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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2206576

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2206576

vendredi 10 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2206576
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantCHASSIN COURNOT-VERNAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 mai 2022, Mme D C et M. E A, représentés par Me Chassin, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté leur recours préalable formé contre les décisions en date du 22 novembre 2021 de l'autorité consulaire française à Washington (Etats-Unis d'Amérique) rejetant leurs demandes de visas d'entrée et de long séjour en qualité d'entrepreneur ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal, de délivrer les visas sollicités dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire, de procéder au réexamen des demandes de visas dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision consulaire et la décision de la commission de recours sont entachées d'un défaut de motivation ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'ils disposent d'un projet économiquement viable et concret.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 décembre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C et M. A ne sont pas fondés.

Un mémoire présenté pour les requérants a été enregistré le 11 janvier 2023 et non communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante américaine, née le 11 mars 1957, et M. A, ressortissant américain, né le 8 février 1957, ont sollicité la délivrance de visas de long séjour en qualité d'entrepreneurs auprès des autorités consulaires françaises à Washington (Etats-Unis d'Amérique), lesquelles ont refusé le 22 novembre 2022 de faire droit à leur demande. Par une décision implicite du 20 mars 2022, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé par Mme C et M. A contre la décision des autorités consulaires. Les requérants demandent au tribunal d'annuler la décision de la commission de recours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : () 2° Sous réserve des conventions internationales, et de l'article 6, paragraphe 1, point c, du code frontières Schengen, du justificatif d'hébergement prévu à l'article L. 313-1, s'il est requis, et des autres documents prévus par décret en Conseil d'Etat relatifs à l'objet et aux conditions de son séjour et à ses moyens d'existence, à la prise en charge par un opérateur d'assurance agréé des dépenses médicales et hospitalières, y compris d'aide sociale, résultant de soins qu'il pourrait engager en France, ainsi qu'aux garanties de son rapatriement ; 3° Des documents nécessaires à l'exercice d'une activité professionnelle s'il se propose d'en exercer une. ". Aux termes de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " la carte de séjour temporaire autorisant l'exercice d'une activité professionnelle est délivrée : () 2° A l'étranger qui vient exercer une profession commerciale, industrielle ou artisanale, à condition notamment qu'il justifie d'une activité économiquement viable et compatible avec la sécurité, la salubrité et la tranquillité publiques et qu'il respecte les obligations imposées aux nationaux pour l'exercice de la profession envisagée. Elle porte la mention de la profession que le titulaire entend exercer. Un décret en Conseil d'Etat fixe les conditions d'application du présent 2° ".

3. Il résulte de ces dispositions que la délivrance d'un visa de long séjour portant la mention " entrepreneur / profession libérale " à l'étranger qui souhaite venir exercer en France une profession commerciale, industrielle ou artisanale est subordonnée, notamment, à la viabilité économique de l'activité envisagée et à la justification qu'il peut dégager de cette activité des revenus suffisants. Lorsque l'étranger est lui-même le créateur de l'activité qu'il vient exercer, il lui appartient de présenter à l'appui de sa demande les justificatifs permettant d'évaluer la viabilité économique de son activité ou entreprise, que celle-ci soit encore au stade de projet ou déjà créée.

4. Il ressort des termes du mémoire en défense que, pour rejeter les demandes de visas litigieuses, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée sur l'insuffisance des justifications produites par les intéressés pour établir la consistance réelle et les perspectives d'avenir de leur projet commercial en France.

5. M. A et Mme C produisent à l'appui de leur demande de visas des rapports administratif et financier pour les services fiscaux américains pour les années 2014 à 2020 de leur entreprise de conseil en conversion de terres à l'agriculture biologique aux Etats-Unis. Toutefois, si les requérants qui soutiennent avoir créé cette entreprise dès août 2001, souhaitent poursuivre cette activité en France et se prévalent de leur expérience dans ce domaine aux Etats-Unis, la seule production d'un " plan d'affaires pour le transfert de l'entreprise en SARL en France " ainsi qu'une " estimation des charges sociales et fiscales sur rémunération pour leur entreprise " établie le 13 novembre 2021 par un cabinet en conseil et patrimoine français, ne suffit pas à établir que cette activité serait économiquement viable en France. En défense, le ministre relève qu'ils ne produisent ni engagement de cautionnement, ni de bail commercial, ni de document permettant d'attester de leurs démarches administratives de transfert de leur entreprise en France. Les requérants ne précisent pas le type de structure qu'ils souhaitent créer et ne fournissent qu'un bail portant sur un local à usage d'habitation ainsi que de nombreuses attestations de proche sur leur intérêt pour la France. Par suite, en estimant que la réalité du projet commercial n'était pas établie et en refusant, pour ce motif, les visas de long séjour demandés, la commission de recours n'a pas entaché sa décision d'erreur d'appréciation.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A et Mme C doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige doivent également être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C et M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, M. E A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 13 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

M. Rosier, premier conseiller,

Mme Roncière, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 février 2023.

La rapporteure,

M.-A. RONCIERE

La présidente,

H. DOUET

Le greffier,

A.-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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