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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2206963

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2206963

mercredi 23 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2206963
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 31 mai 2022, le président du Tribunal administratif de Paris a transmis la requête de M. A B, en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Par une requête, enregistrée le 25 mai 2022, M. B, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 mai 2022 par laquelle le préfet de police de Paris a fixé l'Algérie comme pays à destination duquel il doit être éloigné.

2°) de communiquer l'entier dossier contenant les pièces sur la base desquelles cette décision a été prise ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L.'761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que la décision attaquée :

- n'est pas suffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation familiale et méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juin 2022, le préfet de police de Paris, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Jégard a été entendu au cours de l'audience publique du 2 octobre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien né en 1953, déclare être entré en France en 1973. Par un arrêt du 17 avril 1992, la cour d'appel de Douai l'a condamné à quinze années d'emprisonnement et a prononcé à son endroit une peine d'interdiction définitive du territoire français. Il s'est toutefois maintenu sur le territoire et a fait l'objet d'une interpellation le

15 janvier 2020, à la suite de laquelle le préfet de police de Paris a fixé l'Algérie comme pays à destination duquel il devait être éloigné en cas d'exécution d'office de cette peine. Le recours de M. B contre cette décision a été rejeté par un jugement n° 2000973 du 29 janvier 2020 du tribunal administratif de Paris. Après une nouvelle interpellation et un placement en garde à vue, le préfet de police de Paris a, par une décision du 25 mai 2022, de nouveau fixé l'Algérie comme pays d'éloignement. Par sa requête, M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions tendant à la production, par le préfet, de l'entier dossier de M. B :

2. Aux termes de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise ".

3. L'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparait donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce et eu égard aux pièces déjà transmises en défense, d'ordonner la communication de l'entier dossier détenu par l'administration. Ces conclusions doivent donc être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 721 - 3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile': "'L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office () d'une décision d'expulsion, () ".

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation () doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". La décision attaquée comporte l'indication des considérations utiles de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision fixant l'Algérie comme pays d'éloignement de M. B. Par suite, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que cette décision serait insuffisamment motivée.

6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, eu égard notamment aux motifs de la décision contestée, que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B avant de prendre la décision attaquée. Dès lors, le moyen tiré de ce qu'un tel examen n'aurait pas été opéré doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. B soutient qu'il a été marié à une ressortissante française et est père de deux filles dont l'une, encore mineure, est à charge. Les éléments qu'il produit, toutefois, n'établissent pas l'intensité et la stabilité de ses liens en France. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains des libertés fondamentales doit donc être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police de Paris.

Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Jégard, premier conseiller,

Mme El Mouats-Saint-Dizier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2024.

Le rapporteur,

X. JÉGARDLa présidente,

S. RIMEU

La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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