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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2207167

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2207167

mercredi 5 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2207167
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantSMATI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 juin 2022, M. A B, représenté par Me Smati, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 mars 2022 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de renouveler son titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire à titre principal de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours sous astreinte de cent euros par jour de retard, et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative dans un délai de deux mois sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son avocat en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de séjour :

- la décision est insuffisamment motivée en application des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision est entachée de vices de procédure en méconnaissance des dispositions des articles L. 425-9, R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles 3, 6 et 8 de l'arrêté du 27 décembre 2016 :

o le préfet ne justifie pas qu'un rapport médical ait été rédigé par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et transmis dans les conditions prévues par l'article R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

o il n'est pas établi que les trois médecins signataires de l'avis du collège des médecins auraient été régulièrement nommés par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conformément à l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

o il n'a pu contrôler si l'avis rendu respecte les dispositions de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 et mentionne les éléments de la procédure (la convocation ou non de l'étranger, la réalisation ou non d'examens complémentaires, et de la justification de l'identité) ;

o l'avis doit être regardé comme favorable puisqu'il ne lui a pas été communiqué ;

- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il suit un traitement contre une hépatite B, contre l'asthme et est porteur d'une prothèse de hanche ; l'entecavir, traitement contre son hépatite, n'est pas disponible en Guinée ; le système de chirurgie orthopédique en Guinée est défaillant ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il a fixé en France le centre de ses attaches privées et familiales ; il réside en France depuis quatre ans et demi et s'est intégré par le travail malgré son état de santé ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision méconnait les disposition de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les dispositions de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas visées ce qui témoigne d'un défaut d'examen de sa situation ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- en ne lui accordant pas un délai de départ volontaire supérieur à trente jours, le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il a des rendez-vous médicaux prévus postérieurement à l'expiration du délai de départ accordé ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 février 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête de M. B.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant guinéen né en juin 1988, est entré en France en décembre 2017. Il a déposé une demande d'asile, pour laquelle la France est devenue responsable après non exécution d'un arrêté portant transfert auprès des autorités italiennes, et qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 27 juin 2019. Son recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a été rejeté par la Cour nationale du droit d'asile le 7 octobre 2019. Postérieurement, M. B s'est vu délivrer un titre de séjour en raison de son état de santé en août 2019, titre de séjour renouvelé jusqu'en octobre 2021. M. B a demandé le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 23 mars 2022, le préfet de Maine-et-Loire a refusé de renouveler son titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office. M. B demande l'annulation des décisions du 23 mars 2022.

Sur le refus de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent ". L'article L. 211-5 du même code dispose que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. Le refus de séjour du 23 mars 2022 comporte les considérations de droit et de fait qui le fondent. Par suite, il est suffisamment motivé. Le moyen tiré de son insuffisante motivation n'est donc pas fondé et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ". Selon l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. Il peut également convoquer le demandeur pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Le demandeur présente au service médical de l'office les documents justifiant de son identité. A défaut de réponse dans le délai de quinze jours, ou si le demandeur ne se présente pas à la convocation qui lui a été fixée, ou s'il n'a pas présenté les documents justifiant de son identité le médecin de l'office établit son rapport au vu des éléments dont il dispose et y indique que le demandeur n'a pas répondu à sa convocation ou n'a pas justifié de son identité. Il transmet son rapport médical au collège de médecins () ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical. Lorsque le demandeur n'a pas présenté au médecin de l'office ou au collège les documents justifiant son identité, n'a pas produit les examens complémentaires qui lui ont été demandés ou n'a pas répondu à la convocation du médecin de l'office ou du collège qui lui a été adressée, l'avis le constate. / L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'office ". Enfin l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; /b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ;

c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; /d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays./ Cet avis mentionne les éléments de procédure.

Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle.

L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

5. Tout d'abord, il ressort de l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII, produit à l'instance par le préfet de Maine-et-Loire, que celui-ci mentionne le rapport médical qui a été établi le 11 octobre 2021 par un médecin dont le nom figure au dossier et qui en outre ne faisait pas partie du collège de médecins de l'OFII ayant émis un avis sur l'état de santé de M. B. Il ressort en outre des pièces du dossier que les trois médecins ayant formé le collège de médecins ont bien été désignés pour siéger au collège de médecins à compétence nationale de l'OFII par une décision du ministre de l'intérieur du 1er octobre 2021. Par ailleurs, dans le respect des dispositions de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016, l'avis du collège de médecins de l'OFII émis le 27 octobre 2021 en réponse à la saisine du préfet de Maine-et-Loire sur la demande de M. B mentionne qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé guinéen il pourra bénéficier effectivement du traitement approprié à son état. Dans ces conditions, ce collège n'était pas tenu de se prononcer sur la durée prévisible du traitement. Enfin, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose au préfet de communiquer l'avis émis par le collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration à l'étranger qui sollicite son admission au séjour en qualité d'étranger malade. M. B ne peut donc, en tout état de cause, soutenir que l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration serait, en raison de cette absence de transmission, être regardé comme un avis relevant qu'il remplirait toutes les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour en application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le refus de séjour pris à son encontre aurait été pris à l'issue d'une procédure irrégulière ne peut qu'être écarté en toutes ses branches.

6. Par ailleurs, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dont l'avis est requis préalablement à la décision du préfet relative à la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit émettre son avis dans les conditions fixées par l'arrêté du 27 décembre 2016 cité au point précédent, au vu notamment du rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.

