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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2206553

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2206553

mardi 21 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2206553
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantRODRIGUES DEVESAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 mai 2022, M. F B, représenté par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 mars 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, laquelle obligation fixe le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour, ou à titre subsidiaire de réexaminer sa demande, dans les quinze jours de la notification de la décision à rendre et sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la décision de refus de séjour méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 de ce code ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :

-cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;

- elle est illégale pour les mêmes moyens que ceux qui sont soulevés à l'encontre de la décision de refus de titre ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- cette décision méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par une ordonnance du 2 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 juin 2021.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. F B, ressortissant guinéen né le 1er février 1982, est, selon ses déclarations, entré en France en février 2017, sans justifier d'une entrée régulière. Il a déposé une demande d'asile, qui a été rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 15 juin 2018. Par un arrêté du 11 mars 2019, M. B a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour, qui a été refusé par un arrêté du 28 mars 2022 du préfet de la Loire-Atlantique, portant également obligation de quitter le territoire français. M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme E D, directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture de la Loire-Atlantique, à laquelle le préfet a, par un arrêté du 31 août 2021 régulièrement publié le lendemain, consenti une délégation à l'effet de signer, notamment, les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'indication des raisons de droit et de fait pour lesquelles son auteur a refusé de faire droit à la demande de délivrance d'un titre de séjour présenté par la requérante. Il en résulte que la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour est régulièrement motivée. Cette décision est, par suite, régulièrement motivée. Conformément aux dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la motivation de l'obligation de quitter le territoire français n'appelait, en conséquence, aucune motivation distincte. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B a fait l'objet d'une mesure portant obligation de quitter le territoire français le 11 mars 2019, qu'il n'a pas exécutée. Il a vécu jusqu'à l'âge de 35 ans en Guinée, où résident son épouse et son enfant. Par ailleurs, si le requérant indique effecteur des travaux d'aide à domicile, son insertion socio-professionnelle était particulièrement précaire à la date de l'arrêté attaqué. Dès lors, compte tenu de la durée comme des conditions du séjour de l'intéressé en France, il ne justifie pas disposer de liens personnels en France anciens, intenses et stables tels que le refus d'autoriser son séjour porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des motifs du refus. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que les dispositions de l'article L. 423-23 lui ouvriraient droit à la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " et feraient obstacle à ce qu'il soit fait obligation de quitter le territoire français. Pour les mêmes raisons, les décisions attaquées portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ne méconnaissent pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ". Ces dispositions, qui ne prévoient ni ne prescrivent la délivrance d'un titre de plein droit, ni que l'étranger justifiant de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels est en droit de se voir délivrer un titre de séjour, laisse à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels dont l'intéressé se prévaut.

7. Au soutien du moyen tiré d'une méconnaissance de ces dispositions relatives à l'admission exceptionnelle au séjour, le requérant fait état d'un acte de bravoure le 18 mars 2022. Toutefois, compte tenu des conditions de séjour en France de M. B dont l'insertion socio-professionnelle en France est récente et relativement précaire, telles que précédemment rappelées, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant que l'admission au séjour de ce dernier ne répond pas à des considérations humanitaires ni ne se justifie au regard de motifs exceptionnels qu'il ferait valoir.

8. En cinquième lieu, compte tenu de ce qui a été dit quant à la légalité du refus de séjour, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de ce refus.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,: " () / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays que s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

10. M. B soutient qu'il craint pour sa vie et sa sécurité en Guinée en raison de son engagement politique. Toutefois, alors que sa demande d'asile a été rejetée par le Cour nationale du droit d'asile le 15 juin 2018, il n'apporte aucun élément probant permettant d'établir qu'il encourrait, en cas de retour dans son pays, des risques actuels pour sa vie ou sa liberté ou qu'il y serait exposé à des traitements inhumains ou dégradants. Dans ces conditions, le préfet n'a pas méconnu les stipulations et dispositions précitées en fixant le pays de destination.

11. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles qu'il présente au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F B, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Rodrigues Devesas.

Délibéré après l'audience du 7 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. A de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2023.

La rapporteure,

S. CLe président,

A. A DE BALEINE

La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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