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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2207384

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2207384

jeudi 12 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2207384
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation12eme chambre
Avocat requérantBOURGEOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 juin 2022, M. A B, représenté par Me Bourgeois, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 10 mars 2022 par lequel le le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au le préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou, à défaut, de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de le munir d'une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de ce réexamen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros à son avocat au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas justifié de la compétence de la signataire de l'acte ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que l'administration s'est abstenue, en méconnaissance l'article 1er du décret n° 2015-1740 du 24 décembre 2015 relatif aux modalités de vérification d'un acte de l'état civil étranger, de saisir les autorités guinéennes compétentes pour procéder à la vérification de ses actes d'état civil ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- dès lors qu'il n'avait pas précisé le fondement de sa demande de titre de séjour " salarié ", le préfet était tenu d'examiner l'ensemble des dispositions sur le fondement desquelles il était susceptible de se voir délivrer un tel titre de séjour ; en se bornant à examiner sa demande au regard des seuls articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet a entaché sa décision d'un défaut d'examen exhaustif ;

- le préfet a méconnu sa compétence en s'estimant lié par les avis de la police aux frontières ;

- le décision est entachée d'une erreur de fait et d'un défaut d'examen particulier dès lors que le préfet a fondé sa décision non seulement sur l'extrait d'acte de naissance n° 27 et la carte d'identité consulaire qu'il a produits à l'appui de sa demande de titre de séjour, mais également sur un " jugement supplétif n° 27 " et un " extrait du registre de l'état civil n° 8706 " alors que ces derniers documents n'existent pas ;

- le préfet a méconnu les articles L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 47 du code civil en estimant que ses documents d'état civil revêtaient un caractère frauduleux ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance du titre de séjour sollicité ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant refus de délivrance du titre de séjour sollicité et obligation de quitter le territoire français ;

- le préfet s'est estimé à tort en situation de compétence liée pour fixer la Guinée comme pays de destination ;

- la décision méconnaît les articles L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La procédure a été communiquée au préfet de la Loire-Atlantique qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Cordrie a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant guinéen, déclare être entré en France en août 2016. La demande d'asile qu'il a présentée auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a été rejetée par décision du 1er septembre 2016, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 7 février 2018. Il a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 10 mars 2022, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'issue de ce délai. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté du 31 août 2021, publié le 1er septembre 2021 au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Loire-Atlantique a donné délégation à Mme C, directrice des migrations et de l'intégration et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer notamment tous arrêtés et décisions individuelles relevant des attributions de la direction des migrations et de l'intégration, dont les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de ce signataire ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1er du décret n° 2015-1740 du 24 décembre 2015 : " Lorsque, en cas de doute sur l'authenticité ou l'exactitude d'un acte de l'état civil étranger, l'autorité administrative saisie d'une demande d'établissement ou de délivrance d'un acte ou de titre procède ou fait procéder, en application de l'article 47 du code civil, aux vérifications utiles auprès de l'autorité étrangère compétente, le silence gardé pendant huit mois vaut décision de rejet. () ". M. B soutient que le préfet ne pouvait fonder sa décision sur le caractère frauduleux de ses actes d'état civil sans saisir au préalable les autorités guinéennes afin qu'elles en vérifient l'authenticité. Toutefois, le préfet n'était pas tenu de procéder à une telle saisine, et son absence est dépourvue d'incidence sur la légalité du refus de séjour contesté. Le moyen est dès lors inopérant et doit être écarté.

4. En troisième lieu, l'arrêté attaqué vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet de la Loire-Atlantique a fait application, et mentionne les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. B, notamment son contrat de travail avec la société West Burger et sa situation familiale. L'arrêté comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de sa motivation doit être écarté.

5. En quatrième lieu, M. B soutient que dès lors qu'il a présenté une demande de titre de séjour " salarié " sans préciser sur quelles dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile il fondait sa demande, le préfet a commis une erreur de droit en ne l'examinant pas au regard de l'ensemble des dispositions de ce code susceptibles de permettre la délivrance d'un tel titre.