7. Pour refuser à M. B la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade, le préfet de Maine-et-Loire s'est notamment fondé sur l'avis du collège de médecins de l'OFII du 27 octobre 2021, lequel a estimé que si l'état de santé de M. B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, y bénéficier d'un traitement approprié et qu'il peut voyager sans risque vers son pays d'origine.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. B a tout d'abord souffert d'une ostéonécrose de la tête fémorale droite évoluée ayant nécessité le 18 mars 2019 la réalisation d'une intervention chirurgicale pour mise en place d'une prothèse totale de hanche droite en céramique. Il ressort néanmoins des derniers documents médicaux produits, notamment d'un relevé de consultation du chirurgien orthopédique de fin août 2021 que l'évolution de la récupération du patient est satisfaisante et que seule une consultation en post opératoire à un an apparait nécessaire. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que M. B souffre d'asthme nécessitant la prescription de béclométasone. Il ressort néanmoins des pièces médicales produites, et notamment de la liste des médicaments essentiels en Guinée de 2012 produite par le requérant et de la même liste établie au titre de l'année 2021 produite par le préfet défendeur, que la béclométasone est disponible en Guinée. Si le requérant soutient que l'entécavir, antiviral qui lui est prescrit pour le traitement de l'hépatite B dont il est également atteint n'est pas disponible en Guinée, il ressort néanmoins des pièces du dossier, notamment des ordonnances les plus proches de la date du refus de séjour contesté, que l'intéressé s'est vu prescrire, comme au demeurant au début de sa prise en charge médicale en France, du ténofovir, antiviral à usage systémique notamment contre l'hépatite B. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier, notamment de la liste des médicaments essentiels en Guinée de 2021, que le ténofovir est disponible dans ce pays. Dans ces conditions, au vu des pièces ainsi décrites, la seule attestation du médecin traitant de M. B indiquant de manière générale en avril 2022 que l'intéressé présente trois affections chroniques nécessitant des soins médicaux et que les " traitements ne peuvent être prodigués ni accessibles dans son pays d'origine ", ne permet pas d'établir que M. B ne pourrait effectivement bénéficier en Guinée du traitement nécessité par son état de santé. Il suit de là qu'en refusant de renouveler le titre de séjour de M. B, le préfet de Maine-et-Loire n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier l'ancienneté, la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

10. M. B fait valoir à l'appui du moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales la durée de son séjour en France et son intégration par l'emploi. Néanmoins, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé ne réside en France que depuis l'année 2017, un peu plus de quatre années avant la décision contestée. S'il a résidé régulièrement dans ce pays en qualité de demandeur d'asile puis sous couvert d'un titre de séjour délivré en raison de son état de santé et a occupé des emplois en intérim et dans la production agricole, il est constant qu'il a résidé dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 29 ans. Il ne conteste par ailleurs pas que vivent en Guinée son épouse et ses trois enfants. Enfin, M. B ne fait état d'aucune attache privée ou familiale particulière en France. Il suit de là qu'en refusant de renouveler son titre de séjour, le préfet de Maine-et-Loire n'a pas porté une atteinte excessive au droit de M. B à une vie privée et familiale normale et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 8 et 10 du jugement, le préfet de Maine-et-Loire n'a pas apprécié de manière manifestement erronée les conséquences de sa décision sur la situation de M. B.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ".

13. Ainsi qu'il a été dit au point 3, le refus opposé à M. B le 23 mars 2022 est suffisamment motivé. Il suit de là en application des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que l'obligation de quitter le territoire français, qui n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte, est suffisamment motivé. Le moyen tiré de son insuffisante motivation doit donc être écarté.

14. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 11, que M. B n'est pas fondé à invoquer, à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français du 23 mars 2022, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité du refus de séjour du même jour.

15. En troisième lieu, les moyens tirés de ce que l'obligation de quitter le territoire français du 23 mars 2022 méconnaitrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10 du jugement.

16. En quatrième lieu, l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

17. Eu égard à ce qui a été dit au point 8 du jugement et dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B ne pourrait effectivement bénéficier dans son pays d'origine de la prise en charge médicale nécessitée par son état de santé, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas fondé et doit être écarté.

18. En dernier lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté du 23 mars 2022 ni des autres pièces du dossier que le préfet de Maine-et-Loire n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de M. B avant de l'obliger à quitter le territoire français, la seule circonstance que l'arrêté ne vise pas les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne constituent pas la base légale de l'obligation de quitter le territoire français, et alors que le préfet a explicitement examiné l'état de santé de l'intéressé, ne permettant pas d'établir cette absence d'examen de sa situation personnelle.

Sur le délai de départ volontaire :

19. L'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ".

20. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 12 à 18 du jugement que M. B n'est pas fondé à invoquer, à l'encontre de la décision lui accordant un délai de départ volontaire de trente jours, le moyen tiré par voie d'exception de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

21. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en n'octroyant pas à M. B, à titre exceptionnel, un délai supérieur à trente jours pour quitter volontairement le territoire français, le préfet de Maine-et-Loire a commis une erreur manifeste d'appréciation, la seule circonstance que des rendez-vous médicaux auraient été programmés postérieurement au délai de départ volontaire ne permettant pas d'établir une rupture dans la prise en charge médicale de l'intéressé.

Sur la décision fixant le pays d'éloignement :

22. Il résulte de ce qui a été dit aux points 12 à 18 du jugement que M. B n'est pas fondé à invoquer, à l'encontre de la décision fixant le pays d'éloignement, le moyen tiré par voie d'exception de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

23. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi par voie de conséquence que ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Smati et au préfet de Maine-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 21 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Echasserieau, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2023.

La présidente-rapporteure,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

B. ECHASSERIEAU

La greffière,

Y. BOUBEKEUR

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2207167

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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