qualité de bénéficiaire de la procédure de regroupement familial ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, en cas d'annulation de la décision pour un motif de fond, de faire délivrer le visa de long séjour sollicité dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, en cas d'annulation de la décision pour un motif de forme, de faire réexaminer la demande de visa dans un délai de trente jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- il n'est pas établi que la commission s'est réunie dans le respect des règles de composition et de quorum ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 47 du code civil dès lors que les actes d'état civil produits ne sont entachés d'aucune fraude et d'aucune irrégularité ;
- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 décembre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté du 4 décembre 2009 relatif aux modalités de fonctionnement de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 janvier 2023 :
- le rapport de Mme Chatal, rapporteure,
- et les observations de Me Le Floch, substituant Me Taelman, représentant les requérants.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant bangladais né en 1971, a obtenu une autorisation de regroupement familial du préfet de Seine-Saint-Denis au mois d'août 2018 afin de faire venir en France Mme C, présentée comme son épouse. Par leur requête, M. B et Mme C demandent au tribunal d'annuler la décision du 31 mars 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision de l'autorité diplomatique française au Bangladesh refusant de délivrer à Mme C un visa de long séjour en qualité de bénéficiaire du regroupement familial.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 4 décembre 2009 relatif aux modalités de fonctionnement de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France : " La commission instituée à l'article D. 211-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile susvisé siège à Nantes. () / Elle délibère valablement lorsque le président ou son suppléant et deux de ses membres au moins, ou leurs suppléants respectifs, sont réunis. "
3. Il ressort de la feuille de présence à la séance de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 31 mars 2022 produite en défense qu'ont participé à cette séance le second suppléant du président de la commission, la seconde suppléante de la représentante du ministère de l'Europe et des affaires étrangères, la seconde suppléante du représentant du ministère de l'intérieur, le second suppléant du représentant de la juridiction administrative et le second suppléant de la représentante du ministère chargé de l'immigration. La feuille de présence cite par ailleurs la date des décrets de nomination de chacune des personnalités en qualité de membres de la commission. Par suite, les règles de composition de la commission et de quorum ayant été respectées, le moyen de la requête tiré de leur méconnaissance ne peut qu'être écarté.
4. Il ressort de la lecture de la décision du 31 mars 2022 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France que celle-ci a rejeté le recours en contestation de la décision refusant à Mme C la délivrance d'un visa de long séjour en s'appuyant sur les articles L. 311-1, L. 434-1 et L. 434-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif que son identité et son lien familial avec M. B ne pouvaient être tenus pour établis dès lors que son certificat de naissance avait été enregistré postérieurement à son mariage et que sa naissance avait été enregistrée à deux reprises en 2008 et en 2017, en contradiction avec le Births and Deaths Registration Act de 2004. Les considérations de droit et de fait de la décision étant énoncées de façon suffisamment précise, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de celle-ci ne peut qu'être écarté.
5. Aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; () ". L'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la vérification des actes d'état civil étrangers doit être effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil qui dispose : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française. ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.
6. Lorsque la venue d'une personne en France a été autorisée au titre du regroupement familial, l'autorité consulaire n'est en droit de rejeter la demande de visa dont elle est saisie à cette fin que pour un motif d'ordre public. Figure au nombre de ces motifs l'absence de lien conjugal ou de lien de filiation entre le demandeur de visa et le membre de famille que celui-ci entend rejoindre.
7. Les requérants produisent un certificat de naissance en anglais délivré le 27 avril 2017 par l'office d'enregistrement des naissances et décès de la République du Bangladesh d'après lequel la naissance de Mme D C le 1er janvier 1981 à Sunamganj a été enregistrée le même jour, 27 avril 2017, sous le numéro 19819195004509268. Le ministre soutient que les autorités consulaires françaises de Dacca ont diligenté des investigations locales révélant l'absence d'authenticité des documents d'état civil de Mme C. Il joint à son mémoire une pièce intitulée " vérification avocat " comprenant un tableau dans lequel figurent des commentaires en anglais sur l'authenticité de plusieurs documents. S'agissant d'un extrait du registre des naissances, daté du 27 octobre 2020, comprenant la mention de la naissance de Mme C le 1er janvier 1981 à Sunamganj, le rapport relève que la naissance a été enregistrée à la fois le 3 juin 2008 sous le numéro 19819014776011115 et le 27 avril 2017 sous le numéro 19819195004509268, et expose que le double enregistrement d'une naissance est contraire au Births and Deaths Registration Act de 2004 modifié en 2013. Bien que le ministre ne produise qu'un extrait de ce rapport dont la lecture ne permet pas d'en connaître l'auteur, la date et les conditions de l'enquête menée, il verse également au dossier un certificat de naissance délivré le 12 octobre 2015 d'après lequel la naissance de Mme C le 1er janvier 1981 Sunamganj a en effet été enregistrée le 3 juin 2008 sous le numéro 19819014776011115.
8. Le ministre produit également une copie du Births and Deaths Registration Act adopté le 7 décembre 2004 par le parlement bangladais dont le point 5 du chapitre 2, dédié à l'enregistrement, prévoit qu'à l'occasion de la présentation des informations concernant les naissances et décès faite en application de la loi, le déclarant devra s'engager à ne présenter que de vraies informations et certifier que la naissance ou le décès n'ont pas déjà été enregistrés ailleurs. Les requérants soutiennent que la coexistence des deux certificats de naissance s'explique par l'instauration progressive d'un état civil au Bangladesh, que le premier certificat établi en 2008 était provisoire et qu'à la création en 2013 d'un site internet gouvernemental regroupant l'ensemble des actes de naissance déclarés, un nouveau certificat a été émis, portant un nouveau numéro d'enregistrement. La pratique consistant à délivrer deux numéros d'enregistrement successifs ne ressort toutefois d'aucune disposition de droit local et n'est pas davantage mentionnée dans l'article joint aux écritures des requérants, traduit en français et issu d'un journal bangladais, qui détaille les différentes phases du recensement de la population bangladaise et de la création d'un registre d'état civil. Par suite, la commission était bien fondée à retenir que la coexistence de deux certificats de naissance délivrés en 2015 et en 2017 à Mme C est de nature à priver ces documents de leur caractère probant.
9. Les requérants produisent également un passeport bangladais délivré en 2016, revêtu du nom et de la date de naissance de Mme D C et portant le numéro d'identification 19819014776011115 figurant également sur le certificat de naissance de Mme C du 12 octobre 2015. Mme C disposant de deux numéros d'identification différents, la production de ce passeport ne peut suffire à établir l'identité de Mme C. Les photographies jointes à la requête et les copies des différents passeports de M. B montrant des aller-retours entre la France et le Bangladesh ne sont pas davantage de nature à établir que la demanderesse de visa est bien la dénommée D C, épouse de M. B.
10. Il résulte des points qui précèdent que le moyen de la requête tiré de l'erreur d'appréciation et de la méconnaissance de l'article 47 du code civil doit être écarté.
11. Faute pour les requérants d'établir l'identité de la demanderesse de visa, le moyen de la requête tiré de l'atteinte disproportionnée portée par la décision litigieuse à leur droit au respect de leur vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit également être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision du 31 mars 2022 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France.
Sur les conclusions accessoires :
13. Le présent jugement rejetant les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision de la commission, il y a lieu de rejeter également par voie de conséquence les conclusions tendant au prononcé d'une mesure d'injonction sous astreinte ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B et de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, Mme D C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 13 janvier 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
Mme Roncière, première conseillère,
Mme Chatal, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 février 2023.
La rapporteure,
A. CHATALLa présidente,
H. DOUETLa greffière,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026