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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2206928

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2206928

mardi 4 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2206928
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLE FLOCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 30 mai 2022, le 21 février 2022 et le 17 mars 2023, M. A C, représenté par Me Le Floch, demande au tribunal :

1°) de l'admette au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 25 mars 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 10 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il ne peut s'assurer que le collège de médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a été saisi pour avis ni qu'il était régulièrement composé ;

- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur de droit à l'égard de ces dispositions dès lors qu'il ne peut avoir accès à son traitement dans son pays d'origine ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation à l'égard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle méconnaît l'article L. 611-3, 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation à l'égard de ces dispositions ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle méconnaît les articles L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le préfet de la Loire-Atlantique a produit des pièces, enregistrées le 18 janvier 2023.

M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B de Baleine, président,

- les observations de Me Le Floch, avocate de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant sierra-léonais né en 1998 est entré sur le territoire français en 2018, selon ses déclarations. La demande d'asile qu'il avait présentée a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 5 octobre 2020 et une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 13 janvier 2021. Se prévalant de son état de santé, il a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté du 25 mars 2022 dont M. C demande l'annulation, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté cette demande et assorti ce rejet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, laquelle obligation fixe le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré. M. C ayant été admis en cours d'instance au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, sa demande d'aide juridictionnelle provisoire est sans objet.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. (). La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée (). ".

3. Il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance du titre de séjour qu'elles prévoient, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'étranger, et en particulier d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'étranger, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptées, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si cet étranger peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

4. Le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dont l'avis est requis préalablement à la décision du préfet relative à la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 425-9, doit émettre son avis au vu notamment du rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.

5. Pour refuser la délivrance du titre de séjour demandé, le préfet de la Loire-Atlantique a fait sien l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 9 septembre 2021 selon lequel l'état de santé de M. C nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.

6. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du rapport médical du 23 juin 2021, que l'état de santé du requérant se caractérise par une gastrite chronique et des douleurs abdominales épigastriques chroniques. Au vu de l'avis du 9 septembre 2021, le défaut de prise en charge médicale de cet état pourrait entraîner pour l'intéressé des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Il en ressort également que cette prise en charge se caractérise, à l'époque de l'arrêté attaqué et après que l'intéressé a bénéficié de consultations spécialisées en 2019 et 2020, d'une hospitalisation en chirurgie digestive, d'interventions chirurgicales en janvier et juillet 2019, d'une rectosigmoïdoscopie en décembre 2019, d'une fibroscopie œsogastroduodénale en novembre 2019 et d'une cœlioscopie exploratrice en août 2020, par un traitement pharmaceutique associant un antispasmodique dont le principe actif est la trimébutine, un adsorbant intestinal composé de charbon activé et de siméticone, ainsi qu'un antisécrétoire gastrique inhibiteur de la pompe à protons et antiulcéreux dont le principe actif est l'ésoméprazole. Si les documents, en langue anglaise, que présentent le préfet de la Loire-Atlantique établissent qu'il existe au Sierra-Léone une prise en charge des maladies gastro-intestinales, il n'en ressort toutefois pas que seraient disponibles dans ce pays des médicaments comportant les mêmes principes actifs que ceux figurant dans le traitement prescrit en France ou des médicaments équivalents substituables, alors qu'il n'est pas contesté que le traitement approprié, permettant de prévenir pour l'intéressé des conséquences d'une exceptionnelle gravité, est celui prescrit en France. Dès lors, faute qu'il ressorte du dossier qu'un traitement approprié de l'état de santé de M. C serait disponible au Sierra Leone, il est fondé à soutenir que le refus de lui délivrer la carte de séjour temporaire prévue à l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile procède d'une inexacte application de ce texte.

7. Il résulte de ce qui précède que M. C est fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Cette annulation implique que le préfet de la Loire-Atlantique délivre à l'intéressé la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an prévue à l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai qu'il y a lieu de fixer à deux mois à compter de la notification du présent jugement, en le munissant, dès cette notification, d'une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Le Floch de la somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du préfet de la Loire-Atlantique du 25 mars 2022 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer à M. C la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an prévue à l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans les deux mois à compter de la notification du présent jugement et en munissant M. C, dès cette notification, d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : L'Etat versera à Me Le Floch la somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Le Floch.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. B de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.

Le président-rapporteur,

A. B DE BALEINE

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

S. THOMAS

La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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