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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2206659

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2206659

vendredi 10 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2206659
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème chambre
Avocat requérantSELARL R & P AVOCATS - OLIVIER RENARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 mai 2022, M. B A, agissant en son nom et en qualité de représentant légal de l'enfant Kadidiatou A, représenté par Me Renard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 mai 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision de l'autorité consulaire française à Bamako (Mali) refusant de délivrer à l'enfant Kadidiatou A un visa de long séjour en qualité de bénéficiaire de la procédure de regroupement familial ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal, de faire délivrer le visa sollicité dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de la demande de visa, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation concernant les documents d'état civil et les éléments de possession d'état visant à établir l'identité et la filiation de la demandeuse de visa ;

- il pourvoit à l'éducation et à l'entretien de l'enfant ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 décembre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Un mémoire produit pour M. A a été enregistré le 13 janvier 2023 et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les observations de Me Lejosne, substituant Me Renard, représentant M. A, en présence de celui-ci.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant malien, a déposé une demande de regroupement familial en faveur de sa fille alléguée, Kadidiatou A, née le 15 juillet 2008, auprès du préfet d'Ille-et-Vilaine, qui a répondu favorablement à cette demande par une décision du 7 octobre 2021. La demande de visa de long séjour déposée pour l'enfant en qualité de bénéficiaire de la procédure de regroupement familial a été rejetée par une décision de l'autorité consulaire française à Bamako du 30 décembre 2021. Le recours formé contre ce refus consulaire devant la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a été rejeté par une décision du 4 mai 2022, dont le requérant demande au tribunal l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Lorsque la venue d'une personne en France a été autorisée au titre du regroupement familial, l'autorité diplomatique ou consulaire n'est en droit de rejeter la demande de visa dont elle est saisie à cette fin que pour un motif d'ordre public. Figure au nombre de ces motifs le défaut de caractère probant des documents et actes d'état civil destinés à établir l'identité du demandeur de visa et le lien familial avec la personne ayant sollicité le bénéfice du regroupement familial.

3. L'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. Il résulte des dispositions de cet article que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

4. La décision attaquée est fondée sur les motifs tirés, d'une part, de ce que l'acte de naissance de l'enfant ne mentionne pas de date d'enregistrement de naissance, en méconnaissance de l'article 43 du code civil malien, ce qui lui ôte tout caractère probant et ne permet pas d'établir l'identité et le lien de filiation de l'enfant avec M. A, et, d'autre part, de l'absence d'élément permettant d'établir que M. A contribue effectivement à l'entretien et l'éducation de l'enfant.

5. En premier lieu, pour établir l'identité de la demandeuse de visa et son lien de filiation avec M. A, ont été produits à l'appui de la demande une copie de l'acte de naissance n° 496/RG/10 et la page principale du passeport de l'intéressée. Il résulte de la demande de levée d'acte adressée par l'autorité consulaire française à l'officier d'état civil du centre principal de la commune IV du district de Bamako que cet acte de naissance correspond à la demandeuse de visa. Ce document fait notamment état de la naissance de l'enfant le 15 juillet 2008 et de son lien de filiation avec M. B A, né le 3 avril 1989. La circonstance que la copie littérale d'acte de naissance transmise en réponse à la demande de levée d'acte ait été établie par le centre secondaire de Darsalam, alors que l'acte a initialement été établi au centre secondaire de Djiconori Para, ne permet pas d'ôter à cet acte sa valeur probante, faute pour l'administration de démontrer en quoi cette pratique serait incompatible avec le droit local et l'organisation de l'état civil au Mali. Par ailleurs, la circonstance que la copie intégrale ne mentionne pas la date de déclaration de la naissance, en méconnaissance de l'article 43 du code civil malien, ne suffit pas, à elle seule, à lui ôter toute valeur probante. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que le premier motif de la décision attaquée est entaché d'une erreur d'appréciation.

6. En second lieu, le motif tiré de ce que M. A n'apporte aucun élément permettant d'établir sa contribution à l'entretien et l'éducation de l'enfant ou qu'il lui apporterait un soutien affectif n'est pas au nombre des motifs d'ordre public susceptibles de justifier légalement le refus de délivrer un visa sollicité en qualité de bénéficiaire de la procédure de regroupement familial. Il n'appartient qu'au préfet, lorsqu'il se prononce sur une demande de regroupement familial, d'apprécier les considérations tenant à la contribution effective à l'entretien et à l'éducation de l'enfant.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

8. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Kadidiatou A le visa de long séjour sollicité, dans un délai de deux mois à compter de sa notification. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 4 mai 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Kadidiatou A le visa de long séjour sollicité, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 20 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Guilloteau, conseiller,

Mme Louazel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 février 2023.

Le rapporteur,

T. CLa présidente,

S. RIMEU

La greffière,

S. JEGO La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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