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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2206895

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2206895

mardi 21 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2206895
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantPOLLONO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 25 mai 2022 et le 3 février 2023, Mme C D, représentée par Me Pollono, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 mars 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours, laquelle fixe le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 800 euros à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-648 du 10 juillet 1991 sous réserve pour cette dernière de se désister du bénéfice de l'aide juridictionnelle en cas d'admission et directement à son profit en cas de refus.

Elle soutient que :

- la décision de refus de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale en conséquence ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux ;

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 janvier 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendue au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les observations de Me Nève, substituant Me Pollono, avocate de la requérante, en présence de celle-ci.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante nigériane née en 1996, déclare être entrée irrégulièrement en France le 23 août 2016. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 30 juin 2017, puis par la Cour nationale du droit d'asile le 20 décembre 2017. Sa demande de réexamen de sa demande d'asile a été définitivement rejetée le 29 avril 2020. Se déclarant victime de faits de traite d'êtres humains, et ayant porté plainte pour des faits de proxénétisme aggravé le 23 janvier 2018, Mme D a bénéficié d'un titre de séjour délivré sur le fondement des articles L. 425-1 et L. 425-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, valable jusqu'au 10 août 2021. Par l'arrêté attaqué du 21 mars 2022, le préfet de la Loire-Atlantique lui a refusé le renouvellement de ce titre de séjour et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours, laquelle fixe le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai.

2. L'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait constituant le fondement de la décision refusant d'admettre la requérante au séjour en France, les éléments évoqués par Mme D dans sa requête relevant du bien-fondé de la décision attaquée et non de sa motivation formelle. Il en résulte que cette décision est régulièrement motivée.

3. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

4. La requérante soutient en premier lieu que le refus de séjour qui lui est opposé méconnaît son droit à la dignité, dès lors qu'elle est une victime potentielle de proxénétisme aggravé. Toutefois, à supposer que le respect de la dignité humaine relève des stipulations et dispositions précitées, qui sont celles citées par la requérante, il est constant que la plainte déposée le 23 janvier 2018 par Mme D a été classée sans suite et que la demande de constitution de partie civile de l'intéressée a été déclarée irrecevable par un jugement du tribunal correctionnel de Nantes du 16 décembre 2019, de sorte que dans ces conditions, sans autres éléments versés à l'instance que ce dépôt de plainte, cet avis de classement sans suite et ce jugement, Mme D ne démontre pas qu'elle a été victime de traite d'êtres humains. Dans sa décision du 20 décembre 2017, la cour nationale du droit d'asile a d'ailleurs souligné l'absence d'information concrète sur la personne présentée comme ayant mis Mme D en relation avec le réseau de traite l'ayant selon elle exploitée, sur ce réseau ni sur son quotidien au sein de celui-ci. Si la requérante fait valoir qu'elle est une victime " potentielle " de proxénétisme aggravé, son dépôt de plainte lui a permis de bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 425-1 et L. 425-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais ne saurait lui ouvrir droit, dès lors que la plainte a été classée sans suite, à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 de ce code, ou faire obstacle, par principe, à ce qu'un refus de séjour lui soit opposé, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, si l'intéressée a donné naissance à un enfant le 13 juin 2020 à Nantes, le père de l'enfant est un ressortissant nigérian se trouvant en situation irrégulière en France et faisant également l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. S'agissant de l'intégration socio-professionnelle de la requérante, celle-ci se limite à une inscription à la mission locale qui l'a seulement orientée vers des chantiers d'insertion, ainsi qu'une inscription à Pôle emploi. Dans ces conditions, Mme D ne dispose pas de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus et n'établit pas que celui-ci méconnaîtrait son droit à une vie privée et familiale normale.

5. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences des décisions attaquées sur la situation personnelle de la requérante.

6. Compte tenu de ce qui précède, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité du refus de séjour.

7. Compte tenu de ce qui a été dit au point 4, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français méconnaîtrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. La circonstance que le préfet n'est pas tenu d'assortir un refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français n'est pas de nature à établir que cette décision serait entachée d'une erreur d'appréciation, pas davantage que les éléments de la situation de la requérante évoqués au point 4.

9. Compte tenu de ce qui précède, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français.

10. La décision fixant le pays de destination comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. En particulier, après avoir visé notamment les articles L. 612-1 et L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle fait état de ce que Mme D fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français et qu'elle est de nationalité nigériane. Ces énonciations suffisent à motiver cette décision et le visa de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales comme le motif s'y rapportant que comporte également l'arrêté attaqué sont surabondants. Par suite, cette décision est régulièrement motivée.

11. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " Cet article 3 stipule : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

12. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la situation de Mme D a été examinée. Le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit être écarté.

13. D'autre part, et alors que sa demande d'asile a été rejetée, il ne ressort pas des pièces du dossier que la vie ou la liberté de Mme D seraient menacées au Nigeria. Il n'en ressort pas davantage qu'elle risquerait d'être effectivement et personnellement soumise à la torture ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants dans ce pays, notamment qu'elle serait susceptible d'être intégrée sous la contrainte à un réseau de prostitution, compte tenu de ce qui a été au point 4. Il en résulte que le moyen tiré de la méconnaissance des articles 3 et L. 721-4 précités doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par suite, il ne saurait être fait droit aux conclusions à fin d'injonction qu'elle présente.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme à ce titre.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Pollono.

Délibéré après l'audience du 7 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. A de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2023.

La rapporteure,

C. BLe président,

A. A DE BALEINE

La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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