jeudi 6 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2207295 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SEGUIN & KONRAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 8 juin 2022 et 22 mai 2023, Mme A D veuve E, représentée par Me Seguin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 mai 2022 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de faire droit à sa demande de titre de séjour, assorti sa décision d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai ;
2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, à tout le moins, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de cette notification ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet de Maine-et-Loire a tenu compte de liens en-dehors de la France alors qu'elle ne dispose d'aucune nationalité et a fui l'Azerbaïdjan pour s'installer en Russie où elle résidait en situation irrégulière ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de C, son petit-fils, de continuer de vivre en France avec sa mère et sa grand-mère ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour prive la décision attaquée de base légale ;
- la décision attaquée méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français prive la décision attaquée de base légale ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle ne dispose d'aucune nationalité.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 avril 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une décision du 24 août 2022, Mme D veuve E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Sainquain-Rigollé a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, née le 10 décembre 1942 en Azerbaïdjan, a déclaré être entrée irrégulièrement en France en octobre 2014. Sa demande d'asile a été rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides le 30 octobre 2015 et la cour nationale du droit d'asile le 20 mai 2016. Le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour en raison de son état de santé par une décision du 20 mai 2016 dont la légalité a été confirmée par un jugement n° 1700578 du 24 octobre 2019 du tribunal administratif de Nantes. Par une décision du 13 janvier 2020, le préfet de Maine-et-Loire a déclaré irrecevable sa demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette décision a été annulée par un jugement n° 2001053 du 3 mars 2022 du tribunal de céans, qui a enjoint au réexamen de cette demande. Par l'arrêté attaqué du 28 avril 2022, le préfet de Maine-et-Loire a refusé de faire droit à sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, assorti sa décision d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu laisser à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir. Il lui appartient d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément sur la situation personnelle de l'étranger, tel que, par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour. Il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur l'un ou l'autre de ces points.
3. Pour refuser de délivrer à Mme D le titre de séjour sollicité, le préfet de Maine-et-Loire a notamment estimé que si Mme D résidait en France depuis sept ans et demi, sa demande d'asile a été rejetée et la requérante a fait l'objet d'un précédent refus de titre de séjour en 2016, que sa fille B a fait concomitamment l'objet d'un refus de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français, qu'elle ne justifie pas de problèmes de santé, de ressources ou d'une particulière intégration ni d'avoir fixé le centre de ses intérêts personnels et familiaux en France alors qu'elle n'y est entrée qu'à l'âge de soixante-et-onze ans et qu'elle n'établit pas être dépourvue d'attaches en-dehors du territoire français.
4. D'une part, il ressort des déclarations de la requérante et des pièces du dossier, et notamment des décisions de l'office français de protection des réfugiés et apatrides et de la cour nationale du droit d'asile mentionnées au point 1, que Mme D a vécu en Russie de 1988 à 2014 et n'a pas été reconnue apatride en raison de démarches trop isolées de sa part quant à la reconnaissance d'une nationalité, notamment russe à laquelle elle ne démontre pas qu'elle ne pourrait pas prétendre. Dans ces conditions et alors même qu'elle n'aurait pas de nationalité, cette circonstance ne s'opposait pas à ce que le préfet de Maine-et-Loire prenne en compte les éventuelles attaches dont elle pouvait disposer en-dehors du territoire français.
5. D'autre part, la circonstance qu'elle ne dispose pas de nationalité ne fait pas obstacle à ce qu'elle puisse reconstituer sa cellule familiale, qui comprend sa fille et son petits-fils, et regagner un pays dans lequel elle serait légalement admissible, notamment la Russie où elle a vécu de nombreuses années et où, selon les éléments retenus par la cour nationale du droit d'asile, elle serait en droit de demander la nationalité du pays.
6. Enfin, s'il ressort des attestations produites que la requérante et sa fille poursuivent leurs efforts d'intégration, notamment par l'accompagnement scolaire de son petit-fils, C, né le 23 février 2017, Mme D reste principalement à son domicile et ne peut se prévaloir d'aucune intégration autre que de liens avec certains membres des associations qu'elle fréquente. La circonstance que son petit-fils soit né et scolarisé en France n'implique pas, eu égard à son jeune âge et à la possibilité qu'il poursuive sa scolarité dans le pays que sa mère et sa grand-mère pourraient rejoindre, que la fille de la requérante, qui fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français dont la légalité a été confirmée par un jugement n°2207296 du 6 juillet 2023 du tribunal de céans, ou la requérante elle-même se maintiennent sur le territoire français. Alors même qu'elle est présente depuis sept ans et demi en France, où elle s'est toutefois maintenue irrégulièrement pendant plusieurs années, la requérante, qui a vécu en-dehors du territoire français pendant soixante-et-onze ans, ne justifie pas de motifs exceptionnels, ni d'ailleurs de circonstances humanitaires par le simple fait qu'elle ne dispose pas de nationalité, justifiant qu'elle soit admise de manière exceptionnelle au séjour en France.
7. Il résulte de ce qui vient d'être dit aux points 4 à 6 que Mme D n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou méconnaîtrait son droit au respect de sa vie privée et familiale.
8. En second lieu et pour les mêmes motifs, le préfet de Maine-et-Loire n'a pas porté atteinte à l'intérêt supérieur du petits-fils de la requérante, qui a vocation à accompagner sa mère, qui fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français ainsi qu'il a été dit au point 6, et dont il n'est pas allégué qu'il ne pourrait pas poursuivre sa scolarité dans un autre pays.
Sur la légalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français :
9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'illégalité de la décision refusant de délivrer à Mme D un titre de séjour n'est pas établie. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
10. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 4 à 6, la décision attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale dès lors que la requérante n'a pas créé de liens stables en France d'une intensité particulière et ne peut se prévaloir de l'impossibilité d'être accueillie par un autre Etat en l'absence de nationalité.
Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :
11. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'illégalité de la décision obligeant Mme D à quitter le territoire français n'est pas établie. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité dirigé contre la décision fixant le pays de destination doit être écarté.
12. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que Mme D étant en droit de se prévaloir de la nationalité russe et son statut d'apatride n'ayant pas été reconnu par l'office français de protection des réfugiés et apatrides, il n'est pas établi qu'elle ne serait pas admissible en Russie, la décision attaquée prévoyant d'ailleurs également l'éloignement de la requérante vers tout autre pays dans lequel elle serait légalement admissible.
13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 17 mai 2022. Par suite, sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er :La requête présentée par Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Seguin.
Délibéré après l'audience du 29 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Giraud, président,
Mme Le Lay, première conseillère,
Mme Sainquain-Rigollé, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2023.
La rapporteure,
H. SAINQUAIN-RIGOLLÉ
Le président,
T. GIRAUD
Le greffier,
G. VIEL
La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026