vendredi 10 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2206669 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 10ème chambre |
| Avocat requérant | REGENT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 mai 2022, M. D K A et M I A, agissant en leur nom et en qualité de représentants légaux des enfants F A et J A, M H A, agissant en son nom et en qualité de représentante légale des enfants E C A et D L A, et M. D B A, représentés par Me Régent, doivent être regardés comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 19 janvier 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre les décisions de l'autorité consulaire française en Guinée et en Sierra Léone du 5 août 2021 refusant de délivrer à M I A, M H A, M. D B A et aux enfants F A, J A, E C A et D L A des visas de long séjour au titre de la réunification familiale ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal, de faire délivrer les visas sollicités dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen des demandes de visa, dans le même délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à leur conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation, et la commission n'a pas répondu à la demande de communication des motifs dans le délai d'un mois ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de la situation de M H A et de ses enfants ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation concernant l'authenticité et la valeur probante des documents fournis pour établir l'identité des demandeurs et leur lien de filiation avec le réunifiant, ainsi que concernant les éléments de possession d'état ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de leur situation.
La requête a été transmise le 31 mai 2022 au ministre de l'intérieur, qui n'a pas produit d'observation en défense.
M. D K A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. G,
- et les observations de Me Régent, représentant les requérants, en présence de M. D K A.
Considérant ce qui suit :
1. M. D K A, ressortissant guinéen né le 25 juillet 1978, s'est vu reconnaître en France la qualité de réfugié par une décision de la cour nationale du droit d'asile du 14 mars 2019. Des demandes de visa de long séjour au titre de la réunification familiale ont été déposées pour sa conjointe alléguée, M I A, née le 11 juin 1979, leurs quatre enfants allégués, H, D B, F et J A, respectivement nés les 5 décembre 2001, 18 octobre 2003, 10 avril 2006 et 1er septembre 2009, et les deux enfants allégués N M H A, E C et D L A, respectivement nés les 25 mai 2017 et 7 août 2019. Ces demandes ont été rejetées par des décisions de l'autorité consulaire française en Guinée et en Sierra Leone du 5 août 2021. Le recours formé contre ces refus consulaires devant la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a été rejeté par une décision implicite née le 20 novembre 2021, à laquelle s'est substituée une décision expresse du 19 janvier 2022, dont les requérants doivent être regardés comme demandant au tribunal l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. La décision attaquée est fondée sur les motifs tirés de ce que les actes de naissance produits pour M I A et pour les enfants D B A, F A et J A ont été transcrits suivant des jugements supplétifs rendus le 3 décembre 2019 comportant des incohérences textuelles et qui ne sont pas conformes aux dispositions des articles 184 et 204 du code civil guinéen, et de la production par M I A d'un acte de mariage dressé le 25 juin 2016 avec un époux différent, lors d'une précédente demande de visa de court séjour formée en 2016, ôtant tout caractère authentique aux actes produits, l'identité des demandeurs de visa et leur lien familial allégué avec M. D K A n'étant par conséquent pas établis.
3. Aux termes des dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : / 1° Par son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile ; / () 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. / () L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite ". Aux termes des dispositions de l'article L. 561-5 de ce code : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. / En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux ".
4. Il résulte de ces dispositions que lorsque la venue d'une personne en France a été sollicitée au titre de la réunification des membres de la famille d'un réfugié statutaire, l'autorité diplomatique ou consulaire n'est en droit de rejeter la demande de visa dont elle est saisie à cette fin que pour un motif d'ordre public. Figure au nombre de ces motifs l'absence de caractère probant des actes d'état civil produits pour justifier de l'identité et, le cas échéant, du lien familial de l'intéressé avec la personne réfugiée.
5. L'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. Il résulte des dispositions de cet article que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.
6. Par ailleurs, il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le jugement produit aurait un caractère frauduleux.
En ce qui concerne M I A :
7. Pour établir l'identité de la demandeuse, les requérants produisent un jugement supplétif d'acte de naissance rendu par le tribunal de première instance de Dixinn le 3 décembre 2019, ainsi que l'acte de naissance établi suivant transcription de ce jugement. Si la commission a indiqué que ce jugement comportait des incohérences textuelles, elle n'en précise pas la teneur. Il n'est, par ailleurs, pas démontré que les dispositions des articles 184 et 204 du code civil guinéen, au demeurant non citées, relatives aux mentions devant figurer dans les actes de naissance, seraient applicables aux actes établis suivant transcription d'un jugement supplétif. Dans ces conditions, l'identité de M I A est établie par ce jugement, en l'absence de démonstration de son caractère frauduleux.
8. Les requérants produisent également un certificat de mariage tenant lieu d'acte d'état civil délivré par l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 19 novembre 2019, faisant état de l'union de M. D K A et de M I A le 2 janvier 2000. Si la commission indique que M A aurait produit un acte de mariage mentionnant un époux différent lors d'une précédente demande de visa de court séjour déposée en 2016, ledit acte de mariage n'a pas été produit dans le cadre du présent litige. Dans ces conditions, en l'absence de mise en œuvre de la procédure d'inscription de faux ou de preuve du caractère frauduleux de l'acte délivré par l'OFPRA, ce document établit le lien matrimonial entre les intéressés.
9. Il résulte de ce qui précède que les requérants sont fondés à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation concernant M I A.
En ce qui concerne Mamadou B A, F A et Fatoumata Binta A :
10. Les requérants produisent, pour chacun des demandeurs, un jugement supplétif d'acte de naissance rendu par le tribunal de première instance de Dixinn le 3 décembre 2019, faisant état de leur lien de filiation avec M. D K A et M I A. Compte-tenu de ce qui a été dit au point 7 du présent jugement, ces jugements sont de nature à établir l'identité et le lien de filiation des demandeurs avec le réunifiant. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que la commission a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en ce qui concerne ces trois demandeurs.
En ce qui concerne les autres demandeurs de visa :
11. Aucun motif n'a été opposé aux intéressés par la commission pour justifier le rejet du recours en ce qui les concerne, alors qu'il ressort des pièces du dossier que des demandes de visa ont bien été déposées pour chacun d'entre eux, et qu'ils ont été mentionnés dans le recours formé devant la commission. Dans ces conditions, dès lors au demeurant que leurs identités et liens de filiation sont établis par les pièces du dossier, les requérants sont fondés à demander l'annulation de la décision attaquée, qui est dépourvue de tout motif.
12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que les requérants sont fondés à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
13. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à M I A, M H A, M. D B A, F A, Fatoumata Binta A, Thierno C A et Mamadou Mounssif A les visas de long séjour sollicités, dans un délai de deux mois à compter de sa notification. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
14. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Régent d'une somme de 1 200 euros, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 19 janvier 2022 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à M I A, M H A, M. D B A, F A, Fatoumata Binta A, Thierno C A et Mamadou Mounssif A les visas de long séjour sollicités, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Régent une somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D K A, à M I A, à M H A, à M. D B A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Régent.
Délibéré après l'audience du 20 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M Rimeu, présidente,
M. Guilloteau, conseiller,
M Louazel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 février 2023.
Le rapporteur,
T. G
La présidente,
S. RIMEU
La greffière,
S. JEGO
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026