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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2207432

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2207432

lundi 5 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2207432
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème chambre
Avocat requérantBAZIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 juin 2022, Mme D A F, M. E H, Mme B A G et M. C H, représentés par Me Bazin, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 13 novembre 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision de l'autorité consulaire française à Beyrouth (Liban) refusant de délivrer à M. E H, Mme B A G et M. C H des visas d'entrée et de long séjour en vue de déposer des demandes d'asile en France ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à titre principal, de faire délivrer les visas sollicités dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de leurs demandes dans les mêmes conditions de délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à leur conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'il n'est pas établi que la commission était régulièrement composée lors de l'examen des recours ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par ordonnance du 6 février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 3 avril 2023 à 17h00.

Un mémoire en défense, présenté par le ministre de l'intérieur et des outre-mer, a été enregistré le 15 mai 2023, et n'a pas été communiqué.

Mme A F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Tavernier a été entendu au cours de l'audience publique du 15 mai 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. E H, Mme B A G et M. C H, ressortissants syriens respectivement nés en 1955, 1959 et 1984, ont déposé des demandes de visas d'entrée et de long séjour en vue de solliciter l'asile en France auprès de l'autorité consulaire française à Beyrouth (Liban), laquelle a rejeté leurs demandes. Le recours formé contre cette décision de refus devant la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a été rejeté par une décision implicite née le 13 novembre 2021, dont les requérants demandent au tribunal l'annulation.

2. En premier lieu, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France ayant rejeté le recours des intéressés par une décision implicite, le moyen tiré de ce que le respect des règles de composition de la commission ne serait pas établi ne peut qu'être écarté comme inopérant.

3. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire ". Aux termes des dispositions de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

5. Alors qu'il est constant que la décision de refus de délivrance des visas prise par les autorités consulaires françaises à Beyrouth ne comporte aucun élément de motivation de fait ou de droit, il ne ressort pas des pièces du dossier que les requérants auraient sollicité la communication des motifs de la décision implicite de rejet prise sur leur recours préalable obligatoire. Dans ces conditions, les requérants ne peuvent utilement soutenir qu'aurait été méconnue l'obligation de motivation imposée par l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.

6. En dernier lieu, aux termes du quatrième alinéa du préambule de la Constitution de 1946 auquel renvoie le préambule de la Constitution de 1958 : " Tout homme persécuté en raison de son action en faveur de la liberté a droit d'asile sur les territoires de la République ". Si le droit constitutionnel d'asile a pour corollaire le droit de solliciter en France la qualité de réfugié, les garanties attachées à ce droit fondamental reconnu aux étrangers se trouvant sur le territoire de la République n'emportent aucun droit à la délivrance d'un visa en vue de déposer une demande d'asile en France ou pour y demander le bénéfice de la protection subsidiaire prévue à l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Dans les cas où l'administration peut légalement disposer d'un large pouvoir d'appréciation pour prendre une mesure au bénéfice de laquelle l'intéressé ne peut faire valoir aucun droit, il est loisible à l'autorité compétente de définir des orientations générales pour l'octroi de ce type de mesures. Tel est le cas s'agissant des visas que les autorités françaises peuvent décider de délivrer afin d'admettre un étranger en France au titre de l'asile. Si un demandeur de visa ne peut se prévaloir de telles orientations à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir formé contre une décision refusant de lui délivrer un visa de long séjour en vue de déposer une demande d'asile en France, il peut soutenir que cette décision, compte tenu de l'ensemble des éléments de sa situation personnelle, serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. E H, Mme B A G et leur fils M. C H, ont fui la Syrie pour venir s'établir au Liban afin, notamment, d'échapper aux risques liés aux tensions interconfessionnelles sévissant dans leur village de Qatana (Syrie) et à un enrôlement de force au sein de l'armée syrienne. Les requérants soutiennent craindre pour leur vie en cas de retour en Syrie en raison de l'insécurité manifeste dans ledit village, d'actes d'intimidations et de menaces dont M. E H et son fils aîné indiquent avoir été victimes et de leur confession chrétienne, laquelle les exposerait à un risque d'enlèvement, voire d'assassinat. Toutefois, il n'est pas établi que la famille serait en situation irrégulière au Liban et, partant, menacée d'un risque d'expulsion vers la Syrie. A cet égard, dans son recours administratif préalable obligatoire adressé à la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, M. E H affirme que son fils cadet, pour lequel il indique avoir versé une somme d'argent aux autorités syriennes afin de l'exempter de service militaire, a obtenu le renouvellement de son titre de séjour libanais au début de l'année 2019. Enfin, si M. E H affirme, sans l'établir, souffrir de pathologies cardio-vasculaires dont le coût de prise en charge médicale serait élevé au Liban, cette circonstance ne peut suffire à justifier une demande de visa pour solliciter l'asile en France. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la décision en litige serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision attaquée. Par suite, les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées comme doivent l'être, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A F, M. H, Mme A G et M. H est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A F, M. E H, Mme B A G et M. C H, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Bazin.

Délibéré après l'audience du 15 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

Mme Louazel, conseillère,

M. Tavernier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2023.

Le rapporteur,

T. TAVERNIER

La présidente,

S. RIMEULa greffière,

S. JEGO

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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