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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2207245

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2207245

jeudi 8 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2207245
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantGUILBAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées respectivement les 7 juin, 1er septembre et 10 octobre 2022, M. G D, représenté par Me Guilbaud, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 février 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination vers lequel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou subsidiairement de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour dans les mêmes conditions de délai ou d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique, sous réserve pour cette dernière de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet s'est estimé lié par l'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et d'une méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale dès lors que la décision portant refus de titre de séjour est illégale ;

- elle méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen ;

- elle méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 février 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 mai 2022.

Par une ordonnance du 23 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été prononcée le 23 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Caro a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant guinéen né le 1er janvier 1993 à Boké (Guinée), a déclaré être entré irrégulièrement en France 26 juin 2016. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 15 mars 2017 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), confirmée par une décision du 19 décembre 2017 de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). M. D a ensuite sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a bénéficié à ce titre d'une carte de séjour temporaire valable jusqu'au 20 janvier 2020, dont il a sollicité le renouvellement. Par un avis du 1er mars 2021, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a estimé que l'état de santé de M. D nécessitait une prise en charge dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pouvait y bénéficier d'un traitement approprié et que son état de santé lui permettait de voyager sans risque à destination de son pays d'origine. Par un arrêté du 4 février 2022, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté la demande de renouvellement de titre de séjour de M. D, lui a fait obligation de quitter le territoire français, dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. Par la présente requête, M. D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, il ressort des motifs mêmes de l'arrêté contesté que cet arrêté, qui vise ou cite diverses dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont notamment l'article L. 425-9 de ce code, ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou encore les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, relève, notamment, que le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé, dans son avis du 1er mars 2021, que si l'état de santé de M. D nécessite une prise en charge médicale, dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier d'un traitement approprié. Par ailleurs, l'arrêté contesté mentionne que les demandes d'asile de M. D ont été rejetées tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides que par Cour nationale du droit d'asile, et relève, après avoir mentionné des éléments de fait permettant de caractériser la situation privée et familiale de l'intéressé, qu'il n'apparaît pas que le refus de lui délivrer un titre de séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de ce refus et qu'il n'est pas davantage établi que le refus de titre de séjour porterait atteinte à l'intérêt supérieur de ses deux enfants. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué, en tant qu'il porte refus de séjour, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique, qui s'est livré à un examen complet de la situation personnelle du requérant, se serait estimé lié par l'avis du collège des médecins de l'OFII. Par conséquent, le moyen tiré de ce qu'il aurait commis une erreur de droit en se croyant en situation de compétence liée ne saurait être accueilli.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () "

5. D'une part, sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte-tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

6. D'autre part, pour déterminer si un étranger peut bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire d'un traitement médical approprié, au sens de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il convient de s'assurer, eu égard à la pathologie de l'intéressé, de l'existence d'un traitement approprié et de sa disponibilité dans des conditions permettant d'y avoir accès, et non de rechercher si les soins dans le pays d'origine sont équivalents à ceux offerts en France ou en Europe.

7. M. A fait valoir qu'il souffre d'un état de stress post-traumatique qui nécessite un suivi spécialisé et un traitement médicamenteux à base d'olanzapine, de sertraline, de loxapine et de tropatépine et soutient que ni ces médicaments, ni le suivi psychiatrique nécessité par son état de santé ne sont disponibles en Guinée. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le collège de médecins de l'OFII a estimé, dans son avis du 1er mars 2021, que si l'état de santé de M. D nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut était susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il pouvait bénéficier dans son pays d'origine d'un traitement approprié à son état de santé et voyager sans risque vers ce pays. M. D produit, dans la présente instance, un certificat médical établi par un interne en psychiatrie du centre hospitalier universitaire de Nantes le 23 février 2022, soit postérieurement à la décision attaquée, lequel fait référence à deux personnes, M. D et un certain M. A, et se borne à mentionner que " M. D bénéficie d'un suivi régulier en consultation dans le service pour un trouble de stress post-traumatique, que son état de vulnérabilité psychique actuel rend nécessaire la poursuite de ce suivi psychiatrique ainsi que la prise d'un traitement médicamenteux et qu'au-delà d'éventuelles menaces pour son intégrité physique qu'il pourrait de nouveau subir, il est incertain que M. A puisse bénéficier d'un tel suivi et du même traitement médicamenteux dans son pays d'origine ". En outre, l'olanzapine et la tropatépine sont deux médicaments désignés dans la liste des médicaments essentiels de 2021 établie par le ministère de la santé guinéen et versée au débat par le préfet. La circonstance que la sertraline (antidépresseur) et la loxapine (antipsychotique) précitées ne figurent pas dans la liste des médicaments essentiels, ne permet pas de démontrer que ces molécules ne seraient pas commercialisées, à la date de la décision attaquée, dans le pays d'origine de M. D ni d'ailleurs que ces molécules ne pourraient, en cas d'indisponibilité, être substituées par d'autres médicaments équivalents notamment dès lors qu'aucune pièce versée au dossier ne mentionne le caractère non substituable des traitements en cours. Le requérant n'apporte, par ailleurs, aucun élément à l'appui de son allégation selon laquelle le suivi psychiatrique rendu nécessaire par son état de santé ne pourrait pas lui être prodigué en Guinée. Le préfet, pour justifier sa décision, se réfère également aux informations figurant dans deux fiches Medical Country of Origine Information ( MedCOI ) de 2017 et 2019, aux termes desquelles il ressort que les pathologies psychiatriques et notamment les états de dépression sévère sont pris en charge en Guinée et qu'il existe à cet effet des structures médicales dans lesquelles les spécialités psychiatriques sont présentes. Ces éléments concordants établissent que M. D peut bénéficier, dans son pays d'origine, du traitement nécessité par son état de santé, notamment d'un suivi spécialisé et d'un traitement médicamenteux appropriés à sa pathologie, au regard des spécialités disponibles alors que le certificat médical produit par le requérant ne suffit pas, eu égard notamment aux termes dans lesquels il est rédigé, à remettre en cause le sens de l'avis précité du collège de médecins de l'OFII. Par suite, compte tenu de cet avis du collège de médecins qui a procédé à un examen du dossier médical de M. D et de la valeur probante qui s'y attache, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Loire-Atlantique aurait méconnu l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

