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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2206920

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2206920

jeudi 5 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2206920
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 semaines - 5ème chambre
Avocat requérantGOUACHE

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 30 mai 2022 sous le n° 2206920, M. G H A C, représenté par Me Gouache, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 mai 2022 par lequel le préfet de la Vendée lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait obligation de se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie de Challans ;

2°) subsidiairement, de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le préfet lui a fait obligation de quitter le territoire français ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Vendée, à titre principal, de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur les conclusions principales à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la compétence de sa signataire n'est pas établie ;

- le préfet a méconnu son droit d'être entendu et n'a procédé à aucun examen approfondi de sa situation personnelle ; la situation médicale de son épouse et le fait qu'elle soit enceinte n'ont pas été pris en compte ;

- le préfet a méconnu son droit à se maintenir sur le territoire français, tel qu'il résulte des articles L. 541-1 et L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- dès lors que sa demande d'asile a été examinée en procédure normale et non en procédure accélérée, il a le droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile se soit prononcée sur son recours ;

En ce qui concerne la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire supérieur à trente jours :

- la compétence de sa signataire n'est pas établie ;

- l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français entraine, par voie de conséquence, celle de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire supérieur à trente jours ;

- en ne tenant pas compte du fait que son épouse est enceinte, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la compétence de sa signataire n'est pas établie ;

- l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français entraine, par voie de conséquence, celle de la décision fixant le pays de renvoi ;

- le préfet a méconnu l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision l'obligeant à se présenter à la gendarmerie de Challans :

- la compétence de sa signataire n'est pas établie ;

- l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français entraine, par voie de conséquence, celle de la décision l'obligeant à se présenter aux services de gendarmerie ;

Sur les conclusions subsidiaires à fin de suspension :

- son entretien à l'Ofpra s'est déroulé dans des conditions déplorables ;

- ses craintes de persécution du fait de son mariage inter-caste et de sa confession musulmane sont sérieuses.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2022, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Par décision du 22 juin 2022, M. A C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

II. Par une requête enregistrée le 30 mai 2022 sous le n° 2206921, Mme B I G D, représentée par Me Gouache, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 mai 2022 par lequel le préfet de la Vendée lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait obligation de se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie de Challans ;

2°) subsidiairement, de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le préfet lui a fait obligation de quitter le territoire français ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Vendée, à titre principal, de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur les conclusions principales à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la compétence de sa signataire n'est pas établie ;

- le préfet a méconnu son droit d'être entendue et n'a procédé à aucun examen approfondi de sa situation personnelle ; sa situation médicale et le fait qu'elle soit enceinte n'ont pas été pris en compte ;

- le préfet a méconnu son droit au maintien sur le territoire français, tel qu'il résulte des articles L. 541-1 et L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- dès lors que sa demande d'asile a été examinée en procédure normale et non en procédure accélérée, elle a le droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile se soit prononcée sur son recours ;

En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire supérieur à trente jours :

- la compétence de sa signataire n'est pas établie ;

- l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français entraine, par voie de conséquence, celle de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire supérieur à trente jours ;

- en ne tenant pas compte de sa grossesse de plus de sept mois et de son besoin de bénéficier d'un suivi médical, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la compétence de sa signataire n'est pas établie ;

- l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français entraine, par voie de conséquence, celle de la décision fixant le pays de renvoi ;

- le préfet a méconnu l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision l'obligeant à se présenter à la gendarmerie de Challans :

- la compétence de sa signataire n'est pas établie ;

- l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français entraine, par voie de conséquence, celle de la décision l'obligeant à se présenter aux services de gendarmerie ;

Sur les conclusions subsidiaires à fin de suspension :

- son entretien à l'Ofpra s'est déroulé dans des conditions déplorables ;

- ses craintes de persécution du fait de sa soustraction à un mariage forcé et de sa confession musulmane sont sérieuses.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2022, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Par décision du 11 juillet 2022, Mme G D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Martin, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 décembre 2022 :