6. M. B soutient que dès lors qu'il a présenté une demande de titre de séjour " salarié " sans en préciser le fondement juridique, le préfet ne pouvait se borner à l'examiner au regard des seuls articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais devait se prononcer au regard de l'ensemble des dispositions de ce code susceptibles de conduire à la délivrance d'un titre " salarié ", et notamment celles de ses articles L. 421-1 à L. 421-4. Il ressort toutefois des pièces du dossier, et en particulier de la demande de titre de séjour présentée par le requérant ainsi que de sa réponse à la demande de pièces complémentaires qui lui a été adressée par le préfet, que M. B a qualifié le titre de séjour qu'il sollicitait de titre " vie privée et familiale - salarié ", qu'il a joint à sa demande des preuves de son séjour en France depuis l'année 2016 et que celle-ci n'était accompagnée ni d'une autorisation de travail, ni de la preuve du dépôt d'une demande tendant obtenir une telle autorisation. Au vu de ces éléments, le préfet a pu, sans entacher sa décision d'une erreur de droit, s'estimer saisi d'une demande au titre des seuls articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En cinquième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué que le préfet, qui s'est approprié les avis des services de la police aux frontières, se serait estimé lié par ces avis pour refuser le délivrer le titre de séjour sollicité par M. B.

8. En sixième lieu, lieu, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; () / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents () ". L'article L. 811-2 du même code dispose que : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil. " Aux termes de cet article : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française. ".

9. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Il lui appartient, en particulier, à cet égard, d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.

10. Pour justifier de son état civil, M. B a présenté un extrait d'acte de naissance portant le n° 27, qui aurait été établi le 4 avril 2016 à Matoto en Guinée, et une carte d'identité consulaire. Il ressort de la motivation de l'arrêté litigieux que pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par M. B, le préfet la Loire-Atlantique a estimé que les éléments transmis par le requérant étaient de nature à faire peser une incertitude sur son état civil.

11. S'agissant de l'extrait d'acte de naissance, le préfet a notamment relevé qu'il présentait un formalisme inhabituel, que la déclaration de naissance avait été effectuée plus d'un an après la naissance, en méconnaissance de l'article 192 du code civil guinéen, et que les mentions relatives aux parents de l'enfant étaient incomplètes dès lors que seule la ville était renseignée, en méconnaissance des articles 175 et 179 de ce code. Il ressort en effet de cet acte qu'il présente une police de caractères qui ne correspond pas à celle qui figure habituellement sur ce type d'acte d'état civil établi en Guinée. Par ailleurs, son en-tête est tronqué, si bien que certaines mentions se trouvent partiellement occultées, et la mention " illisible " figure en lieu et place des signatures de l'officier d'état civil et du déclarant. Dès lors, le préfet a pu, à juste titre, considérer que cet acte présentait bien un formalisme inhabituel. En outre, le requérant ne conteste pas que l'acte méconnaît le délai de déclaration de naissance prévu par la législation guinéenne. Ces anomalies, prises dans leur ensemble, sont de nature à remettre en cause l'authenticité de l'acte d'état civil produit par M. B à l'appui de sa demande de titre de séjour. Enfin, la carte d'identité consulaire produite par le requérant ne constitue pas un document d'état civil et il n'établit pas qu'elle n'aurait pas été délivrée au vu de l'extrait d'acte de naissance litigieux. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation au regard de l'article 47 du code civil en estimant que son extrait d'acte de naissance était inauthentique.

