mardi 4 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2207049 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | JEANNETEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 31 mai 2022, le 17 mai 2023 et le 9 juin 2023, M. A B, représenté par Me Jeanneteau, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 2 mars 2022 par laquelle le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ;
2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour valable au moins un an dans un délai d'une semaine à compter de la notification du présent jugement, ou à défaut de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à Me Jeanneteau, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.
Il soutient que :
Sur la décision portant refus de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur de droit ;
- elle est entachée d'erreur de fait et d'erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la circulaire du ministre de l'intérieur du 22 juillet 2011, dès lors qu'il justifie de liens anciens, intenses et stables en France ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 421-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions ;
Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :
- elles portent une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles portent atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant, protégé par l'article 3, paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Frelaut,
- et les observations de Me Lietavova, substituant Me Jeanneteau, avocate de M. B, en présence de celui-ci.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant colombien né le 1er novembre 1983, déclare être entré en France le 12 janvier 2019, sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour en qualité d'étudiant. Il a sollicité du préfet d'Ille-et-Vilaine, le 11 février 2020, le renouvellement de ce titre assorti d'un changement de statut, en qualité de salarié. Il a ensuite sollicité du préfet de Maine-et-Loire, les 14 juin et 28 octobre 2021, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23, L. 421-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 2 mars 2022, portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixant le pays de destination, le préfet a rejeté sa demande. Par sa requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle précise notamment que le requérant réside en France depuis seulement 3 ans et demi, qu'il n'y justifie pas de liens anciens, intenses et stables, ni de ses ressources et que son activité professionnelle ne constitue pas un motif exceptionnel d'admission au séjour, au regard des caractéristiques de l'emploi occupé et de la durée de travail. Elle est, par suite, suffisamment motivée, de sorte que le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
3. En deuxième lieu, contrairement à ce que fait valoir le requérant, le préfet de Maine-et-Loire a répondu, par la décision attaquée, aux demandes de M. B formées tant sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que des articles L. 421-1 et L. 435-1 de ce code. L'erreur de droit alléguée n'est pas établie et le moyen doit par suite être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. () ".
5. Il ressort des pièces du dossier que M. B s'est marié, le 3 octobre 2020 à Angers, avec une compatriote titulaire d'un titre de séjour valable jusqu'en 2025. Cette union présentait toutefois, à la date de la décision attaquée, un caractère récent. En outre, si M. B produit plusieurs attestations faisant état de son intégration en France ainsi qu'un diplôme universitaire d'étude de français délivré par l'Université Rennes 2, ces documents ne peuvent suffire à établir que ce dernier, présent en France depuis 3 ans environ à la date de la décision attaquée, disposerait en France de liens d'une particulière intensité justifiant que lui soit délivré un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il est en outre constant que les parents de M. B résident en Colombie. Par ailleurs, le requérant ne peut utilement se prévaloir des énonciations de la circulaire du 22 juillet 2011, dépourvue de tout caractère réglementaire et qui borne à énoncer des orientations générales que le ministre de l'intérieur a pu adresser aux préfets pour les éclairer dans la régularisation des étrangers en raison des liens personnels et familiaux. Dans ces circonstances, les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
6. En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que la décision attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit par suite être écarté.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. () ".
8. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B détenait, à la date de la décision attaquée, l'autorisation de travail prévue par les dispositions précitées de l'article L. 421-1. Dans ces circonstances, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît ces dispositions.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
10. L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité permet la délivrance de deux titres de séjour de nature différente que sont, d'une part, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " et, d'autre part, la carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 435-1, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu laisser à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir. Il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur l'un ou l'autre de ces points.
11. D'une part, il résulte des motifs exposés au point 5 que le préfet de Maine-et-Loire n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de faire usage du pouvoir de régularisation qu'il tient des dispositions précitées de l'article L. 435-1, au regard de la vie privée et familiale de M. B. D'autre part, si M. B établit avoir exercé, depuis le 11 juin 2019 et jusqu'à la date de la décision attaquée, des fonctions d'ouvrier maraîcher puis d'agent de production au sein du groupement d'employeurs des " quatre saisons " à la Chapelle des Fougeretz (Ille-et-Vilaine), cette circonstance ne saurait caractériser un motif exceptionnel justifiant la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ". Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :
12. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 5 que les décisions attaquées ne méconnaissent pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de sorte que ce moyen doit être écarté.
13. En second lieu, les décisions attaquées n'ont pas pour effet de séparer M. B de son enfant, né en Colombie d'une première union et scolarisé en France, ainsi qu'il ressort des pièces du dossier, depuis le mois de septembre 2021, soit quelques mois seulement avant l'édiction de l'arrêté en litige. Dans ces circonstances, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les décisions attaquées portent atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant, protégé par les stipulations de l'article 3, paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
14. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Jeanneteau.
Délibéré après l'audience du 20 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Degommier, président,
Mme Frelaut, première conseiller,
Mme Martel, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2023.
La rapporteure,
L. FRELAUT
Le président,
S. DEGOMMIERLa greffière,
F. ARLAIS
La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026