- les rapports de M. E,

- les observations de Me Beaumont, substituant Me Gouache, avocat de M. A C et de Mme G D, en présence de M. A C, assisté de Mme F, interprète. Me Beaumont reprend les moyens exposés dans ses écritures et précise qu'elle renonce aux conclusions, présentées à titre subsidiaire, tendant à la suspension de l'exécution des obligations de quitter le territoire français, dès lors que la Cour nationale d'asile a rejeté les recours des intéressés par une décision du 8 décembre 2022.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré, enregistrée le 19 décembre 2022, a été présentée par M. A C et Mme G D.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C et Mme G D, ressortissants indiens nés respectivement le 19 septembre 1994 et le 11 décembre 2002, sont entrés irrégulièrement en France le 15 octobre 2021. Ils ont déposé, le 5 novembre 2021, des demandes d'asile auprès de la préfecture de police. Leurs demandes ont été rejetées par des décisions du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 10 janvier 2022. Le préfet de la Vendée, sans attendre que la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) se soit prononcée sur les recours dont les intéressés l'avaient saisie, a, par deux arrêtés du 9 mai 2022 pris sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, fait obligation à M. A C et Mme G D de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et désigné l'Inde comme pays de destination. M. A C, par la requête n° 2206920, et Mme G D, par la requête n° 2206921, demandent chacun l'annulation de l'arrêté le ou la concernant.

2. Les requêtes susvisées, enregistrées sous les nos 2206920 et 2206921, présentées par M. A C et Mme G D, se rapportent à la situation d'un couple et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il convient de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". Le second alinéa de l'article L. 542-1 du même code dispose que : " Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : / () d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 () ". En vertu de l'article L. 531-24 dudit code, l'OFPRA statue en procédure accélérée lorsque le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr.

4. Il résulte de ces dispositions combinées qu'un ressortissant étranger issu d'un pays sûr, dont la demande d'asile a été rejetée selon la procédure accélérée, ne bénéficie pas du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à ce que la CNDA ait statué sur son recours.

5. En l'espèce, si l'Inde figure au nombre des pays considérés comme d'origine sûr, il ressort des pièces du dossier, notamment des attestations de demande d'asile délivrées aux requérants par le préfet de police et des comptes rendus de leurs entretiens avec un officier de protection de l'OFPRA, et n'est pas contesté que les rejets par l'OFPRA des demandes d'asile des intéressés ont été prononcés en procédure normale. Dès lors, le préfet ne pouvait se fonder sur le d) du 1° de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour considérer qu'il pouvait obliger M. A C et Mme G D à quitter le territoire français alors que leurs recours devant la CNDA étaient encore pendants. En procédant ainsi, le préfet de la Vendée a méconnu le droit des intéressés à se maintenir sur le territoire français tel que reconnu par les dispositions de l'article L. 542-1 dudit code.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A C et Mme G D sont fondés à demander l'annulation des arrêtés attaqués en toutes leurs dispositions.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Le motif de l'annulation prononcée par le présent jugement implique, en principe, que le préfet délivre une attestation de demande d'asile à M. A C et Mme G D jusqu'à ce que la CNDA ait statué sur les recours des intéressés. Toutefois, la CNDA ayant, par décision du 8 décembre 2022 dont les intéressés ont reçu notification, rejeté leurs demandes d'asile, il n'y a pas lieu de prononcer une telle injonction. Les conclusions présentées par les intéressés à ce titre ainsi qu'au titre de l'astreinte ne peuvent qu'être rejetées comme étant devenues sans objet.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Gouache d'une somme globale de 1 200 euros, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E

Article 1er : Les arrêtes attaqués du 9 mai 2022 du préfet de la Vendée sont annulés.

Article 2 : L'Etat versera à Me Gouache une somme de 1 200 (mille deux cents) euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle

Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. G H A C, Mme B I G D, au préfet de la Vendée et à Me Gouache.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 janvier 2023.

Le magistrat désigné,

L. E La greffière,

V. MALINGRE La République mande et ordonne au préfet de la Vendée

en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

V. Malingre

NOS 2206920-2206921

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