12. Le requérant invoque ensuite l'erreur de fait et le défaut d'examen particulier de sa situation dont serait entaché l'arrêté attaqué, qui fait référence à d'autres documents, à savoir un " jugement supplétif n° 27 " et un " extrait du registre de l'état civil n° 8706 " qu'il n'a jamais transmis à l'appui de sa demande. Toutefois, il ressort de l'arrêté attaqué que la désignation de l'extrait d'acte de naissance n° 27 par les termes " jugement supplétif n° 27 " constitue une simple erreur matérielle qui n'est de nature à révéler ni une erreur de fait ni un défaut d'examen. En revanche, il n'est pas contesté que M. B n'a produit aucune pièce intitulée " extrait du registre de l'état civil n° 8706 " à l'appui de sa demande de titre de séjour. Or le préfet s'est en partie fondé sur le caractère frauduleux de cet acte pour rejeter la demande de M. B. Celui-ci est, par suite, fondé à soutenir que le préfet a entaché sa décision d'une erreur de fait sur ce point. Toutefois, Il résulte de l'instruction que le préfet de la Loire-Atlantique aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur le seul motif tiré du caractère inauthentique de l'extrait d'acte de naissance présenté par M. B. Il suit de là que les moyens tirés de l'erreur de fait et du défaut d'examen doivent être écartés.

13. En septième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Et aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. "

14. . Si M. B se prévaut de ce qu'il a quitté son pays d'origine à la suite d'actes de violence qu'il a subis de la part de ses camarades de classe en raison de sa relation avec une jeune femme de confession différente de la sienne, celui-ci n'avait pour autant, à la date de la décision attaquée, aucune attache familiale en France, et il est constant qu'il disposait toujours de telles attaches dans son pays d'origine, où résident ses frères et sœurs. Par ailleurs, il n'était présent en France que depuis cinq ans à la date à laquelle la décision attaquée a été prise, soit une durée relativement brève, alors qu'il a vécu jusqu'à l'âge de vingt ans en Guinée. Enfin, s'il justifie d'une intégration professionnelle dès lors qu'il est employé en qualité de livreur à temps plein au titre d'un contrat à durée indéterminée, cette seule circonstance n'est pas nature à établir l'existence de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Dans ces conditions, le préfet n'a méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui accorder le titre de séjour sollicité.

15. En neuvième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

16. En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".

17. M. B ne justifie d'aucune considération humanitaire ni d'aucun motif exceptionnel au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de nature à lui ouvrir droit à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de ces dispositions. Par ailleurs, s'il se prévaut de son activité professionnelle de livreur exercée dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée signé le 2 juillet 2021 pour une quotité de travail de 20 heures par semaines, passée à 35 heures par semaine suite à un avenant signé le 1er septembre 2021, cette activité ne constitue pas un motif exceptionnel au sens de ces dispositions. Par suite, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant l'admission exceptionnelle au séjour de M. B.

18. En dernier lieu, le préfet, qui ne s'est pas estimé en situation de compétence liée pour rejeter la demande de titre de séjour dont il était saisi, n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle du requérant.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

19. En premier lieu, dès lors que le présent jugement rejette les conclusions dirigés contre la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de ce que l'annulation de cette décision devrait entrainer, par voie de conséquence, l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

20. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 13.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

21. En premier lieu, dès lors que le présent jugement rejette les conclusions dirigés contre la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de ce que l'annulation de cette décision devrait entrainer, par voie de conséquence, l'annulation de la décision fixant le pays de destination ne peut qu'être écarté.

22. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet se serait estimé en situation de compétence liée pour fixer le pays de destination.

23. En dernier lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " Aux termes de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". M. B soutient qu'un retour dans son pays d'origine l'exposerait à des peines ou à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il ne produit aucun élément susceptible d'étayer les craintes qu'il fait valoir, alors au demeurant que sa demande d'asile a été rejetée tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides que la Cour nationale du droit d'asile, laquelle a relevé, dans sa décision, le caractère imprécis et lacunaire de son récit quant aux persécutions qu'il aurait subies en Guinée. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

24. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction et au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Bourgeois.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Gourmelon, présidente,

Mme Milin, première conseillère,

M. Cordrie, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.

Le rapporteur,

A. CORDRIE

La présidente,

V. GOURMELON La greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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