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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2207248

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2207248

jeudi 8 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2207248
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCHAUMETTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 juin 2022, M. B G A, représentée par Me Chaumette, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 février 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination vers lequel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard, ou subsidiairement de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour dans les mêmes conditions de délai ou d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 800 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique, sous réserve pour ce dernier de renoncer du bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle méconnait l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est illégale dès lors que la décision portant refus de titre de séjour est illégale ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 mai 2022.

Vu :

- l'ordonnance n°2202057 du 7 mars 2022 de la juge des référés D ;

- l'ordonnance n°2215197 du 21 décembre 2022 de la juge des référés D ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Caro,

- et les observations de Me Chaumette, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 13 février 2000 à So Dibanga (Cameroun), de nationalité camerounaise, déclare être entré irrégulièrement sur le territoire en janvier 2017. Par jugement du 14 novembre 2017, la juge des enfants près E de grande instance de Nantes a confié M. A, en tant que mineur isolé, au conseil départemental de la Loire-Atlantique. M. A a conclu un pacte civil de solidarité (pacs) le 13 novembre 2019 à Nantes avec une ressortissante française, Mme F, née le 13 juin 1995. M. A a alors sollicité un droit au séjour, notamment sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a bénéficié à ce titre d'une carte de séjour provisoire "vie privée et familiale" valable jusqu'au 1er novembre 2021, dont il a sollicité le renouvellement. Par une décision du 19 mars 2021, M. A a été condamné par la Cour d'assises de la Loire-Atlantique à une peine de six ans d'emprisonnement pour des faits d'extorsion et vols avec arme ainsi que d'escroquerie, et incarcéré au centre de détention de Nantes. Par un arrêté du 4 février 2022, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par M. A, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger () qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an (). / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / 3° Lorsqu'elle envisage de retirer le titre de séjour dans le cas prévu à l'article L. 423-19 ; / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ". Si le préfet n'est tenu de saisir la commission que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues par ces textes auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui s'en prévalent, la circonstance que la présence de l'étranger constituerait une menace à l'ordre public ne le dispense pas de son obligation de saisine de la commission.

4. Il ressort des pièces du dossier que, comme il a été dit, M. A est entré sur le territoire en qualité de mineur non accompagné en 2017 et a été confié le 14 novembre 2017 par la juge des enfants près D de grande instance de Nantes au conseil départemental de la Loire-Atlantique. Il a, par la suite, conclu un contrat d'apprentissage le 28 août 2020 pour une durée d'un an, dans le cadre d'une qualification professionnelle intitulée " BEP MELEC-Métiers de l'électricité et de ses environnements connectés ". Il justifie par ailleurs avoir exercé un emploi saisonnier en juillet et août 2018, en qualité d'agent de service propreté, ainsi qu'un emploi d'aide ménager auprès d'une personne handicapée, en vertu d'un contrat de travail conclu pour une période allant du 1er septembre 2020 au 30 juin 2021. En outre, il a conclu un pacs le 13 novembre 2019 avec une ressortissante française, Mme C, avec laquelle il allègue vivre en concubinage depuis mai 2017. Malgré sa peine d'emprisonnement, M. A établit maintenir les liens affectifs avec Mme C qui lui rend régulièrement visite au parloir et en unité de vie familiale. Dans ces conditions, M. A, qui justifie disposer de liens personnels et familiaux d'une particulière intensité en France, remplit les conditions prévues par l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet était tenu de saisir de son cas la commission du titre de séjour, sans que puisse y faire obstacle la circonstance que sa présence constituerait une menace à l'ordre public. Faute d'avoir été précédé de cette consultation, le refus de titre de séjour opposé à M. A est entaché d'un vice de procédure qui, eu égard à la garantie que cette consultation constitue pour l'intéressé, en justifie l'annulation.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 4 février 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. L'exécution du présent jugement implique seulement que le préfet de la Loire-Atlantique procède au réexamen de la situation de M. A. Il y a donc lieu de lui enjoindre d'y procéder dans le délai de six mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, sous réserve que Me Chaumette, conseil de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Chaumette d'une somme de 1 000 euros au titre de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 4 février 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de délivrer à M. A un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de procéder au réexamen de la situation de M. A dans le délai de six mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Chaumette, conseil de M. A, une somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B G A, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Chaumette.

Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

M. Labouysse, premier conseiller,

Mme Caro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juin 2023.

La rapporteure,

N. CARO

Le président,

L. MARTINLa greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

V. Malingre

No 2207248

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