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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2206925

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2206925

mardi 4 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2206925
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLIETAVOVA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 mai 2022, M. A E, représenté par Me Lietavova, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 janvier 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour dans un délai de 15 jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jours de retard, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 15 jours et de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai de deux mois, à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle est entachée d'un défaut de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant au caractère réel et sérieux de ses études ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 janvier 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- il y a lieu de procéder à une substitution de base légale de sa décision en substituant aux dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile les stipulations de l'article 9 de la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République gabonaise relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Paris le 2 décembre 1992 ;

- aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. D a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 avril 2022.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République gabonaise relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Paris le 2 décembre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B de Baleine, président-rapporteur,

- les observations de Me Lietavova, avocate de M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. A E, ressortissant gabonais né le 17 mai 1998, est entré en France le 15 octobre 2018, sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour " étudiant " valable du 11 octobre 2018 au 11 octobre 2019. Il a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique le renouvellement de ce titre de séjour. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 14 janvier 2022 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré. M. D demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. Par un arrêté du 31 août 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Loire-Atlantique le 1er septembre 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a donné délégation à Mme C, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Loire-Atlantique et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer un arrêté d'une telle nature, en toutes les décisions qu'il comporte. Il en résulte que le moyen tiré de l'incompétence de cette signataire ne peut qu'être écarté.

3. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an. ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour présentée en qualité d'étudiant, d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies.

4. Aux termes des stipulations de l'article 1er de la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République gabonaise relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Paris le 2 décembre 1992 : " () les ressortissants gabonais désireux de se rendre sur le territoire français doivent être en possession d'un passeport en cours de validité revêtu du visa de court ou de long séjour requis par la législation de l'Etat d'accueil () ". L'article 4 de ce traité stipule : " Pour un séjour de plus de trois mois, () les ressortissants gabonais à l'entrée sur le territoire français doivent être munis, outre des pièces mentionnées à l'article 1er ci-dessus et notamment du visa de long séjour (). " En vertu de l'article 9 de cette convention : " Les ressortissants de chacune des Parties contractantes désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. / Ces dispositions ne font pas obstacle à la possibilité d'effectuer dans l'autre État d'autres types d'études ou de stages de formation dans les conditions prévues par la législation applicable. ". L'article 12 de cette convention stipule : " Les dispositions de la présente convention ne font pas obstacle à l'application des législations respectives des deux Parties contractantes sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par la convention. ".

5. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

6. Il résulte des stipulations précitées de l'article 12 de la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 que l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas applicable aux ressortissants gabonais désireux de poursuivre des études supérieures en France, dont la situation est régie par l'article 9 de cet accord. Par suite, la décision attaquée ne pouvait pas être prise sur le fondement de ces dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. La décision contestée de refus de délivrance d'un titre de séjour " étudiant " trouve, toutefois, son fondement légal dans les stipulations de l'article 9 de la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 qui peuvent être substituées aux dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, visées par la décision en litige, dès lors, en premier lieu, que ces stipulations et ces dispositions légales sont équivalentes au regard des garanties qu'elles prévoient et, en second lieu, que le requérant a été en mesure de produire ses observations sur ce point. Il y a dès lors lieu de procéder à cette substitution de base légale, que demande le préfet.

8. Pour refuser de délivrer ce titre de séjour à M. D, le préfet de la Loire-Atlantique a considéré que l'intéressé ne démontrait pas le sérieux et la cohérence de son parcours. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, entré en France en 2018 sous couvert d'un visa de long séjour en qualité d'étudiant, était inscrit, pour l'année universitaire 2018-2019, en " brevet de technicien supérieur " (BTS) dans la discipline " management des unités commerciales " au sein de l'établissement d'enseignement supérieur ADONIS à Montpellier. Il a été ajourné, avec une moyenne de 9,21 sur 20 et avec 61 demi-journées d'absence non justifiées. Au titre de l'année 2019-2020, il s'est inscrit dans une formation à distance " DCG diplôme de comptabilité et de gestion - option coaching ", mais n'a pas effectué cette formation. Au titre de l'année 2020-2021, il s'est inscrit en première année de licence " LLCER Espagnol " à l'université de Nantes et a également été ajourné avec une moyenne de 9,10 sur 20. Enfin, au titre de l'année 2021-2022, le requérant s'est inscrit en BTS MCO dans la discipline " manager commercial opérationnel " à l'école de management IFAG à Nantes. Si M. D soutient que ses résultats ont été impactés par ses problèmes familiaux, il ne justifie pas, en tout état de cause, d'une progression suffisante dans ses études, n'ayant obtenu aucun diplôme ni validé aucune des années d'études suivies. La circonstance que le demandeur aurait signé un contrat d'apprentissage avec un magasin du secteur de la grande distribution pour une durée de deux ans ne permet pas d'établir que le préfet de la Loire-Atlantique aurait, en déduisant de cette absence de progression et de ces réorientations, le défaut de caractère réel et sérieux des études poursuivies, commis une erreur d'appréciation.

9. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique aurait entaché sa décision refusant au requérant la délivrance d'un titre de séjour d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle du requérant.

10. L'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour opposé à M. D n'est pas établie. Celui-ci n'est donc pas fondé à se prévaloir d'une telle illégalité à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Il n'est pas davantage fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination serait illégale en raison de l'illégalité de cette obligation ou de ce refus.

11. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Il ne peut, en conséquence, être fait droit aux conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme à ce titre.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Lietavova.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. B de Baleine, président,

M. Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.

Le président-rapporteur,

A. B DE BALEINE

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

S. THOMAS

La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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