vendredi 10 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2206548 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | LEQUIEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 mai 2022, M. H L B et Mme D F épouse B, agissant tant en leur nom personnel qu'en qualité de représentants légaux de leur enfant mineur J, ainsi que Mmes A et Mariama Ciré B, représentés par Me Lequien, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours préalable formé contre la décision en date du 31 août 2021 de l'autorité consulaire française à Conakry (Guinée) rejetant les demandes de visas d'entrée et de long séjour présentées pour Mme D F, Mme A B, Mme G K B et la jeune J au titre du regroupement familial ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer les visas sollicités dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision consulaire est entachée d'un défaut de motivation dès lors qu'elle méconnait les dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'ils produisent des jugements supplétifs et les actes de naissance ;
- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 10 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Un mémoire présenté pour les requérants a été enregistré le 11 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme I a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant guinéen, né le 15 mai 1975, a obtenu une autorisation de regroupement familial, le 21 septembre 2020, du préfet du Nord afin d'être rejoint en France par Mme D F, son épouse alléguée, et A, Mariama Ciré et la jeune J B, ses filles alléguées. Par une décision du 31 août 2021, l'autorité consulaire française à Conakry (Guinée) a toutefois refusé de délivrer les visas de long séjour au titre du regroupement familial. Par la présente procédure, les requérants demandent au tribunal d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours contre cette décision, reçu par la commission le 24 janvier 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 434-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le regroupement familial est sollicité pour l'ensemble des personnes désignées aux articles L. 434-2 à L. 434-4. Un regroupement partiel peut toutefois être autorisé pour des motifs tenant à l'intérêt des enfants. ". L'article L. 434-2 du même code précise : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial :1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. ".
3. En cas de décision implicite et en l'absence de communication, sur demande du destinataire, des motifs de cette décision, ainsi qu'en l'absence de mémoire en défense de l'administration exposant devant le tribunal les motifs de cette décision, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, dont la décision se substitue à celle des autorités consulaires, doit être regardée comme s'étant approprié le motif retenu par ces autorités soit, en l'espèce, le motif relatif au fait que les documents d'état civil présentés par les demandeurs ne sont pas authentiques.
4. Aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.
5. Il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le jugement produit aurait un caractère frauduleux.
En ce qui concerne Mme D F, Mme G B et la jeune J :
6. D'une part, il ressort des pièces du dossier qu'à l'appui de sa demande de visa, Mme D F a produit, pour justifier de son identité, la copie certifiée conforme par un officier d'état civil d'une " transcription d'un jugement supplétif tenant lieu d'acte de naissance " N°35 du 21 janvier 2019, dressé en transcription du jugement supplétif d'acte de naissance, versé également à l'appui de la demande de visa, rendu le 21 janvier 2019 par le juge de paix statuant en matière civile du tribunal de Boffa (République de Guinée), selon lequel celle-ci est née le 5 mars 1978 à Mamya Boffa de l'union de M. H F et de Mme C F.
7. D'autre part, pour justifier du lien de filiation de Mme G K B et de la jeune J, les deux enfants du couple, ont été produits pour chacune des enfants, les jugements supplétifs tenant lieu d'acte de naissance portant les N° 16795 et N° 16793 rendus le 12 décembre 2018 par le tribunal de première instance de Conakry III-Mafanco, ainsi que les " extraits du registre de transcription des naissances " portant les N° 10264 et N° 10263 du 26 décembre 2018, dressés en transcription des jugements supplétifs précédemment mentionnés, selon lesquels celles-ci sont nées respectivement le 7 novembre 2002 et le 2 mars 2018 à Conakry de l'union de M. H L B et de Mme D F. Les mentions des documents ainsi produits sont concordantes avec les indications données par M. B sur la composition de sa famille dans le formulaire concernant sa situation matrimoniale et familiale lors de la demande de regroupement familial à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII).
8. L'absence d'observations en défense ne permet pas, en particulier, de connaître quelles dispositions du droit local guinéen auraient pu être méconnues ou quels éléments ont été retenus par l'administration pour conclure à l'inauthenticité des documents d'état civil. Par ailleurs, aucun des éléments versés au dossier ne permet d'établir que les actes d'état civil, dont la reconstitution tardive ne saurait par elle-même révéler le caractère frauduleux, auraient été dressés en méconnaissance de la législation guinéenne en matière d'état civil ou qu'ils seraient apocryphes. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation.
En ce qui concerne Mme A B :
9. Aux termes de l'article L. 411-2 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le regroupement familial peut également être sollicité pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et ceux de son conjoint dont, au jour de la demande, la filiation n'est établie qu'à l'égard du demandeur ou de son conjoint ou dont l'autre parent est décédé ou déchu de ses droits parentaux. ". Aux termes de l'article L. 411-3 du même code : " Le regroupement familial peut être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et ceux de son conjoint, qui sont confiés, selon le cas, à l'un ou l'autre, au titre de l'exercice de l'autorité parentale, en vertu d'une décision d'une juridiction étrangère. Une copie de cette décision devra être produite ainsi que l'autorisation de l'autre parent de laisser le mineur venir en France. ".
10. Pour justifier de l'identité de Mme A B et de son lien de filiation avec M. B, a été produit le jugement supplétif tenant lieu d'acte de naissance portant le N° 16792 rendu le 12 décembre 2018 par le tribunal de première instance de Conakry III-Mafanco, ainsi que l'" extrait du registre de transcription des naissances " portant le N° 10260 du 26 décembre 2018, dressé en transcription du jugement supplétif précédemment mentionné, selon lequel celle-ci est née le 10 mai 2002 à Conakry de l'union de M. H L B et de Mme D E. Bien que M. B n'ait pas mentionné que Mme A B était née d'une mère différente, les autres mentions de ces documents ainsi produits sont concordantes avec les indications données par M. B sur la composition de sa famille dans le formulaire concernant sa situation familiale lors de la demande de regroupement familial à l'OFII.
11. L'absence d'observations en défense ne permet pas, en particulier, de connaître quelles dispositions du droit local guinéen auraient pu être méconnues ou quels éléments ont été retenus par l'administration pour conclure à l'inauthenticité des documents d'état civil. Par ailleurs, aucun des éléments versés au dossier ne permet d'établir que les actes d'état civil, dont la reconstitution tardive ne saurait par elle-même révéler le caractère frauduleux, auraient été dressés en méconnaissance de la législation guinéenne en matière d'état civil ou qu'ils seraient apocryphes. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation.
12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que les requérants sont fondés à demander l'annulation de la décision contestée.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
13. Le présent jugement implique nécessairement que les visas sollicités soient délivrés. Il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer ces visas dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B d'une somme globale de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a confirmé la décision de l'autorité consulaire française à Conakry en date du 31 août 2021 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de délivrer les visas sollicités, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. H L B, Mme D F épouse B, Mme A B, Mme G K B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 13 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
M. Rosier, premier conseiller,
Mme Roncière, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 février 2023.
La rapporteure,
M.-A. RONCIERE
La présidente,
H. DOUET
Le greffier,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026