9. M. D fait valoir la présence en France de deux de ses enfants mineurs, nés à Nantes, Mohamed Lamine le 30 octobre 2019 et Mohamed Hady le 7 juillet 2021, de deux relations différentes. Toutefois la mère de son premier enfant, Mme F E, ressortissante guinéenne, se trouve en situation irrégulière sur le sol français depuis le rejet, le 29 décembre 2020, de sa demande d'asile et fait l'objet d'un refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire. De même, la mère de son second enfant, Mme H C, également ressortissante guinéenne, séjournait, au jour de l'édiction de la décision litigieuse, en situation irrégulière en France. Par ailleurs, le requérant ne produit au soutien de sa requête aucun commencement de preuve permettant d'établir qu'il entretiendrait des relations avec les deux mères de ses enfants, alors que Mme E réside en Vendée, que l'intéressé ne produit aucun document justifiant de sa relation avec Mme C et que l'acte de naissance de l'enfant Mohamed Hady, établi le 9 juillet 2021, mentionne que M. D et Mme C résident à Nantes à deux adresses différentes. De surcroît il n'établit pas non plus pas qu'il participerait d'une quelconque manière à l'éducation et à l'entretien de ses deux enfants, ni à ceux du troisième enfant B qu'il a reconnu le 22 août 2022 et qui est né le 24 septembre 2022. En outre, le seul fait que l'intéressé ait travaillé ponctuellement en qualité d'intérimaire dans plusieurs entreprises du secteur du bâtiment entre avril 2019 et octobre 2020 ne permet pas d'établir qu'il serait inséré professionnellement en France de manière stable. Enfin, il n'est pas dépourvu d'attaches personnelles dans son pays d'origine, où vivent ses parents ainsi que son frère et sa sœur, ainsi que le mentionne la fiche d'examen de situation, renseignée par l'intéressé le 23 juillet 2020. Par suite, compte tenu des conditions d'entrée et de séjour en France de l'intéressé et du caractère assez récent de ce séjour, la décision attaquée ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et, dès lors, ne méconnait pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus, elle ne méconnait pas non plus celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. De même, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le refus de séjour critiqué n'est pas entaché d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée faisant obligation à M. D de quitter le territoire français dans un délai de trente jours serait dépourvue de base légale ne peut qu'être écarté.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

12. Ainsi qu'il l'a été dit précédemment, M. D soutient souffrir de troubles psychiatriques et ne pouvoir effectivement accéder à des soins dans son pays d'origine. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, M. D n'établit pas qu'il ne pourrait effectivement bénéficier d'un traitement approprié en Guinée. Il n'est, par suite, pas fondé à se prévaloir des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

13. En troisième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés pour les motifs qui ont été exposés au point 9.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

14. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, la décision fixant le pays de destination n'a pas été prise sur le fondement d'une décision illégale. Le moyen tiré, par la voie de l'exception, d'une telle illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.

15. En deuxième lieu, l'arrêté vise notamment les dispositions des articles L. 612-12 et L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, constate qu'il est fait obligation au requérant de quitter le territoire français, qu'il est de nationalité guinéenne et qu'il ne produit aucun élément qui justifierait d'un risque en cas de retour dans son pays d'origine. La décision fixant le pays de renvoi énonce ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Elle est donc suffisamment motivée.

16. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant.

17. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " Cet article 3 stipule : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

18. Il n'est pas établi que la vie ou la liberté du requérant seraient menacées en Guinée ou qu'il risquerait d'y être soumis à la torture ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. Dès lors, en comptant le pays dont le requérant est le ressortissant au nombre des destinations possibles en cas d'éloignement d'office, le préfet, qui a examiné la situation de l'intéressé sans commettre d'erreur de droit ni estimer être tenu par des décisions de l'OFPRA ou de la CNDA, n'a pas méconnu l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

19. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision fixant le pays de destination serait entachée d'une erreur de droit ou d'une erreur manifeste d'appréciation.

20. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 4 février 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

21. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par suite, il ne saurait être fait droit aux conclusions à fin d'injonction qu'il présente.

Sur les frais liés au litige :

22. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme à ce titre.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G D, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Guilbaud.

Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

M. Labouysse, premier conseiller,

Mme Caro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juin 2023.

La rapporteure,

N. CARO

Le président,

L. MARTINLa greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

V. Malingre

No 2207245

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