Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2207364

mardi 25 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2207364
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantMESCHIN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. B, qui contestait la décision du 25 mars 2022 confirmant le refus d’accès au centre nucléaire de production d’électricité de Saint-Alban. Le juge a estimé que la ministre de la Transition écologique n’avait pas commis d’erreur d’appréciation en se fondant sur les articles L. 1332-1 et suivants du code de la défense. Il a relevé que M. B était défavorablement connu pour consommation de stupéfiants et avait été condamné pour conduite sous l’emprise de stupéfiants, ce qui caractérise un comportement incompatible avec l’accès à une installation d’importance vitale. La solution retenue confirme ainsi le refus d’autorisation d’accès au site nucléaire.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 juin 2022 et 2 avril 2024, M. A B, représenté par Me Meschin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 25 mars 2022 par laquelle le haut fonctionnaire de défense et de sécurité adjoint au sein du ministère de la transition écologique, saisi de son recours administratif préalable obligatoire, a confirmé le rejet de sa demande d'autorisation d'accès au centre nucléaire de production d'électricité de Saint-Alban (38) ;

2°) d'enjoindre à la ministre de la transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer et de la pêche de procéder à un nouvel examen de sa demande dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Il soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 avril 2023, la ministre de la transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer et de la pêche conclut au rejet de la requête. Elle soutient que le moyen soulevé par M. B n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la défense ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delohen,

- les conclusions de M. Vauterin, rapporteur public,

- et les observations de Me Bezie, substituant Me Meschin, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B occupe un emploi de soudeur au sein d'une société qui exerce, notamment, des missions de sous-traitance auprès d'EDF. Le 17 décembre 2021, son employeur a sollicité à son bénéfice une autorisation d'accès au centre nucléaire de production d'électricité (CNPE) de Saint-Alban (Isère). A la suite de l'avis défavorable rendu le 28 janvier 2022 par le commandement spécialisé pour la sécurité nucléaire (COSSEN), EDF a décidé de rejeter cette demande d'autorisation d'accès. Par une décision du 25 mars 2022 dont M. B demande l'annulation, la ministre de la transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer et de la pêche, saisie d'un recours administratif préalable obligatoire contre la décision d'EDF, a confirmé le rejet de la demande d'autorisation d'accès de l'intéressé au CNPE de Saint-Alban.

2. Aux termes de l'article L. 1332-1 du code de la défense : " Les opérateurs publics ou privés exploitant des établissements ou utilisant des installations et ouvrages, dont l'indisponibilité risquerait de diminuer d'une façon importante le potentiel de guerre ou économique, la sécurité ou la capacité de survie de la nation, sont tenus de coopérer à leurs frais dans les conditions définies au présent chapitre, à la protection desdits établissements, installations et ouvrages contre toute menace, notamment à caractère terroriste. Ces établissements, installations ou ouvrages sont désignés par l'autorité administrative ". Aux termes de l'article L. 1332-2-1 du même code : " L'accès à tout ou partie des établissements, installations et ouvrages désignés en application du présent chapitre est autorisé par l'opérateur qui peut demander l'avis de l'autorité administrative compétente dans les conditions et selon les modalités définies par décret en Conseil d'Etat. / L'avis est rendu à la suite d'une enquête administrative qui peut donner lieu à la consultation du bulletin n° 2 du casier judiciaire et de traitements automatisés de données à caractère personnel relevant de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification. / La personne concernée est informée de l'enquête administrative dont elle fait l'objet ". Enfin, l'article R. 1332-33 de ce code dispose : " Préalablement à l'introduction d'un recours contentieux contre tout acte administratif pris en application du présent chapitre () le requérant adresse un recours administratif au ministre coordonnateur du secteur d'activités dont il relève () ".

3. Il résulte de ces dispositions que l'accès d'une personne à une installation d'importance vitale peut être refusé par l'exploitant de l'installation lorsque les caractéristiques de cette personne ne sont pas compatibles avec cet accès. L'exploitant peut solliciter par écrit l'avis du préfet de département, lequel peut demander à ce que soit diligentée une enquête administrative destinée à vérifier que les caractéristiques de la personne physique ou morale intéressée ne sont pas incompatibles avec l'accès envisagé. Lorsqu'il est saisi, par le recours administratif prévu à l'article R. 1332-33 à titre de préalable obligatoire, d'une décision de refus d'accès à une telle installation, il appartient au ministre compétent d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les caractéristiques de la personne concernée sont effectivement incompatibles avec l'accès à l'installation en cause.

4. Il ressort des pièces du dossier, notamment de l'avis rendu par le COSSEN le 28 janvier 2022, que M. B est défavorablement connu des services de gendarmerie pour des faits de consommation de stupéfiants depuis 2016. L'intéressé a en outre fait l'objet, par un jugement du tribunal judiciaire de Saumur du 26 mars 2021, d'une condamnation à une amende de 400 euros ainsi que d'une suspension de son permis de conduire pour une durée de six mois en conséquence de la conduite d'un véhicule en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants le 12 janvier 2021. Ces éléments caractérisent un comportement incompatible avec l'exercice de missions au sein d'un site nucléaire, eu égard, notamment, au sens des responsabilités et au respect des règles attendus de toute personne intervenant sur une installation d'importance vitale. Si le requérant produit des analyses de présence de cannabis et de cocaïne dans ses urines dont les résultats de recherche sont négatifs, celles-ci, dont certaines sont au demeurant postérieures à la date de la décision attaquée, ne permettent pas d'établir qu'il aurait durablement cessé toute consommation de stupéfiants et ne sont en tout état de cause pas de nature à remettre en cause le constat de son comportement récemment dangereux à cette date. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la ministre, en confirmant le refus opposé à sa demande d'autorisation d'accès au CNPE de Saint-Alban, aurait fait une inexacte application des dispositions citées au point 2.

5. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est fondé à demander l'annulation de la décision qu'il conteste. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la ministre de la transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer et de la pêche.

Délibéré après l'audience du 4 février 2025, à laquelle siégeaient :

M. Cantié, président,

M. Barès, premier conseiller,

M. Delohen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 février 2025.

Le rapporteur,

D. DELOHENLe président,

C. CANTIÉ

La greffière,

C. DUMONTEIL

La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer et de la pêche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

C. DUMONTEIL